Dans le sillage de la clique des sapeurs pompiers et de l’Harmonie, avec les JSP, les jeunes de l’école Victor Hugo, mais aussi les jeunes porte-drapeaux c’est une très belle cérémonie qui s’est déroulée ce vendredi matin.
Le compte rendu, le reportage photos et la vidéo de creusot-infos.
Orchestrée par le Souvenir Français, avec en première ligne Sophie Guignot - Pacaud, Michel Dumerger et Fabrice Rozalen, c’est une très belle cérémonie qui a vu Le Creusot fêter la victoire du 8 Mai 1945. Une cérémonie différente des précédentes, puisque le nouveau Maire Charles Landre a souhaité lire devant le monument aux morts le message de la Ministre, mais aussi se livrer à un discours plus personnel dans lequel il a souligné ce qu’avait été le poids du Creusot dans la seconde guerre mondiale, mais aussi le prix que la ville a payé avec les bombardements, mais aussi avec toutes les victimes, notamment les déportés qui ne sont pas revenus. Des discours que son prédécesseur tenait lui à l’ALTO où tout le monde cependant était invité, avec au programme des remises de distinctions (lire plus tard sur creusot-infos). Le nombreux public a pu remarquer que le nombre de porte-drapeaux augmente. Au total 13 drapeaux avec une implication encore plus importante des jeunes.
Une implication qui est aussi celle des élèves de l’école Victor Hugo qui ont lu des textes, mais aussi chanté (voire notre vidéo). En début de cérémonie Sophie Guignot - Pacaud a lu la biographie de René Guy Cadou, avant d’inviter des élèves de Victor Hugo à lire un de ses poèmes, puis la lettre de Guy Moquet. C’est un élève de la classe défense du Lycée Léon Blum qui s’est chargé de lire le message de l’UFAC. Charles Landre pour sa part a lu le message de Catherine Vautrin, ministre des Armées et D’Alice Rufo, ministre des anciens combattants. Après les dépôts de gerbe et le salut des drapeaux, tout le monde est reparti en direction de l’ALTO/ Outre de nombreux élus du conseil municipal du Creusot, autour du Maire Charles Landre, on notait les présences du Député Aurélien Dutremble, de la vice-présidente du Conseil Régional Laëtitia Martinez, des conseillers départementaux Evelyne Couillerot, Nadège Cantier et Bernard Durand, du Commandant de Police divisionnaire Arnaud Plantard, et du Commandant Sébastien Deroche qui dirige la Compagnie des Sapeurs Pompiers du Creusot.
A.B. (Photos Alain BOLLERY)
Charles Landre
«L’histoire du Creusot est singulière. Nous sommes une ville qui, évidemment, comme toute la France, a été occupée par l'armée allemande. Nous sommes aussi une ville qui a été frappée durement par les bombardements alliés.
Et ça, beaucoup de creusotins l'ont dans leur chair. La ville a été partiellement détruite. Nous avons été frappés, non pas tant parce que nous aurions pu faire, mais pour ce que nous étions, pour les usines, pour la force de production de la ville du Creusot et des usines Schneider. Et je voudrais rappeler ici que des creusotins, au premier rang desquels le directeur, M. Monsieur Straud, on ralentit la production au Creusot. On enterrait, dès le début du conflit, du carburant. On prétextait des problèmes sur les lignes de train. On ralentit aussi, évidemment, la production dans les usines, pour faire en sorte que les Allemands aient ici un volume de production, une vitesse de production trois fois inférieure à ce qui se faisait dans les usines d'armement allemand. Et donc il y a eu au Creusot une résistance face à l'occupant par le ralentissement de la production qui a eu des conséquences puisque le directeur de l'usine et les ouvriers ont été déportés à l'issue du conflit. Je rappelle aussi que de nombreux Creusotins ont été envoyés en Allemagne au titre du STO et parmi eux certains sont revenus, beaucoup ne sont pas revenus et sont morts soit dans les camps soit à la libération des camps et finalement la ville du Creusot et ses habitants qui a été détruite, durement frappée dans sa chair et dans sa pierre a traversé le conflit prise entre la nécessité de résister comme on le pouvait à l'occupant et la découverte que les alliés allaient nous frapper pour cette capacité de production unique qui existait au Creusot. Et peut-être que des Creusotains se sont posés la question pendant le conflit du sens de tout cela. Et le 8 mai 1945, ils ont eu la réponse, la plus belle des réponses, c'est-à-dire la libération du pays et aussi du Creusot Et ce 8 mai 1945 au Creusot, il a une signification particulière puisque nous nous sommes retrouvés après cette période dans une ville très largement détruite qu'il a fallu reconstruire et qui s'est relevée comme elle a toujours su le faire au cours de son histoire. Je voudrais qu'on ait aujourd'hui un souvenir particulier pour ces Creusotins, c'était dans le mot de la ministre, qui ont de moins en moins connu cette période, et que nous ayons bien conscience que cela forge profondément l'identité de notre ville. Alors je vous dis vive le Creusot, vive la République et vive la France».
