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30/01/2026 03:16
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MONTCHANIN : 9 mois de prison, sans aménagement, pour avoir menacé une restauratrice

«Un homme énervé armé d’une batte, ça ferait peur à n’importe qui…» a relevé le Procureur.
Il est arrivé déjà excédé, à la barre. Son attitude l’a desservi du début à la fin. Cet homme a 55 ans. Il travaille dans la restauration depuis des dizaines d’années. En mai dernier il avait été employé dans un restaurant à Montchanin, il est venu réclamer sa paie avec une batte de baseball.
L’homme est jugé ce 29 janvier, devant une juge unique, après l’audience d’homologation des CRPC. Il n’a pas d’avocat, il s’avance devant la juge et balance sa convocation et son portefeuille sur le pupitre, au lieu de les y déposer. Nerveux.
Le 29 mai dernier, le prévenu est retourné dans le restaurant demander « quand » il sera payé. La gérante lui répond qu’il sera payé, il le sera. L’homme s’énerve, sort une batte, s’emporte contre la jeune femme en la désignant du doigt, frappe sur le comptoir avec sa batte. Deux témoins et des images de vidéosurveillance interne et externe, le contraignent à reconnaître les faits.

« Vous respectez les gens qui sont ici ou vous sortez ! »
Mais quand la présidente l’interroge sur sa position à l’audience, il répond : « Qu’est-ce que vous appelez violence ? J’étais à deux mètres de madame. J’ai pas dit que j’avais raison mais j’ai quitté le 8 mai et 15 jours après, rien ! Pas de nouvelles, rien. J’ai jamais vu ça. Il ne faut pas 15 jours pour faire un salaire ! »
La juge : - Madame n’est pas poursuivie, elle est là en tant que victime.
Le prévenu : - J’en ai rien à carrer.
La juge, cinglante : - Vous respectez les gens qui sont ici ou vous sortez ! »

« Je gère très bien. Y a des choses qui sont énervantes, c’est tout »
« Monsieur, vous avez provoqué un choc émotif.
- Je ne considère pas que c’était justifié, j’ai perdu mon sang-froid. Mais je ne m’excuserai pas. J’ai 30 ou 40 ans d’expérience, j’ai pas à ne pas être respecté (mot que la juge vient d’employer, ndla). J’ai été payé 69 jours plus tard !
- Monsieur, vous arrivez ici avec une attitude extrêmement agressive envers tous ceux qui travaillent ici.
- Le manque de respect, j’accepte pas.
- Monsieur, votre comportement est extrêmement inquiétant, d’autant plus en présence de la victime.
- C’est humiliant, c’est choquant, aussi.
- Cette attitude vindicative est présente a minima depuis 1998, première condamnation pour des faits de violence, qui sera suivie de plusieurs autres. Vous n’avez pas un problème à gérer votre impulsivité ?
- Je gère très bien. Y a des choses qui sont énervantes, c’est tout. »

La question du respect est mise à rude épreuve
La présidente lit rapidement le contenu du casier judiciaire. Pendant qu’elle parle, le prévenu répète d’une voix sourde : « C’est du passé, c’est du passé, c’est du passé. »
Il est aujourd’hui sans emploi, et perçoit le RSA.
La victime vient à la barre dire qu’elle maintient sa demande d’indemnisation pour son préjudice moral.
Elle est visiblement impressionnée. Pendant ce temps, le prévenu est retourné à son banc et se rhabille bruyamment. La présidente le rappelle promptement à la barre.

« Un homme énervé armé d’une batte, ça ferait peur à n’importe qui… »
Le procureur requiert. « Si tout le monde va régler ses problèmes comme ça… un homme énervé armé d’une batte, ça ferait peur à n’importe qui… Dans quelle société vivrions-nous ? Pour monsieur, ça semble difficile à conscientiser. » Le casier judiciaire et ses « nombreuses mentions pour des faits de violence » interroge le procureur qui relève que le prévenu a bénéficié à chaque fois d’alternatives à l’emprisonnement.
« Mais ça n’a pas fait tilt. »
Aussi le magistrat demande aujourd’hui une peine de prison ferme : 6 mois de prison et la révocation du sursis prononcé en 2022, soit 3 mois. « Et pas d’aménagement ab initio. Monsieur doit faire des efforts et montrer qu’il est méritant. »

9 mois de prison et une convocation devant le JAP
La juge demande alors au prévenu de retirer sa casquette, « c’est la moindre des choses ». L’homme ne veut rien dire de plus pour se défendre. La présidente le dit alors coupable et le condamne à la peine requise, soit à 9 mois de prison ferme, sans aménagement ab initio. Peine complémentaire d’interdiction de porter une arme pendant 5 ans. Dit qu’il devra indemniser la partie civile et fixe une somme.
« L’aménagement n’est pas automatique. Si vous vous présentez devant le juge de l’application des peines (JAP) dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui, ça risque d’être compliqué. Vous avez dix jours pour faire appel. »
FSA