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> Faits Divers > En Saône-et-Loire
19/06/2025 17:50
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Assises de Saône-et-Loire : 30 ans de prison requis contre Sylvie P... Le récit de la dernière audience

«Regarde-la ! C’est elle» murmure une dame à une autre. «Elle» dont personne ne parvient à comprendre comment elle a pu «faire ça» puis le nier face à ses enfants aussi longtemps, alors que tout le monde doutait d’elle. «Elle», Sylvie P., née en octobre 1963 au Creusot, femme modeste, qui a reconnu avoir voulu la mort de son mari et l’avoir tué. Ce vendredi matin, les réquisitions ont été dures contre elle... Son avocat l'a défendue. Ce sont les jurés qui auront le dernier mot.
Au Creusot, le souffle de l’explosion a frappé toute une communauté. « Éric est mort ! C’est elle, c’est elle qui a fait ça. Souviens-toi, en 2019, il y avait déjà eu le feu chez eux. » Dans la salle des assises de Saône-et-Loire, ce jeudi 19 juin 2025, dernier jour du procès, des gens sont encore choqués, interloqués : « On voit ça à la télé, mais de penser que ça arrive dans la vie, et que ça a pu nous arriver, ça non. »
En 2021, comment était-elle, Sylvie P., aux obsèques de son mari ? a demandé la présidente, ce mardi, à un témoin, ami de la victime. La réponse a fusé : « Seule, elle était seule. Sylvie était d’un côté, et tous les autres étaient de l’autre côté. Ce que j’ai compris, c’est que tout le monde pensait que c’était Sylvie qui l’avait tué. Et puis Éric avait beaucoup d’amis. »

Les réquisitions
« C’est lui qui était le gai luron, le bon vivant, qui prenait les problèmes en charge, aussi. Elle, elle était dans l’ombre » dira l’avocate générale, Cyrielle Girard-Berthet, au cours de ses réquisitions, donnant là un éclairage un peu plus nuancé au tableau implacable qu’elle a dressé.

Actes prémédités
« Sa position n’était pas tenable. » L’accusée a reconnu être l’auteure des feux qui visaient son époux, en 2019 comme en 2021, et au cours du procès elle a reconnu avoir eu l’intention de le tuer (voir : https://www.creusot-infos.com/news/faits-divers/e... « Il manque la préméditation. La magistrate veut établir qu’il y a eu préméditation, qu’en 2019, la tentative a échoué, et qu’en 2021, l’accusée s’était assurée, par des recherches sur internet qu’elle se donnait des chances d’arriver à ses fins. « C’est une exécution, qu’elle lui a fait subir. Il était tout seul dans la maison, à hurler. C’est terrible, ce qu’elle a fait. »

Cruauté
Sur la cruauté à l’œuvre : « La victime était endormie, les deux fois, au moment du passage à l’acte. Madame P. s’en est prise à une personne alors vulnérable. » L’avocate générale ne retient pas le mobile purement vénal sans écarter totalement la question de l’argent puisqu’il fallait bien que ça passe pour un accident pour toucher capital décès, faire fonctionner les assurances, récupérer une indemnité importante versée par l’employeur dont le montant était doublé en cas de décès accidentel (cette somme a été bloquée, vu la procédure en cours, elle ne l’a jamais perçue).

Une nouvelle loi complique la donne
Pour caractériser la préméditation, explique la procureur aux jurés, « il suffit que l’intention de tuer ait germé avant l’action ». Ainsi Sylvie P. est-elle coupable de tout ce dont elle est accusée.
Quelle peine ? Toujours aux jurés, l’avocate générale explique que du fait de l’altération du discernement – qu’elle ne remet pas en question, la peine de réclusion à perpétuité est ramenée à une peine de 30 ans maximum. De plus, une loi votée en 2022, dit qu’il n’est plus possible de moduler entre 20 ans et 30 ans. C’est soit 30 ans, soit 20 ans, soit en-dessous de 20.

Peine requise : 30 ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté de 15 ans
Compte-tenu de « la gravité extrême des faits qui ont ôté la vie à Éric X. et détruit une famille », du « caractère cruel et froid » de l’exécution des actes, de leur répétition, de « sa faculté à raisonner », et du « rôle de l’argent » dans les craintes de l’accusée, l’avocate générale requiert, après 1h10 de réquisitions, la peine, contre Sylvie P., de 30 ans de réclusion criminelle, ainsi qu’une période de sûreté de 15 ans. Et la confiscation de la maison.

Plaidoirie de la défense
« C’est une situation difficile, douloureuse, pour tous les enfants dont on mesure la colère et la souffrance, souffrance devant laquelle je m’incline » dit maître Thomas Ronfard.
L’avocat plaide pendant une heure. Il attaque la question de la préméditation, qu’il écarte pour 2019 puisque rien, dans le dossier, ne vient en démontrer l’existence. « A Etang-sur-Arroux, on n’a rien vérifié. Or on analyse les faits de 2019 avec le prisme de Torcy, alors que dans le dossier vous n’avez rien. »

« … et, après avoir bien réfléchi, je vais choisir ce soir-là, où je propose à des amis de rester ? »
Pour les faits de 2021, c’est plus délicat, l’avocat le sait et le dit. Il joue cartes sur table avec les jurés. « La situation pose des questions car le 17 janvier 2021, monsieur Éric X. avait proposé au couple d’amis avec qui ils avaient déjeuné et passé l’après-midi, de rester pour dormir. Or Sylvie était d’accord, elle ne s’est pas opposée. Est-ce qu’on est dans un état d’esprit où on a mûrement réfléchi ? L’avocate générale vous a dit que ‘depuis 2 ans, madame P. rongeait son frein’…. Donc, j’y pense depuis 2 ans, et après avoir bien réfléchi, je vais choisir ce soir-là, où je propose à des amis de rester ? C’est un élément qui doit vous amener à vous interroger » dit l’avocat aux jurés et à la Cour.

