Recherche
Pour nous joindre
alain.bollery@orange.fr
SMS au 06.98.82.18.88
Pour votre publicité sur
Creusot-infos, un seul numéro
06 62 80 46 68
> Faits Divers > En Saône-et-Loire
19/06/2025 03:17
8329 lectures

Assises de Saône-et-Loire : L'examen de la personnalité de Sylvie P. interpelle, déroute... mais pas tout le monde

«Cette dame, ça fait très longtemps qu’elle ne va pas bien. Elle a de gros problèmes psychiques. L’altération ne fait pas l’ombre d’un doute» dit le médecin psychiatre vers 15 heures.
«Quelle mère êtes-vous ? Quel être humain êtes-vous pour faire ça ? Vous regrettez, mais c’est trop tard» plaide après 17 heures, l’avocat des fils de l’accusée.

Ce mercredi 18 juin, avant-dernier jour du procès de Sylvie P. devant la Cour d’assises de Saône-et-Loire fut une journée tendue entre deux pôles. Une journée tendue entre la partie consacrée aux expertises psychologique et psychiatrique de l’accusée, puis le temps où elle a pu se raconter un peu, et la fin d’après-midi, consacrée aux plaidoiries des parties civiles (des assurances, et les enfants du couple que formaient l’accusée et son mari jusqu’à ce qu’elle le tue). Autant dire qu’il est quasi impossible d’établir un pont entre ces deux temps.

« Dépression chronique depuis longtemps »
« Elle souffre de dépression chronique depuis longtemps. C’est grave, une dépression » explique le médecin psychiatre qui dépose en visio, depuis Lyon. « La psychologue, ce matin, a parlé de ‘personnalité psychotique’, de clivage, de phénomène de dissociation, est-ce que ça vous paraît aller dans le sens de ce que vous avez observé ? » demande la présidente au médecin qui balaie tout ça d’un « Non » massif. « Cela dit, madame P. a de gros problèmes psychiques. » L’accusée selon l’expert, ne serait dangereuse « que dans le cadre de relations personnelles, conjugales. Elle ne va pas bien, ça dysfonctionne. » Elle n’est pas dangereuse en dehors de ce cadre.

« Le dépressif est en lien avec la réalité en pointillé »
« Elle n’était capable ni de rester avec lui, ni de le quitter. Ça peut avoir un effet cocotte-minute… et elle va mal depuis longtemps, cette dame. C’est beaucoup plus grave qu’un trouble névrotique. Ça me fait penser au film "La femme d’à côté" : "ni avec toi, ni sans toi". Ça se termine souvent mal. » Le psychiatre insiste car certains mots sont tellement banalisés ou employés à tort et à travers : « Une dépression chronique, ça fait qu’elle n’est pas vraiment là. C’est grave, une dépression, comme maladie. Le dépressif est en lien avec la réalité en pointillé : madame P. n’est pas toujours là. »
Ça nous évoque ce que disait l’un de ses fils à la barre, sur « le dernier Noël », quelques semaines avant ce geste irréparable : « Elle ne parlait pas, elle ne bougeait pas. » Elle allait en effet bien mal et ce ne sont pas les antidépresseurs ainsi que la consultation mensuelle d’un psychiatre qui lui donnaient la moindre chance d’aller mieux. Conclusion du psychiatre : « Des soins s’imposent, l’altération ne fait pas l’ombre d’un doute. »

Arrive le moment dit d’examen de la personnalité de l’accusé(e)
C’est un moment en général apaisé. L’accusé n’est plus accusé, agressé, confronté à ses actes, il peut parler de lui, se raconter. La personne qui, assise sur un banc depuis plusieurs journées, entend parler d’elle, peut enfin le faire elle-même et on entend combien c’est important de n’être plus réduit à ce qu’on a fait de pire. On entend aussi combien il n’est pas possible de réduire qui que ce soit à ce qu’il a éventuellement de pire.
En prison, cette femme qui n’avait pas obtenu le brevet, l’a réussi et elle a même validé des blocs d’un CAP. Elle s’est investie dans plusieurs activités. « Elle donne du sens à son parcours carcéral, s’investit », « d’humeur égale, discrète, souriante, polie ».

