
Les Lieutenants Christophe Gallarati, Didier Mathonnat, Bruno Dutremble et Grégory Thomas parlent de leurs missions bien au-delà des frontières de la Saône-et-Loire. Jusqu’à Mayotte, sur les mégas feux de forêts, mais aussi sur des inondations.

Depuis plusieurs années, sur décision du Contrôleur général et directeur du SDIS Frédéric Pigneau, des sapeurs pompiers de Saône-et-Loire partent régulièrement en renfort, pour des événements exceptionnels. Il s’agit bien évidemment de mission de solidarité avec les autres SDIS et les autres territoires. Mais il s’agit aussi d’apporter de l’expertise, mais aussi de renforcer celle-ci.
Ainsi, en cet été 2026 qui a vu la Saône-et-Loire s’enflammer comme jamais, les Lieutenants Christophe Gallarati, Didier Mathonnat, Bruno Dutremble et Grégory Thomas ont pu s’appuyer sur leurs expériences renforcées dans les autres départements. Et notamment sur les mégas feux en Gironde, dans le Landes, dans le Var, dans les Vosges, dans le Jura. Très clairement les partenariats souhaités par le directeur du Service d’Incendie et de Secours (SDIS) de Saône-et-Loire, sont gagnant/gagnant. Dans le sens où tout le monde y trouve son compte.
Alors que l’on fête ce week-end, le centenaire de la création du premier corps de pompiers au Creusot, avec des portes ouvertes samedi après-midi et dimanche, creusot-infos donne la parole aux Lieutenants Christophe Gallarati, Didier Mathonnat, Bruno Dutremble et Grégory Thomas. Pour parler de leurs missions spéciales, de toute évidence très enrichissantes.
A.B.
Lieutenant Christophe Gallarati
«A chaque fois c’est une aventure humaine !»

«Ma première mission hors Saône-et-Loire c’était en juillet 2022 en Gironde. On était parmi les premières relèves à partir», explique le nouvel adjoint du chef de centre de la Compagnie du Creusot.
«On s’est retrouvé non seulement avec un méga feu de forêt, mais c’était aussi des feux de tourbes au sol. On avait été missionnés pour gérer les reprises de feu».
Qu’en retient-il ? «J’ai découvert une organisation différente de ce que je connaissais. C’état donc très enrichissant. Et puis, il y a eu l’accueil très chaleureux des gens, des habitants. On avait vraiment le sentiment de servir notre territoire».
Christophe Gallarati est ensuite intervenu brièvement sur un feu de forêt dans les Vosges. «Ils avaient besoin de moyens car dans les Vosges, en 2023, ils étaient un peu dépourvus face aux feux de forêts…»
Sa plus grosse mission en extérieur, c’est à Mayotte que le Lieutenant va la vivre. Après le passage de l’ouragan Chido. «Je suis parti trois semaines en détachement de commandement. J’étais numéro deux. Il y avait 150 pompiers à diriger sur le secteur de N’Tsangamouji. On était vraiment dans une zone complètement dévastée. Commander 150 pompiers que l’on ne connait pas c’est beaucoup, mais ils étaient tous volontaires pour venir, avec une vraie discipline militaire. Malgré la chaleur, malgré l’humidité, j’avais envie d’y retourner tellement il restait de choses à faire. Par pur hasard, j’ai retrouvé un de mes potes que j’avais connu à Paris. Cela restera une expérience exceptionnelle où l’on apprend beaucoup sur la solidarité. On vivait dans un garage. C’est là que j’ai vu comment le système de secours fonctionnait !» Il ne manque pas de rappeler qu’il a été mis au courant du départ pour Mayotte 48 heures avant.
Le numéro deux de la Compagnie du Creusot évoque encore le départ dans le Vaucluse en juillet 2025. «On a finalement été envoyés à Martigues pour protéger des maisons alors que le feu progressait et faisait rage. Le feu était vraiment très virulent. Ce qui est intéressant, c’est la partie management, avec des expériences humaines».
Marié, deux enfants, Christophe Gallarati avoue ne pas partir «sans leur avis». Il parle enfin du dernier G7 à Evian. «On était basé à La Roche sur Foron avec une mission de sécurisation». Et il insiste : «A chaque fois c’est une aventure humaine !»
Lieutenant Didier Mathonnat
«Faire avec ce que l’on a…»