Version contre version
Quant à la façon dont l’avocate générale avait « imaginé » (c’est le mot qu’elle a utilisé) le déroulement des faits (« Ils se sont disputés, monsieur est allé se coucher, il fut réveillé par l’alarme incendie »), ce soir-là, l’avocat s’arrête sur « deux éléments » : le médecin légiste dit que les sourcils de la victime avaient roussi « sous l’effet de la chaleur ». « Il devait donc être vers l’endroit où c’était le plus chaud : sur le canapé. » Et puis les photos qu’on a vues montrent que « le repose-pied était déplié du côté où monsieur X s’installait le plus souvent, donc il s’y était trouvé ».

« Elle est pulsionnelle, elle n’est pas dans la réflexion »
Enfin, maître Ronfard articule l’absence de préméditation à « l’état de santé mentale délabré » de la prévenue. « Le psychiatre vous l’a dit, elle est dans la réalité, en pointillé. Et puis elle est en proie à ses émotions, elle est pulsionnelle, elle n’est pas dans la réflexion.
Elle n’est pas manipulatrice : elle est perçue comme ça, mais elle n’en a pas les capacités. Ce soir-là elle a commis un acte pas réfléchi, puis elle a eu un comportement anarchique. Elle a pu ainsi poser les clés sur la table de la cuisine, soit dans la pièce la plus proche de la porte. »

« C’est simpliste de dire qu’elle a réfléchi ! »
Sur le prétendu mobile avancé par les parties adverses : « Si madame est quelqu’un de vénal, si le financier guide son action, elle qui, alors, mûrit son projet, ‘ronge son frein pendant 2 ans’, alors, elle aurait dû, à un moment donné, peser le pour et le contre. A ce compte elle pouvait voir un avocat qui l’aurait rassurée sur sa situation matérielle à l’issue d’un divorce. Elle ne l’a pas fait. Elle ne l’a pas fait parce que c’est simpliste de dire qu’elle a réfléchi ! »

« Personne ne peut mesurer ce qu’il en est dans les huis-clos de l’intimité »
L’avocat voit l’origine de ce qui a abouti à ce crime, dans la répétition de « propos devenus insupportables ». « J’ai l’intime conviction que ça constitue une réalité, vu ce qui est au dossier. Je comprends que pour les parties civiles ça soit inaudible, mais…
Notre quotidien, c’est la salle d’à côté, la salle correctionnelle. Les VIF, les violences intra-familiales engorgent les tribunaux et on constate que personne ne peut mesurer ce qu’il en est dans les huis-clos de l’intimité. Et les personnes les plus proches ignorent tout, la plupart du temps. »

Un trop plein, l’effet cocotte-minute
« Nous n’avons jamais accusé monsieur X, de violences physiques. Nous avons dit que parfois, d’une manière qui s’était multipliée au fil du temps, madame a dû entendre des choses qui l’ont fait se sentir rabaissée, humiliée. Elle a dû entendre des propos pas adaptés. Et là, on a le début de quelque chose. Je ne plaide pas pour vous apitoyer ou légitimer ses actes ! Mais les propos rabaissants, c’est quelqu’un qui a toujours subi ça. Est-ce qu’on n’est pas un peu tous, le fruit de notre histoire ? Je suis persuadé que c’est ce qu’elle a subi. Parce qu’elle a cette construction, fragile, qui doute d’elle-même et de ses capacités, à un moment donné, il y a eu un trop-plein. Et elle n’a pas calculé, elle a agi. »

Deux taiseux, chacun à sa façon, et « des propos un peu durs » adressés à une femme dépendante, excessivement friable et en lutte constante contre la dépression
« Engagé, travailleur, aimant avec ses fils, il aimait profondément sa femme, disait l’avocate générale. Jamais de violences, sauf parfois des propos un peu durs comme ‘Tais-toi’, ‘Tu ne sais pas ce que tu dis’, ‘Tu dis n’importe quoi’. » L’homme ne se confiait pas, ou peu. La femme gardait tout « en dedans ».
La Cour et les jurés sont dans la salle de délibération. La décision sera connue ce soir.
FSA




Lire aussi nos précédents compte-rendus :


5ème article : Assises de Saône-et-Loire : L'examen de la personnalité de Sylvie P. interpelle, déroute... mais pas tout le monde

4ème article : Assises de Saône-et-Loire : Un terrible face à face entre la Présidente et l'accusée, poussée dans ses retranchements et ses démons

3ème article : Assises de Saône-et-Loire : Dans l’enfer de l’incendie, le récit de l’accusée ne colle pas

2ème article : Assises de Saône-et-Loire : «J’ai pris l’allume gaz et j’ai mis le feu au canapé», confesse Sylvie

1er article : Assises de Saône-et-Loire : «Je reconnais, mais j’étais pas bien. Je voulais pas qu’il meure», avoue la Creusotine




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