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> Faits Divers > En Saône-et-Loire
18/06/2025 03:17
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Assises de Saône-et-Loire : Un terrible face à face entre la Présidente et l'accusée, poussée dans ses retranchements et ses démons

«Et la solution pour que ‘tout s’arrête’, c’était qu’il disparaisse ? – OUI ! OUI !»... Sylvie P. a reconnu l’intention homicide.
Sylvie P. jugée par la Cour d’assises de Saône-et-Loire pour avoir tenté de tuer son mari en mars 2019 par le feu, puis l’avoir tué en janvier 2021, par le même moyen, a reconnu être l’auteure des deux départs de feu, mais ne sait que dire « je ne voulais pas qu’il meure, je voulais que tout s’arrête ».
Elle ne dit rien de plus, du moins jusqu’à la fin de journée de ce mardi. Des témoins ont défilé à la barre, des pompiers, aussi, et un expert d’un laboratoire scientifique rattaché à la police nationale.
Et, alors que le vif de l’après-midi s’apaise, que la salle est enfin clairsemée, sans bruits, sans agitations, on a connu ce qui s’appelle « un moment d’audience ».

Un moment bref au regard des longues heures de la journée, mais un moment long par son intensité, presque sa violence : un face à face entre la présidente et l’accusée.
La magistrate invite d’abord l’accusée à réagir, si elle le souhaite, à ce qu’ont dit ses fils. « Pour hier soir, je comprends que mes enfants soient en colère, ils ont perdu leur père, mais j’accepte pas qu’ils ont dit que j’ai tué mon mari pour l’argent ! On travaillait, on avait ce qu’il fallait. » Elle fait une pause, puis : « Mon mari était coléreux, mais pas devant les autres. »
La présidente prend la main : « Vous comprenez, madame, que vos enfants puissent vous en vouloir de ne pas leur avoir dit la vérité quand ils vous la demandaient ? »
D’un ton sec, l’accusée répond : « Mon mari me disait toujours qu’on ne me croirait pas. »
La présidente se fait plus sèche elle aussi : « Vous étiez alors seule, votre mari n’était plus là pour dire quoi que ce soit, vos enfants vous interrogent, comment avez-vous pu tenir aussi longtemps ? De janvier 2021 à septembre 2022 ? – Je sais pas quoi vous répondre. » dit l’accusée d’une voix moins assurée.
Viennent des questions sur le départ de feu en janvier 2021 à Torcy, car l’expert est formel et la Cour a passé des photos (sur les grands écrans de la salle) du canapé détruit par le feu : au départ du feu les cendres et les débris sont beaucoup plus noirs que de l’autre côté, pourtant calciné lui aussi. Le départ de feu, là d’où, en plus, on a extrait des cendres la tige métallique d’un allume brûleur (ou allume gaz), était du côté où Éric X s’était assoupi.
L’accusée maintient qu’elle avait « allumé » l’autre côté – « j’ai pas de souvenir » -, la présidente s’agace : « Vous ne vous souvenez pas, ou vous nous cachez des choses ? »

L’accusée : « Non, non, je me souviens pas. »
« Quand vous dites, alors que vous êtes à l’extérieur : ‘Mon mari veut sauver la maison’, vous le pensez vraiment à ce moment-là ?
- Je pense.
- Après ce qui s’est passé à Etang-sur-Arroux, alors qu’il était traumatisé par le feu ?
- Je sais qu’il était traumatisé. J’ai raconté n’importe quoi, j’étais sous l’effet de l’alcool.
- Madame, vous n’étiez pas délirante, à ce moment-là. Alors pourquoi le dites-vous ? A ceux qui viennent pour le sauver. »
Silence. La femme dans le box reste tournée vers la présidente, le visage inexpressif.
Silence. Elle déglutit.

La présidente repart à l’attaque. Sur les portes.