Arrimée, fixée, donc sans souplesse, sans mobilité (d'où l'effet cocotte-minute) 
« Mes parents, c’était quand même des parents très bien. On ne manquait de rien, c’était pas des feignants. On a manqué d’affection, oui, ça c’est vrai, mais y avait pas de violences. Mais j’étais ‘une moins que rien’, toujours rabaissée, mon père disait que j’étais pas intelligente. » Elle regarde la présidente : « Il le disait devant mon mari, hein ! »
La revoilà, sa ritournelle, ce à quoi elle est fixée : « moins que rien », « rabaissée », « humiliée », et la « peur de me retrouver à la rue ».
Un truc inamovible, qui revient en boucle, obsédant, harcelant, minant - « On ne traite pas une femme comme ça », on ne traite pas sa fille comme ça, etc. -. C’est exactement ce qui s’est passé : on l’a traitée comme ça, du moins c’est ce qu’elle a vécu. Dommage que les psychiatres qui l’ont vue en consultation, à la clinique ou ailleurs, n’aient rien trouvé de mieux à lui conseiller que de quitter son mari, parce que c’est ce qu’elle a fait, mais d’une façon à laquelle les soignants n’avaient sûrement pas pensé (il faut du temps, pour travailler), et c’est dramatique. C’est une tragédie.

Le malheur et l’absolue violence du crime
Maintenant que l’irréversible est commis et que le malheur a foudroyé cette famille, le malheur et l’absolue violence du crime, ainsi que sa cruauté, maintenant que cette femme passe du temps à pleurer, que ses fils pleurent également, évitant son regard, que ses petits-enfants sont eux aussi atteints par les ondes de ce mal que la communauté ne manque pas de leur renvoyer, c’est le temps du jugement. Les débats s’achèvent sur ces mots : « Mes fils me manquent énormément. Je comprends que j’ai détruit, de leur côté. Je regrette ce que j’ai fait. »

Une réalité déchirante
Elle regrette mais les photos d’Éric X., jeune, moins jeune, avec ses enfants, diffusées sur les écrans de la salle des assises, relancent la douleur, ravivent le manque de celui qu’on aimait, arraché aux siens par celle qu’il avait épousée et dont il se disait très amoureux.
Celui qui, « épuisé » par une cadence professionnelle dure (les 3x8), une charge du quotidien lourde aussi d’après les témoignages, était « plus calme » quand il était en vacances, dit l’accusée qui décidément ne l’enfonce pas, contrairement aux apparences – cela rend la réalité encore plus déchirante.

L’interdit de tuer
La femme a essayé de faire entendre - sans grand succès -, que c’est à l’endroit du « rabaissement » que tout s’est joué pour elle. Le rabaissement et la peur viscérale de se retrouver « sans rien ». Vu l’origine lointaine de ce disque impitoyable, on sait que son époux n’en est pas la cause, au pire il ne fut qu’un élément de plus, avec son « fort caractère » et ses paroles à l’emporte-pièce.
Il y a fort à parier (sans qu’on le sache vraiment) que l’histoire de la tronçonneuse, « en marche », avec laquelle il l’aurait poursuivie ou menacée à l’occasion, ne soit là que pour faire ressentir aux autres à quel point la relation conjugale était devenue violente, pour elle. Mais un procès n’a pas pour objet de prendre en charge les questions de santé mentale, même s'il en tient compte. On juge un crime et la vérité judiciaire est déjà en construction. Ce que le verdict dira demain soir, c’est d’abord l’interdit de tuer.