Voir sous les photos les messages des Ministres, de l'UFAC, et les différents textes lus à la cérémonie
Madame Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, et de Madame Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants.
Il y a 81 ans, dans la nuit du 6 au 7 mai, à Reims, était signée la capitulation sans condition de l'Allemagne. Le 8 mai 1945, enfin, après des années d'épreuves, d'horreurs et de combats, l'Europe était libérée de l'emprise totalitaire et génocidaire nazie. Libérée par tous les Alliés. Libérée avec le concours des armées de la France, « la seule France, [celle] qui se bat » et ne se rend pas. Ne l'oublions jamais : avant d'être une défaite des armes, la défaite de 1940 fut d'abord une défaite de l'esprit. Marc Bloch — historien, combattant de 14, volontaire à nouveau en 39, fusillé en juin 1944 — avait porté sur les responsables de la débâcle ce constat implacable : ils avaient « estimé très tôt naturel d'être battus ». Ceux qui continuèrent de croire à la France n'étaient pas des surhommes. Ce furent les cent trente-trois pêcheurs de l'île de Sein, les cinquante-deux premières engagées volontaires de Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce fut Jacques Lusseyran, lycéen non-voyant de 16 ans qui rassembla autour de lui les Volontaires de la liberté, avant d'être déporté à Buchenwald. Ce furent des femmes et des hommes de tous âges, de tous horizons, de toutes convictions, avec leurs peurs et leurs doutes, mais unis par une même exigence : ne pas subir, ne pas céder. Cette résolution était d'abord celle de résister au déni du droit et de la justice. « Dès le 3 septembre 1939 », rappelle le général de Gaulle, « nous avons tiré l'épée, seuls avec l'Angleterre, pour défendre le droit violé sous les espèces de la Pologne. » À Londres, sous les bombes du Blitz, à Brazzaville, où l'Ordre de la Libération est créé, se poursuivit la lutte de ceux qui pressentaient que cet affrontement était une guerre contre l'humanité. Alors que nous célébrons les 400 ans de la Marine nationale, souvenons-nous de l'amiral Muselier, rallié dès 1940 à la France libre et qui lui donna son emblème : la croix de Lorraine. Souvenons-nous des sous-mariniers du Casabianca, déjouant la vigilance ennemie pour armer la Résistance en Corse. Et derrière eux, toutes les générations de marins qui perpétuent aujourd'hui notre puissance navale avec le porte-avions France Libre. Souvenons-nous des commandos Kieffer, débarqués à l'aube du 6 juin 1944. Honorons, sur les plages de Provence, les soldats venus d'Afrique, d'Asie et du Pacifique — tirailleurs, goumiers, spahis de la 1ère armée française menée par le général de Lattre de Tassigny, remontant jusqu'à Berlin. De Lattre qui, face à ce qu'il appelait « les puissances multiples du mensonge », dira : « nous avons découvert tout le prix de notre civilisation en éprouvant sa fragilité. » Rappelons-nous Simone Veil, rescapée d’Auschwitz, qui fit de sa vie une œuvre de réconciliation et de paix : l'idéal européen qu'elle nous lègue fut la réponse à la haine par la force du droit. Cette victoire était celle du respect de la souveraineté de chaque peuple et de la dignité de chaque personne, contre ceux qui voulurent réduire notre continent à un empire de maîtres et d'esclaves. Aujourd'hui, pour que plus jamais le pire ne redevienne possible, il nous revient de transmettre aux jeunes qui s'avancent dans la vie — alors que les derniers témoins nous quittent — le « patriotisme agissant » que le général Leclerc confiait aux hommes de la 2e DB en leur faisant ses adieux. Transmettre cette force morale, la première arme d'un peuple qui sut, au bord de l'abîme, se redresser. Un peuple, le nôtre, que « ni le malheur militaire, ni la faillite des institutions, ni le mensonge, ni la violence n'ont pu détourner de son éternelle vocation ». (Charles de Gaulle, discours devant l’Assemblée nationale, 15 mai 1945). Vive l'Europe libre. Vive la République. Et vive la France !