« Les pompiers ont parlé du temps perdu à enfoncer la porte d’entrée. Pourquoi vous ne signalez pas que la porte du garage est ouverte ?
- Parce que j’étais dans un état de panique ?
- Madame, vous n’avez pas dit à votre mari de sortir de la maison avec vous. Vous n’avez pas dit à votre mari que vous sortiez. » L’accusée acquiesce. La présidente reprend : « Pourquoi ? – Parce que j’étais perdue. – Vous auriez dû le lui dire ? – Oui. – Pourquoi vous ne le lui avez pas dit ? – Je sais pas. »
Vient ensuite la question des clés qui n’étaient pas sur la porte d’entrée, mais dans la cuisine. Fait inhabituel.
« Vous comprenez, madame, que des questions se posent, que toutes les issues de la maison soient bloquées pour empêcher votre mari de sortir ?
- Je veux préciser qu’on n’avait pas de volets électriques, c’était des volets à manivelles. »

Alors, la présidente, d’un ton minéral :
« Est-ce-que, madame, à Etang-sur-Arroux, vous avez voulu tuer votre mari ?
- Non j’ai jamais voulu.
- Alors, que vouliez-vous quand vous avez mis le feu ?
- J’étais… j’étais… j’étais… au bout. J’étais plus moi-même.
- Ce n’est pas la question que je vous pose.
- J’en avais marre, je voulais que tout s’arrête.
- Tout, quoi ?
- Ce que je subissais.
- Alors, tout pouvait s’arrêter en mettant le feu au lit ?
- C’était sans arrière-pensée.
- Vous connaissez les dangers du feu. Vous avez fait des recherches sur ce sujet.
- Non ! Je voulais pas le tuer ! Je voulais pas arriver à ce point-là.
- Alors, vous vouliez quoi ?
- Je voulais montrer à tout le monde que c’était lui. Je sais que je suis fautive, mais je ne voulais pas en arriver à ce point-là. »
« Alors que vouliez-vous ? Madame, à deux reprises vous mettez le feu à un mobilier dans lequel votre mari s’est endormi. Que vouliez-vous faire ?
- Ben, que tout s’arrête.
- Et pour que tout s’arrête, il fallait que votre mari disparaisse ?
- Ben, je l’ai fait sans arrière-pensée.
- Ça veut dire : sans préméditation ?
- Je ne pense pas l’avoir préparé. Y avait trop de souffrances, trop de choses qui n’allaient pas. »

« Et la solution pour que ‘tout s’arrête’, c’était qu’il disparaisse ? – OUI ! OUI ! »
« Madame, vos enfants ont dit hier qu’ils voulaient savoir ce qui s’est passé, et que vous n’en dites qu’une partie.
- J’ai dit que c’était moi ! Oui, je l’ai tué mais je ne dirais pas que je l’ai voulu. Dans ma tête, c’était pas clair.
- Madame, quand, à deux reprises, on met le feu… Comment la société peut comprendre ça ? Le juge d’instruction pense que vous l’avez prémédité.
- Je peux pas dire que j’ai voulu le tuer.
- Parce que c’est trop difficile ?
- Oui.
- Est-ce que ce n’est pas le moment de le dire ? »
L’accusée pleure fort, bruyamment, elle est devenue rouge, toute rouge : « Parce que j’en avais marre de ses insultes, quand il buvait, d’être rabaissée sans arrêt.
- Et la solution pour que ‘tout s’arrête’, c’était qu’il disparaisse ?
- OUI ! OUI ! » crie l’accusée, à bout.

Sylvie P. a reconnu l’intention homicide
La présidente ramène le calme : « Je pense, madame, que pour vos enfants, c’est ce dont ils avaient besoin, même s’ils ne sont pas là. »
L’avocate générale vérifie : « C’était pendant la dispute que la colère en vous est montée ? – Oui. – C’était un trop plein » conclut la magistrate.
La défense se dit « soulagée, pour les enfants, que madame ait reconnu l’intention homicide. »
La présidente suspend l’audience. Il est presque 19 heures, ce mardi 17 juin.
FSA



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