
Environ 400 personnes se sont retrouvées à l’ALTO ce mardi matin. La gorge serrée et les yeux embrumés pour beaucoup.

Il faut avoir vu les sourires des enfants sur la luge d’été, l’Alpine Coaster et les autres attractions du Parc des Combes, pour mesurer ce qu’a été l’œuvre de Serge Chevalier, dont la cérémonie d’obsèques avait lieu ce mardi matin à l’ALTO.
Ces sourires, des rigolades, ces cris. de joie, ces émotions communicatives, contrastent avec les visages infiniment tristes vus ce mardi matin.
Car oui, il y avait beaucoup de tristesse pour dire «au revoir», ou «adieu» à Serge Chevalier. Sans doute qu’il ne faudra pas longtemps ; quelques mois ou quelques années, pour que chacun prenne conscience de la grandeur de ce que Serge Chevalier a initié et réalisé pour Le Creusot qui, grâce à lui, a désormais une identité et une notoriété touristique.
C’est d’ailleurs ce qui a été mis en relief au cours de la cérémonie par les différents intervenants, devant environ 400 personnes, dont Charles Landre, Maire du Creusot, André Accary, président du Conseil départemental de Saône-et-Loire, Laëtitia Martinez, vice-présidente du conseil régional, Dominique Lotte, vice-président du conseil départemental, Didier Laubérat, président de la commission des finances au conseil départemental ; les conseillers départementaux Claudette Brunet-Lechenault, Jean-Luc Fonteray, Bernard Durand, Alain Philibert… d’anciens élus au département comme Jean-Yves Vernochet, ou Jean-François Nicolas… Mais aussi Michel Suchaut, ancien président de la CCI de Saône-et-Loire, Jérémy Pinto, leader de l’opposition au Creusot, Patrick Merliaud, président du syndicat de la métallurgie, Cyril Gomet, directeur de cabinet du Président de l’Université Bourgogne Europe…
C’est André Billardon, ancien Ministre, ancien Maire du Creusot, ancien Président de la Communauté Urbaine, qui avait été chargé par la famille de prononcer l’oraison funèbre, ce qu’il a fait avec une palpable émotion (lire ci-dessous)
En ouverture, le maître de cérémonie a d’abord parlé de l’héritage laissé par Serge Chevalier, qualifié de «force tranquille».
Après André Billardon, Kévin, qui avait été jeune bénévole au Parc des Combes a rappelé l’histoire de ce qui restera comme épopée du Train des Crouillottes jusqu’au développement du Parc des Combes. Mais aussi de la 241P17 et de la confiance que Serge Chevalier avait accordée au jeune passionné qui a fait du train sa vie professionnelle en intégrant la SNCF. «Serge n’était pas seulement un Président mais une personnalité à part entière», a affirmé Kévin avant de lancer un grand «Merci» au nom, évidemment, de tous les employés et bénévoles du Parc et du Train, qui constituaient sa seconde famille.
Sylviane parle ensuite de la vie de famille, de sa bienveillance, de son souci constant d’aider et de soutenir.
Puis c’est son fils Mathieu qui parla de son père avec une grande émotion. Pour rappeler qu’enfant son père l’emmenait voir passer les TGV, des parties de jeux vidéo, des vacances à la montagne l’été, des retrouvailles avec Camille Dufour. Et puis évidemment de la formidable aventure du Parc des Combes. «Cela 22 ans que l’on travaillait ensemble», avec l’exigence du travail bien fait. Serge était «toujours là pour viser plus haut». Avec désormais une responsabilité de «poursuivre» l’oeuvre entreprise, en espérant que de là où il sera, Serge Chevalier sera fier de la suite.
C’est sous les applaudissements du public que la dépouille mortelle a quitté l’Alto.
Le discours d’André Billardon :
«Ce soir du 15 août, j'étais présent avec quelques amis au Parc des Combes, ce lieu que Serge avait imaginé, créé de ses mains et porté avec tant de bénévoles de toutes générations pendant plus de trente ans. En quelques minutes, nous l’avons vu partir, là où était toute sa vie. Nous avions passé ensemble un dernier moment convivial, en toute simplicité en cette soirée festive.
Comment ne pas crier sa rage face à l’injustice de ce décès brutal ! Et pourtant constatons que Serge s’en est allé, là où il a bâti, ce qui restera à jamais son œuvre.
Nous nous connaissions depuis près d'un demi-siècle. Cinquante années qui laissent des souvenirs très précis, des visages, des réunions qui parfois ont pu s’éterniser, des moments difficiles et bien entendu d’autres plus heureux, ceux qui font une vie. Je veux tenter de vous dire qui était cet homme, parce que je le lui dois, et parce que peu de personnes m'auront autant appris sur ce que signifie servir une ville qu'on aime.
Serge était creusotin jusqu'aux tréfonds de lui-même. Il avait sa ville dans les veines. Quand il en prononçait le nom, on sentait, qu'on le connaisse ou non, cet attachement viscéral qui le liait à ce territoire et peut-être plus encore à ceux qui l'habitent. Il aimait passionnément cette terre industrielle qu'il voulait faire connaître et respecter pour démontrer, envers et contre tout, qu'ici on vit bien.
Avant d'être un élu, Serge fut un militant. Un militant syndical à l’usine, engagé très jeune à la CFDT, aux côtés de Camille Dufour et Bernard Loiseau. C'est là, dans le syndicalisme, qu'il a appris ce qui ne l'a plus jamais quitté : le sens du collectif, l'exigence de la connaissance d’un dossier pour mieux le défendre, le souci concret des salariés et de leurs conditions de travail, la conviction qu'on ne peut défendre les gens qu'en les connaissant bien. Ce socle syndical, il ne l'a jamais renié. Il en a fait la matrice de tout son engagement, jusqu'au bout.