Le message de l'UFAC
Le 8 mai 1945, il y a 81 ans, à Reims et à Berlin, l’armée de l’Allemagne nazie capitulait sans condition, la France étant présente aux cotés des Alliés britanniques, américains et soviétiques. La barbarie nazie enfin vaincue, les peuples d’Europe retrouvaient leur liberté et leur souveraineté. Le 8 mai 1945 portait un espoir de Paix. Or, nous assistons, aujourd’hui, à la banalisation d’idées qui nous ont amené aux abominations de la Deuxième Guerre mondiale. Au mépris des enseignements du passé, fanatisme religieux, terrorisme, réveil des nationalismes, retour des empires, et retour de la guerre aux Quatre coins du monde nous rappellent que la Paix et la Liberté ne sont jamais définitivement acquises. De même, un nouvel ordre mondial voudrait s’imposer à la place de celui né en 1945 ! A l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition de René Cassin, prix Nobel de la Paix et un des pères fondateurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, approprions-nous sa pensée : "Il n’y aura pas de paix sur cette planète tant que les droits de l'homme seront violés en quelque partie du monde que ce soit". La Paix est en Danger. Fidèle au souvenir de ceux et celles qui ont sacrifié leur vie pour un monde de Paix, l’Union Française des Associations de Combattants et Victimes de Guerre (UFAC) appelle :
tous nos concitoyens à poursuivre le combat en faveur de la Solidarité et de la Paix en combattant tous les fanatismes qui menacent la Paix, la sécurité des peuples et les droits fondamentaux des Hommes
et les gouvernements à respecter le droit international en s’appuyant sur la charte de l’ONU. Vive la République !
Vive la France !
La Biographie René Guy Cadou (1920-1951)
René Guy Cadou est un Breton, fils d'un couple d'instituteurs et le deviendra lui- En 1936, Il rencontre Michel Manoll, libraire et poète, qui lui fera connaitre deux grands poètes: Pierre Reverdy et Max Jacob. En 1937, il publie Brancardiers de l'Aube. Dans sa courte vie, il aura affronté la mort de ses parents, la guerre, l'occupation et la maladie. En 1946, il épouse Hélène Laurent , passionnée de poésie. Elle sera l'épouse, la muse, l'inspiratrice et René lui consacrera de très beaux poèmes d'amour ... Il mène auprès d'Hélène, la vie simple de l'instituteur de village. Il écrira là le plus clair de son œuvre poétique. Atteint d'un cancer, il meurt le 20 mars 1951. Sa femme Hélène, elle-même poète, publiera de nombreux recueils et s'efforcera de faire reconnaitre l'œuvre de René. Contexte du poème Le 22 octobre 1941, alors qu'il quitte en vélo Châteaubriant en Bretagne pour revenir à Saint-Aubin-des-Châteaux, il croise sur sa route les camions allemands qui transportent 27 otages vers la sablière de Châteaubriant . Ce 22 octobre 1941, les Allemands fusillent ces 27 détenus (dont Guy Môquet) en riposte à l'assassinat du commandant allemand de Nantes, Feldkommandant Fritz Holtz. Celui-ci a été abattu deux jours plus tôt, le 20 octobre, en plein centre de Nantes, par un militant communiste, Gilbert Brustlein, qui a aussi participé les jours précédents au déraillement d'un train de permissionnaires allemands. Les auteurs de ces attentats ont agi sur ordre du parti communiste clandestin . Sans succès, les Allemands offrent 15 millions de francs à toute personne qui leur fournirait des renseignements sur eux. Lezz octobre, en début d'après-midi, les gardes allemands assistés d'un lieutenant français procèdent à l'appel des otages dans les baraques du camp de Choisel-Châteaubriant. Les futures victimes ont 30 minutes pour écrire une dernière lettre à leurs proches. Après quoi, chantant la Marseillaise avec leurs camarades de détention, ils montent dans les camions qui vont les transporter à la carrière de la Sablière, à deux kilomètres du camp. Ils refusent de se faire bander les yeux face aux 90 SS du peloton d'exécution, Les victimes meurent en chantant jusqu'au bout la Marseillaise. Parmi elles, des militants connus, d'autres qui le sont moins, et Guy Môquet (17 ans).Parmi eux, dauthentiques résistants : André Le Moal (17 ans) et d'autres gaullistes de vingt ans ou moins dont les noms ont été oubliés.
René-Guy Cadou « Les fusillés de Chateaubriand »
Ils sont appuyés contre le ciel Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel Avec toute la vie derrière eux Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule Qui est un monument d’amour Ils n’ont pas de recommandations à se faire Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus L’un d’eux pense à un petit village Où il allait à l’école Un autre est assis à sa table Et ses amis tiennent ses mains Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent Ils sont bien au-dessus de ces hommes Qui les regardent mourir Il y a entre eux la différence du martyre Parce que le vent est passé là ils chantent Et leur seul regret est que ceux Qui vont les tuer n’entendent pas Le bruit énorme des paroles Ils sont exacts au rendez-vous Ils sont même en avance sur les autres Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres Et que tout est simple Et que la mort surtout est une chose simple Puisque toute liberté se survit. René-Guy Cadou, « Les Fusillés de Châteaubriant », in René-Guy Cadou, Pleine Poitrine, Périgueux, P. Fanlac, 1
Le lettre de GuyMôquet :
Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé, Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable, je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme. 17 ans et demi, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage ! Votre Guy qui vous aime.