«Un homme énervé armé d’une batte, ça ferait peur à n’importe qui…» a relevé le Procureur.
Il est arrivé déjà excédé, à la barre. Son attitude l’a desservi du
début à la fin. Cet homme a 55 ans. Il travaille dans la restauration
depuis des dizaines d’années. En mai dernier il avait été employé dans
un restaurant à Montchanin, il est venu réclamer sa paie avec une batte
de baseball.
L’homme est jugé ce 29 janvier, devant une juge unique,
après l’audience d’homologation des CRPC. Il n’a pas d’avocat, il
s’avance devant la juge et balance sa convocation et son portefeuille
sur le pupitre, au lieu de les y déposer. Nerveux.
Le 29 mai dernier,
le prévenu est retourné dans le restaurant demander « quand » il sera
payé. La gérante lui répond qu’il sera payé, il le sera. L’homme
s’énerve, sort une batte, s’emporte contre la jeune femme en la
désignant du doigt, frappe sur le comptoir avec sa batte. Deux témoins
et des images de vidéosurveillance interne et externe, le contraignent à
reconnaître les faits.
« Vous respectez les gens qui sont ici ou vous sortez ! »
Mais
quand la présidente l’interroge sur sa position à l’audience, il répond
: « Qu’est-ce que vous appelez violence ? J’étais à deux mètres de
madame. J’ai pas dit que j’avais raison mais j’ai quitté le 8 mai et 15
jours après, rien ! Pas de nouvelles, rien. J’ai jamais vu ça. Il ne
faut pas 15 jours pour faire un salaire ! »
La juge : - Madame n’est pas
poursuivie, elle est là en tant que victime.
Le prévenu : - J’en ai
rien à carrer.
La juge, cinglante : - Vous respectez les gens qui sont
ici ou vous sortez ! »
« Je gère très bien. Y a des choses qui sont énervantes, c’est tout »
«
Monsieur, vous avez provoqué un choc émotif.
- Je ne considère pas que
c’était justifié, j’ai perdu mon sang-froid. Mais je ne m’excuserai
pas. J’ai 30 ou 40 ans d’expérience, j’ai pas à ne pas être respecté
(mot que la juge vient d’employer, ndla). J’ai été payé 69 jours plus
tard !
- Monsieur, vous arrivez ici avec une attitude extrêmement
agressive envers tous ceux qui travaillent ici.
- Le manque de respect,
j’accepte pas.
- Monsieur, votre comportement est extrêmement
inquiétant, d’autant plus en présence de la victime.
- C’est humiliant,
c’est choquant, aussi.
- Cette attitude vindicative est présente a
minima depuis 1998, première condamnation pour des faits de violence,
qui sera suivie de plusieurs autres. Vous n’avez pas un problème à gérer
votre impulsivité ?
- Je gère très bien. Y a des choses qui sont
énervantes, c’est tout. »
La question du respect est mise à rude épreuve
La
présidente lit rapidement le contenu du casier judiciaire. Pendant
qu’elle parle, le prévenu répète d’une voix sourde : « C’est du passé,
c’est du passé, c’est du passé. »
Il est aujourd’hui sans emploi, et
perçoit le RSA.
La victime vient à la barre dire qu’elle maintient sa
demande d’indemnisation pour son préjudice moral.
Elle est visiblement
impressionnée. Pendant ce temps, le prévenu est retourné à son banc et
se rhabille bruyamment. La présidente le rappelle promptement à la
barre.
« Un homme énervé armé d’une batte, ça ferait peur à n’importe qui… »
Le
procureur requiert. « Si tout le monde va régler ses problèmes comme
ça… un homme énervé armé d’une batte, ça ferait peur à n’importe qui…
Dans quelle société vivrions-nous ? Pour monsieur, ça semble difficile à
conscientiser. » Le casier judiciaire et ses « nombreuses mentions pour
des faits de violence » interroge le procureur qui relève que le
prévenu a bénéficié à chaque fois d’alternatives à l’emprisonnement.
«
Mais ça n’a pas fait tilt. »
Aussi le magistrat demande aujourd’hui une
peine de prison ferme : 6 mois de prison et la révocation du sursis
prononcé en 2022, soit 3 mois. « Et pas d’aménagement ab initio.
Monsieur doit faire des efforts et montrer qu’il est méritant. »
9 mois de prison et une convocation devant le JAP
La
juge demande alors au prévenu de retirer sa casquette, « c’est la
moindre des choses ». L’homme ne veut rien dire de plus pour se
défendre. La présidente le dit alors coupable et le condamne à la peine
requise, soit à 9 mois de prison ferme, sans aménagement ab initio.
Peine complémentaire d’interdiction de porter une arme pendant 5 ans.
Dit qu’il devra indemniser la partie civile et fixe une somme.
«
L’aménagement n’est pas automatique. Si vous vous présentez devant le
juge de l’application des peines (JAP) dans les mêmes conditions
qu’aujourd’hui, ça risque d’être compliqué. Vous avez dix jours pour
faire appel. »
FSA