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> Vie locale > LE CREUSOT
03/03/2026 03:16
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LE CREUSOT : Madame Lequin a fêté ses 100 ans

Marthe est née le 1er mars 1926. Son père, Pierre, était marchand de bestiaux et sa mère, Marie, femme au foyer. Fille unique, elle a été choyée et gâtée. Elle garde de très bons souvenirs de son enfance.
« Quand j’allais à l’école au Breuil, j’avais un mouton qui me suivait jusqu’au bout du pré devant la maison », se souvient-elle. Très proche de son père affectueux, elle raconte qu’il ne partait jamais au travail sans venir l’embrasser pour lui dire au revoir. Il n’était pas sévère, et Marthe reconnaît qu’elle a toujours été raisonnable : « On avait une certaine éducation et du respect pour les adultes, et tout le monde trouvait cela normal ! »
Marthe a eu la chance d’aller en pension à Notre-Dame de Varanges à Givry, où elle réussit son certificat d’études à 14 ans. « C’était la mode pour les familles aisées », dit-elle. Son père venait la voir régulièrement, mais comme il pleurait autant qu’elle, les demoiselles lui ont demandé de venir moins souvent.
Malheureusement, un an après son entrée à Notre-Dame de Varanges, la guerre éclata, et Marthe dut interrompre ses études. Elle n’en garde pas de bons souvenirs : « Pendant la guerre, les Allemands venaient récupérer les œufs du poulailler sans rien demander, et j’avais peur. » En 1943, son père décède. Très attachée à lui, Marthe a alors 17 ans.
Mais la vie continue. En juillet 1945, sa mère lui permet d’aller à la fête de Montchanin, un événement qui change sa vie : c’est là qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari, André. Gentil et attentionné, il semble évident qu’ils se marieront, ce qu’ils feront le 10 octobre de la même année. Le couple s’installe à Écuisses. Marthe tient la petite épicerie du Petit Montois pendant que son mari transporte du charbon. Elle se rappelle : « Une année, il est tombé dans le canal du côté de Pouilloux, et tout le chargement a été perdu. Les boulets étaient au fond de l’eau ! »
Après avoir transporté du charbon, son mari travaille pour la famille Schneider. En effet, son mari travaille dans l’entreprise de transport de son père et Marthe les rejoint pour s’occuper du secrétariat et de la comptabilité. Elle se souvient : « On allait chez Chauveau pour charger des téléphones à Montceau et les livrer à Puteaux, près de Paris, chez SW. On chargeait également du sucre au-dessus de Paris pour le livrer chez Auboeuf à Saint-Marcel, ainsi que des cartons de petits pois. » 
Fière de son activité professionnelle, elle confie qu’elle n’aurait pas aimé une vie trop monotone au foyer. Le couple travaille beaucoup et choisit de n’avoir qu’un enfant. Marthe murmure avec un sourire : « On faisait attention… » En août 1950, naît leur fille, Anne-Marie. Plus tard, Marthe aura une petite fille Nadège et aujourd’hui Marthe est arrière-grand-mère d’un petit Mathis.
La petite famille n’a guère de temps pour penser aux sorties, mais les dimanches étaient réservés à la famille et aux amis. « Pendant ces années-là, on passait 8 à 10 jours à Gigny, dans la prairie, à faire du camping. Nous étions réveillés par les vaches et les chevaux. Pendant que son père passait ses journées à la pêche, ma fille et moi partions à Chalon, à Tournus et une fois à Mâcon. J’avais acheté un panier en rotin jaune et noir que j’ai gardé très longtemps. »
En décembre 1952, Marthe obtient son permis de conduire après avoir pris des cours à l’auto-école. « Je ne voulais pas que ce soit mon mari qui m’apprenne ! » dit-elle. Cette liberté était précieuse : même par verglas ou de nuit, elle conduisait sans peur, transportant parfois sa fille pour aller réparer un camion ou aller jusqu’à Saulieu à la station Caltex.»
En 1962, après l’arrêt de leur entreprise de transport, Marthe et son mari descendent dans le Sud pour voir des cousins « Lolotte et Marcel » et achètent sur un coup de tête le Turf Hôtel à Cros-de-Cagnes. Marthe n’y trouve pas sa place, elle ne supporte pas la chaleur ni la mer. Elle se souvient : « Un hiver, nous sommes remontées toutes les deux en DS du Midi pour venir à Écuisses au moment de Noël et avons été prises dans des congères dans la vallée du Rhône. Les cousins, partis avant nous, avaient appelé pour dire qu’il ne fallait pas se mettre en route, mais quelques heures après, nous sommes arrivées derrière eux. Il m’en fallait plus que ça pour m’arrêter… »
En 1965, ils revendent l’hôtel aux parents d’Evelyne Leclerc, la fille de la télévision. Ils retournent au Creusot où ils achètent le Lion de Belfort. Marthe raconte : « Je faisais travailler Raymond et Nadette, et ma fille à la Saint-Laurent, car c’était une grosse fête. »
Ensuite, Marthe tient une maroquinerie route de Couches pendant que son mari travaille au bois Labert où il engraissait des génisses. « Ma fille allait chercher la marchandise à Paris pour Noël, prenant le train le matin et rentrant le soir… » 
Marthe aimait beaucoup suivre la mode et, quand son mari l’accompagnait dans les magasins, il aimait la voir élégante et choisissait toujours les plus belles tenues. Encore aujourd’hui, Marthe prend soin d’être toujours bien apprêtée.
Puis vient l’heure de la retraite. Cependant, la retraite ne se déroule pas comme Marthe l’aurait imaginé : son mari a des problèmes de santé avec des moments de violence. Il est hospitalisé plusieurs années et décède en 2009. Marthe mène alors une vie tranquille, entre courses et visites à ses enfants. « Ma voiture, c’était tout : je pouvais aller où je voulais. »
En juin 2017, sa santé se dégrade. Malgré un retour à la maison, elle entre à l’Ehpad du Canada à l’été. Marthe reste dynamique et participe aux animations, sorties et activités du PASA.
Nous avons demandé à Marthe ce que cela faisait d’avoir 100 ans… : «C’est la nature, je suis le mouvement. Je n’aimerais pas revenir en arrière, ce qui est fait est fait. Qui sait, il me reste peut-être encore plusieurs années devant moi»
 


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