Originaire de Nevers, arrivé en Saône-et-Loire en 1997, puis au Creusot en 2021, le Lieutenant Didier Mathonnat se souvient parfaitement de sa première mission à Mayotte. Car pour la première fois il n’a passé ni Noël, ni le Jour de l’an en famille. «Je suis parti du 22 décembre au 5 janvier. On avait d’abord pour mission de mettre en place des postes de commandement avancé». Après un long voyage en avion. D’abord de Paris à La Réunion, puis 12 heures encore jusqu’à destination… Pour arriver dans ce qui ressemblait à un chaos… «La Tour de contrôle de l’aéroport avait subi l’ouragan. Il y avait une tour de contrôle provisoire, pour permettre les premiers secours. Il n’y avait pas d’eau et pas d’électricité». Une situation de crise extrême comme le Lieutenant en avait encore jamais vue… «Dans ces cas là, il faut faire avec ce que l’on a pour tenter de répondre au mieux aux attentes. Cela dans un univers avec tous les arbres ou presque brisés, des maisons sans soit. Un véritable spectacle de désolation, avec des gens qui font la queue».
Malgré la dureté de ce qu’ils voient et mesurer, les pompiers doivent alors conserver la tête froide. «Au-delà de la dureté de ce que l’on voit et on vit, cela reste une bonne expérience. Car on n’a pas l’habitude de telles situation. Il faut trouver des moyens en mode dégradé. Les gens doivent se nourrir. Il faut sécuriser certains bâtiments pour que la vie reprenne. Sur le plan humain, on se dit que ça va prendre du temps, beaucoup de temps. On a travaillé non stop et je me suis rendu compte que peu à peu on perdait en lucidité».
Avec le recul, il parle de sa femme qui a trouvé difficile, pour la 1ère fois, de ne pas faire et vivre les fêtes en famille».
En 2002, Didier Mathonnat est parti en Gironde pour le méga feu : «Ce qui m’a le plus marqué c’est les réactions des gens, leur gratitude et leur reconnaissance. Ils étaient disponibles pour nous».
E, 2024, Didier Mathonnat est parti en renfort sur Nîmes, pour une mission pous habituelle sur les feux. «Je remercie vraiment notre directeur d’avoir ouvert la Saône-et-Loire sur ces missions de renfort à l’extérieur. Car on apprend tous. On gagne en expérience», conclut le Lieutenant.
Lieutenant Bruno Dutremble
«C’est vraiment une chance d’aller faire des gros feux dans d’autres départements»

Il est aujourd’hui un des plus anciens au centre de secours du Creusot, où il est arrivé en octobre 1990, après deux années à Autun. Le Lieutenant Bruno Dutremble est lui aussi parti à Mayotte. Mais au printemps. Du 1er au 24 avril. Mais bien avant cela, il avait donné dès la fin des années 80 l’importance des feux dans le Var. Il se souvient aussi du premier gros feu au Creusot. «Le 27 juillet 2005. Un feu de forêt entre la rue du Docteur Rebillard et la rue des Alpes».
Il a évidemment été marqué par son expérience à Mayotte… «On était sur la fin des missions. On était dans une MASC, une mission d’appui à la sécurité civile. Ce qui était frappant pourtant plus trimestre après l’ouragan, c’est que le spectacle de désolation subsistait. Il n’y avait plus de végétation, tout était cassé. On change de monde. On mesure combien un ouragan peut être violent. On voit la détresse des gens. Ce sont des images qui marquent. Et on comprend alors les exigences de la solidarité».
C’est en Saône-et-Loire que le Lieutenant Bruno Dutremble a vécu ses premiers gros feux. La SCOP, l’usine de pneus à Montchanin, «on est resté 15 jours» ; Mais aussi un feu d’un dépôt de pneus à Artaix.
Ce sont les feux dans le Var, à la fin des années 80 qui l’ont le plus marqués. «Il faut bien comprendre que les moyens de l’époque n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. Les gars partaient au feu avec un casque en tôle et une veste en cuir. Les gars c’étaient des guerriers». Et alors que les gros feux de forêts ne sont pas réservés au Midi de la France, Bruno Dutremble est catégorique : «C’est vraiment une chance de pouvoir aller faire des gros feux en renfort dans d’autres départements, comme le Var, les Landes ou la Gironde. Car inévitablement on gagne en expérience. Ca nous permet de mieux appréhender les sinistres ici».
Lieutenant Grégory Thomas
«On arrête le feu, pas l’eau»

Digoin en 2001, puis Le Creusot en 2006, Montceau de en 2014 et retour au Creusot en 2020… Le Lieutenant Grégory Thomas a toujours servi en Saône-et-Loire. Et il est de ceux qui a d’abord été envoyé en renfort dans le Nord. Pas pour des incendies. Non, pour des inondations. «On était dans le Pas de Calais, près du Touquet, pendant une semaine en 2024».
Et le Lieutenant a vite mesuré comme d’autres, une évidence : «On arrête le feu, pas l’eau». Et il s’explique : «On était dans un village, La Calotterie, pour faire diminuer le niveau de l’eau. Ce qu’on faisait tout au long de la journée. Mais le lendemain matin, on était au même niveau. J’étais avec le Commandant Sébastien Deroche, qui était chef de colonne. On est passé en 3x8 avec quatre équipes. On a eu l’appui de la sécurité civile. On apprend alors à travailler avec d’autres», dit-il.
Au bout de longs efforts la bataille contre l’eau a fini par être gagnée. Grégory Thomas a pu mesurer la détresse de la population…. «Les gens étaient dépités. Juste avant Noël ils avaient eu un début d’inondation. Et puis une deuxième est donc arrivée en début d’année. Plus importante, plus puissante».
En 2025, c’est dans l’Hérault que le Lieutenant s’est retrouvé en renfort, «alors qu’on était parti pour être en renfort dans l’Aude. Mais on a été arrêté car il y avait un feu qui s’était déclaré en début de soirée. «On a combattu les flammes toute la nuit, pour protéger un camping. Et finalement, au matin, on nous a envoyés dans l’Aude. Là bas on a travaillé sur des zones escarpées, très difficiles d’accès. Les avions Dash ont été décisifs». Une vraie expérience qui lui a permis de mesurer que face à des incendies il faut parfois des mobilisations humaines importantes, mais aussi aériennes. Incontestablement on gagne en compétence. Et cela c’est grâce au Directeur du SDIS. La solidarité nationale est gagnante pour tout le monde. Quand on repart d’un gros incendie par exemple, on a plus de réflexes, on sait réagir plus vite face à un sinistre. Et donc être plus efficace !»
Alain BOLLERY



