Camille Dufour, découvreur de talents, l'avait repéré, c'est ainsi que Serge est entré en politique à ses côtés, en 1977 — l'année de cette victoire historique où un ouvrier accédait à la tête d'une ville ouvrière. Ce que Serge devait à Camille et Bernard, il ne l'a jamais oublié, et ce qu’ils lui ont transmis — la rigueur, la loyauté, le sens du service, cette exigence d'être au bureau tôt le matin et disponible pour tout le monde — a façonné tout le reste de sa vie publique. Il y avait entre eux une vraie filiation faite d'admiration et d'affection.
Mais viennent les années les plus rudes que notre ville ait connues, celles du dépôt de bilan et de la liquidation de Creusot-Loire, ce séisme économique et social qui aurait pu emporter n'importe quelle équipe municipale. Le temps des crises peut être aussi celui où se révèlent les caractères exceptionnels.
En ma qualité de député du Creusot à l’époque, je peux témoigner de la détermination de toute une équipe, et donc de celle de Serge, dans ces moments où il fallait tenir, où les tensions étaient partout pour sauver l’emploi, sauver l'outil de travail, sauver l'avenir de la ville. Serge n'a jamais été homme à se dérober quand les temps devenaient difficiles. C'est même dans ces moments-là qu'il donnait le meilleur de lui-même.
La conversion économique des anciens bassins industriels est à l’ordre du jour et le tourisme est appelé à se développer. Au Creusot, l’ancien train qui montait les déchets industriels sur le crassier va engendrer le projet d’un train touristique. Et d’une histoire, qualifiée souvent de « noire », naîtra donc une modernité accueillante. Le petit train des Combes portera l’ambition d’une mutation heureuse. Un vrai coup de génie !
Puis, en 1995, quand je suis élu maire du Creusot, Serge est resté fidèle au poste, à mes côtés cette fois, pendant 19 ans mon premier adjoint, avec la même loyauté, le même engagement, sans compter. C'est suffisamment rare, en politique, pour être souligné : cette capacité à rester droit dans ses convictions tout en sachant se mettre, sans arrière-pensée, au service d'un nouvel élan.
Politiquement, Serge était viscéralement de gauche, socialiste de conviction, ancré dans une histoire ouvrière et syndicale qu'il n'a jamais reniée. Un homme de dossiers complexes, techniques, Serge savait aussi les rendre lisibles, les expliquer et les défendre avec un sens politique aiguisé.
Et alors qu’à cet instant se déroulent à Semur-en-Auxois les obsèques de François Patriat, ancien président de la région Bourgogne et ami du Creusot, je revois la pugnacité de Serge pour le soutien des dossiers du Creusot auprès du Conseil régional.
Et toujours sa passion n’était pas très loin. Après le train des Combes pour le développement touristique est venue ensuite l’emblématique locomotive 241 P 17, sauvée et remise en service après des années d’efforts. Auprès de cette énorme machine qui appartient à notre histoire, on pouvait souvent le croiser « noir de charbon ».
En parallèle, le Parc des Combes connaissait un essor, façonné année après année, attraction après attraction, jusqu'à devenir ce que Le Creusot compte de plus précieux en matière touristique : tout cela porte sa marque, son opiniâtreté, sa vision. Serge voyait toujours plus loin que le court terme. Il avait cette qualité rare des bâtisseurs : la patience du temps long, doublée de l'énergie du quotidien.
Je ne veux pas non plus taire ce qui l'a fait souffrir. Après avoir quitté la vie politique en 2020, Serge a vécu douloureusement de voir son nom mis en cause publiquement, sans que soit pesé, en face, tout ce qu'il avait donné. Cette période a laissé des traces, je le sais, mais elle n'a jamais entamé son attachement au Creusot, ni son besoin de continuer, jusqu'au dernier jour, à s'occuper de ce parc qui était devenu, avec les années, une part de lui-même.
Monique, Mathieu, je voudrais vous dire que si nous connaissions tous l'élu, le militant, le bâtisseur, vous, vous avez connu l'homme derrière tout cela, celui qui rentrait le soir chargé des dossiers et des combats de la ville du Creusot, de la Communauté Urbaine et du Conseil général de Saône-et-Loire. Ce que Serge a donné au Creusot, il vous l'a donc d'abord pris, à vous, dans le temps et dans l'énergie qu'il aurait pu vous consacrer davantage. Sachez que nous en avons conscience, et que nous vous en sommes reconnaissants.
Monique, tu as partagé la vie de Serge et ses combats depuis 1978, avec une patience et une présence que beaucoup d'entre nous ont pu observer, sans probablement toujours mesurer ce qu'elles coûtaient. Alors aujourd'hui, c'est toute une ville qui partage votre peine, et qui se tient, modestement, à vos côtés. J’adresse à toute la famille et à tous les proches de Serge mes très sincères condoléances.
Difficile de clore cet hommage, aussi j’ai choisi de retenir une citation de Christian Bobin, cet autre amoureux du Creusot.
Je cite : « J'ai perdu des êtres qui étaient pour moi, sources de soleil. Ce soleil a été mis en terre. Apparemment mis en terre. Moi, je continue à en recevoir les rayons. »
Serge mon ami, ton rayonnement continuera à veiller sur Le Creusot et les Creusotins.
Et s’il n’y a plus qu’un mot à prononcer, c’est celui de merci !»



