Il est 18h25, ce jeudi 19 juin 2025, quand la Cour d’assises de Saône-et-Loire a déclaré Sylvie Précigout, 62 ans, coupable de tentative d’assassinat sur son mari en mars 2019 à Etang sur Arroux, coupable de l’avoir tué, avec préméditation, en janvier 2021 à Torcy. La femme est condamnée à la peine de 20 ans de réclusion criminelle.
Elle est déclarée coupable, en outre, des dégradations des deux maisons, celle d’Etang-sur-Arroux et celle de Torcy.
20 ans de réclusion sans mesure de sûreté particulière, interdiction de porter une arme pendant 15 ans, inéligibilité pendant 10 ans.
La période de détention provisoire de 2 ans et 8 mois viendra se déduire de la peine.
Ce qui a convaincu la Cour de la culpabilité de Sylvie Précigout :
- Elle a reconnu avoir volontairement mis le feu, le 19 mars en soirée, au lit dans lequel son mari dormait. Elle s’y est prise à deux fois, elle y a donc mis une détermination,
- L’homme a été brûlé et n’a dû sa survie qu’à l’extinction du feu,
- Le feu a causé d’importantes dégradations dans la maison.
- Le 17 mars 2021, elle a volontairement mis le feu au canapé sur lequel son époux s’était endormi. Il est décédé à 22h37 après avoir tenté en vain de sortir de la maison d’habitation envahie par une épaisse fumée.
- L’intention homicide, outre les aveux de l’accusée elle-même, résulte de la préméditation établie par un recours au même mode opératoire, aux recherches sur internet dans les semaines qui précèdent les faits, au retrait de la clé qui était sur la porte.
La Cour retient :
- La gravité des faits,
- La répétition des modes opératoires,
- La répercussion des faits dans les vies de ses enfants et de leur entourage,
- L’altération du discernement de Sylvie Précigout aux moments des faits,
- La constitution de sa personnalité, marquée par l’immaturité, par la dépendance, par le clivage, par la difficulté à reconnaître ses émotions,
- La reconnaissance des faits,
- La nécessité de soins psychologiques et psychiatriques, il faudra poursuivre ce qui a été commencé en prison.
La justice est passée
Justice a été rendue à Éric Roussel, un homme apprécié, au-delà de sa famille, par une large communauté au Creusot. Justice est aussi rendue à l’état de souffrance (inhérent à sa personne) que Sylvie Précigout traîne depuis si longtemps. Cette souffrance ne saurait évidemment l’exonérer de sa responsabilité. Les 20 années de réclusion criminelle sont là pour le dire.
Mais voilà, toute vie humaine est dure, tout le monde le sait, et il arrive que des gens qui sont déjà en mauvais état psychique, voient leur état se dégrader au fil du temps sans qu’ils soient capables d’en dire quoi que ce soit. Elle fit trois tentatives de suicide, autant de signaux d’un mal être important.
L’impensable est survenu, dérobant le sol sous les pieds de ceux qui furent les premiers touchés par la violence du crime, mais le procès est enfin clos.
Préjudice d’affection et perte de chance
La Cour a également déclaré Sylvie Précigout entièrement responsable des préjudices causés, et alloue à chaque fils, y compris à celui qu'Éric Roussel a élevé comme étant le sien, des sommes pour leur préjudice d’affection, ainsi qu’à chaque petit enfant, y compris à celle qui a vu le jour peu de temps après le décès, la Cour considérant qu’elle avait subi « une perte de chance ».
Celle de n’avoir pas pu connaître son grand-père.
On en parle parce que ça restitue aussi toutes les dimensions de la vie d’Éric Roussel auquel la Cour a reconnu également « un préjudice de conscience de sa fin imminente».
« Mon mari », « le père de mes enfants »
C’est que Sylvie P. voulait tuer son mari pour que cesse quelque chose qui lui était devenu insupportable (dont il n’était pas la cause, mais qu’il a alimenté, sans le savoir, et dans un contexte de vie où l’accusée n’avait plus à s’occuper de ses fils devenus adultes – son avocat l’a bien plaidé, avec finesse).
Mais elle ne voulait pas tuer le père de ses enfants. Elle l’a dit et répété et rien ne permet d’en douter. Aussi fou et incroyable que cela paraisse, le clivage, c’est ça. C’est aussi fort, puissant, que ça.
Ces quatre jours de procès furent durs et intenses, particulièrement intenses.
FSA
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