Deux questions : celle de la préméditation et celle du mobile
Maître Bernard (barreau de Dijon) intervient pour la MACIF. Il ne faut pas oublier que la question de la préméditation reste ouverte, avec des éléments à charge, et d’autres à décharge. La question connexe est celle du mobile. Donc, deux lectures opposées vont se déployer à partir de maintenant et demain matin.
Pour l’assureur (représenté par l’avocat), le mobile, c’est l’argent. Le décès « accidentel » d’Éric X aurait fait de sa veuve, une veuve riche, si celle-ci n’était pas en maison d’arrêt.

« Ce crime est vénal, il est intéressé »
L’avocat y va franco : « Les assurances multiples souscrites ont joué, à leur corps défendant, un rôle causal, dans ce crime. Le mobile le plus vil, le plus courant aussi, c’est l’argent. (…) Elle n’aimait plus son mari, c’est manifeste. Pourquoi n’est-elle pas partie ? Parce qu’elle avait peur de tout perdre. Les assurances ont déversé une manne sur elle. Elles ont payé le crédit de la maison : elle conserve tout. En 2019 les assurances se sont laissé berner. Ce crime est vénal, il est intéressé. »

L’émotion monte
Maître Hopgood prend la suite, plaide pas loin d’une heure. Il pose d’abord le cadre : « J’interviens pour les enfants et le défunt, Éric X. Les enfants ne sont pas venus apporter le pardon, ce n’est pas le lieu pour ça. Ils sont venus avec de la colère, une colère qui dure depuis 2019. »
Puis il évoque Éric X, nomme ses fils, ses petits-enfants. L’émotion monte. L’ancien bâtonnier revient sur l’aveu de l’intention homicide. « Enfin ! Les enfants attendaient ça depuis six ans. Ils ont souffert de ne pas connaître la vérité. Cette situation les a rongés de l’intérieur. » Puis s’adresse à l’accusée (en regardant la Cour et les jurés) : « Quelle mère êtes-vous ? Quel être humain êtes-vous pour faire ça ? Vous regrettez, mais c’est trop tard. »

« Il lui avait permis de reconstruire ce qu’elle avait perdu, et elle… »
L’avocat « développe les éléments objectifs », puis « alors, pourquoi madame P. a-t-elle fait ça ? Pour l’argent. Elle a tué son mari volontairement, avec préméditation et en le faisant souffrir. Elle ne lui a laissé aucune chance de survie. C’est une femme qui a souffert, c’est vrai, mais elle avait trouvé du réconfort auprès de monsieur X. Il lui avait permis de reconstruire ce qu’elle avait perdu (quand elle a dû, seule avec un enfant en bas âge, retourner chez ses parents, ndla), et elle, elle l’a fait disparaître ! Avec toutes les conséquences que ça entraîne sur ses enfants, sur ses petits-enfants. »
« C’est au nom et en mémoire d’Éric X, qui par deux fois a senti la mort, et au nom de ses enfants et petits-enfants, que je vous demande de rendre justice à la hauteur des crimes commis par madame P. » Ainsi s’achève cette plaidoirie.
Demain matin, l’avocate générale et l’avocat de la défense, demain soir, le verdict.
Florence Saint-Arroman


Lire aussi nos précédents compte-rendus :


4ème article : Assises de Saône-et-Loire : Un terrible face à face entre la Présidente et l'accusée, poussée dans ses retranchements et ses démons

3ème article : Assises de Saône-et-Loire : Dans l’enfer de l’incendie, le récit de l’accusée ne colle pas

2ème article : Assises de Saône-et-Loire : «J’ai pris l’allume gaz et j’ai mis le feu au canapé», confesse Sylvie

1er article : Assises de Saône-et-Loire : «Je reconnais, mais j’étais pas bien. Je voulais pas qu’il meure», avoue la Creusotine


Votre météo au Creusot
Votre météo en Bourgogne
Ailleurs
Météo France vous invite à proposer des prénoms pour les tempêtes à venirCes jeunes femmes fans de Trump ont quelque chose à cacher...AUTOMOBILISME : Les courses sur circuit de nouveau autorisées en SuisseGrande Exposition du Fabriqué en France à l’Elysée : Prolongation de l’appel à candidatures 2026 Autoroute blanche : 12.600 euros d'amende et 23.626 euros à payer à la société d'autoroute, pour un automobiliste passé 252 fois sans payer...LE CREUSOT : Les films à l'affiche, cette semaine, au cinéma Le MagicITALIE : Giorgia Meloni critique les photos sexy d’elle-même générées par l’IAC’est parti pour les déneigements des grands cols des Alpes, avec des dates annoncées d’ouvertureDRAME DE CRANS-MONTANA : «Les images, c'était compliqué», témoigne le footballeur rescapé30.000 euros à gagner au grattage, avec Pharaonis, le nouveau jeu à 3 euros de la FDJTransport de luxe : Avec 8 Porsche 911 Type 992.. Y en avait pour cher sur un camions, sur l’A6, à l’arrêt en Saône-et-LoireSurprise : Jean-Luc Mélenchon annonce sa candidature à la présidentielle de 2027FOOTBALL (Ligue 1) : C'est une première... La Provence met 0/10 à tous les joueurs de l'Olympique de Marseille, après leur humiliation à NantesQuand un bus plonge dans la Seine...FOOTBALL : «Le match du siècle», «le match de notre vie», «football de demi-dieux» : la presse internationale extatique après PSG - Bayern MunichLe Massif Central va accueillir, en Haute Loire, la plus haute tour radar météo de FranceAnnonces légales - Avis d'appel public à la concurrence : Restauration du CFA de Mâcon.SUISSE : Un septuagénaire prend les escaliers...Audiovisuel public : suppression de France 5, moins de jeux, nomination des dirigeants… ce que propose le député Charles AlloncleTout ce qu'il faut savoir sur l'électrification d'une France encore plus décarbonéeMétropole du Grand Lyon et Autoroute A7 : Des restrictions de circulation au mois de Mai et au mois de JuinSUISSE : Un Américain achète 50 millions d'euros une propriété au bord du Lac Léman à GenèveAdolescente découpée en morceaux et retrouvée dans le coffre d’une Tesla : Le rappeur D4vd inculpé pour assassinat«C’était la meilleure mère du monde» : L’émouvant hommage de Laura Smet à Nathalie Baye, morte à l’âge de 77 ansUn nouveau bateau hybride, dernier cri, plus vert pour les croisières sur le Lac d'AnnecyL’actrice Nathalie Baye, emportée par la maladie, est morte à l’âge de 77 ansSuicide d’Evaëlle : L’enseignante poursuivie pour avoir harcelé la collégienne a été condamnée en appel«Splashdown !» : les quatre astronautes d’Artemis II de retour sur Terre après une mission d’anthologieLes écologistes vont retourner à Grenoble pour leurs journées d’étéObservatoire National des Stations de Montagne : Une saison hivernale aux sommets pour les stations de montagne françaisesMassif du Mont Blanc : L’ancien refuge du Goûter va être démonté cet étéFaut-il vraiment bêcher son jardin au printemps ?Le Nikon F2 de Serge Gainsbourg va être vendu aux enchèresPHOTOS : De sacrées chutes de neige de printemps, en Italie, dans les AbruzzesL’ADN a parlé : la culture de la vigne en France date de plus de 4 000 ansFin de la limitation à 110 km/heure sur l'A40, dans la vallée de l'Arve, entre Chamonix et AnnemasseConcerts de Céline Dion à Paris (info Le Parisien) : Déjà un million d’inscrits… et dix millions de bots, une «folie furieuse»Concerts de Céline Dion à Paris : dates, prix, billetterie… Tout ce qu’il faut savoir sur son retourLéa Salamé violemment critiquée pour une interview jugée «honteuse»Selon sa mère, Loana serait décédée il y a environ 12 jours
Creusot-infos.com
Mentions légales et RGPD