
Plus d'un mois après l'incendie de la Lande de la Chaume au Creusot, les signes de reprise de la vie sont nombreux mais le milieu est très fragile. Patrice Notteghem, président de la Société d'Histoire Naturelle du
Creusot (SHNC) et vice-président du Conservatoire d'espaces naturels de
Bourgogne, fait le point pour Creusot-Infos sur les dégât "Il est important de circuler uniquement sur les chemins qui préexistaient"


Un mois et demi après, quel constat avez-vous fait de l'incendie de la Lande de la Chaume ?
PATRICE NOTTEGHEM : «Heureusement, la totalité du site n'a pas brulé, grâce au travail efficace des pompiers et notamment à l'intervention décisive des hélicoptères. Environ 7 hectares ont été touchés, soit plus de la moitié de ce site qui est propriété de la Ville du Creusot, et géré par convention conjointement par la SHNC et le conservatoire».
Quel impact cet incendie a-t-il eu sur la lande ?
«L'incendie a été d'autant plus fort que la végétation était très sèche du fait de la canicule. C'est l'intérêt écologique de la lande (flore, lichens, oiseaux, invertébrés...) qui en fait un site particulièrement intéressant et fragile. C'est une « lande à callune », une espèce de la famille des bruyères.
Certains pieds de callune ou autres petits arbres ne s'en remettront pas alors qu'ils auraient eu une chance de repartir malgré l'incendie dans des conditions moins sèches. Les graminées ont brûlé mais il y a des graines dormantes dans le sol, et des arbres, tels les robiniers et les chênes pubescents repartent déjà du pied.
Les lichens qui étaient au sol ont beaucoup souffert mais ceux présents sur les îlots rocheux ont été contournés par les flammes et s'en sont bien sortis.
Concernant les animaux, la petite faune a particulièrement été touchée : les insectes, les animaux à déplacement lent, les petits rongeurs, etc... Mais on voit déjà beaucoup d'insectes revenir : les fourmis qui étaient réfugiées en profondeur ont survécu et se sont déjà remises au travail. Des criquets sont revenus aussi, depuis les parties périphériques. On voit aussi des traces de chevreuils».
La lande pourra-t-elle retrouver son aspect "normal" ?
«Le milieu a changé pour longtemps. Il faudra du temps pour retrouver la lande telle qu'elle était : plusieurs années au moins. Mais il y a des changements rapides que l'on observe déjà, et dès les prochaines pluies, on verra de nombreuses espèces réémerger. Puis c'est au printemps prochain que l'évolution sera bien visible. Il y a déjà eu plusieurs incendies, notamment en 1964, dont la surface semble avoir été importante, et en 2017, mais plus localisé. A la suite de cet incendie de 2017, on n'avait toujours pas retrouvé l'état initial en 2026, avec des zones ou la callune n'a pas repoussé».
Que faire et ne pas faire pour aider la lande à se reformer ?
«Il y a deux aspects : les citoyens d'une part, et les institutions en charge du lieu d'autre part.
Le conservatoire, en partenariat avec la SHNC, organisera au moment opportun, d'ici au printemps, une intervention pour limiter l'expansion du robinier faux-acacias, qui va bénéficier de cet incendie par la multiplication de rejets sur les racines. Pour rappel, le robinier est une espèce exotique envahissante qui est dommageable à ce type de milieu et dont on essaie depuis longtemps de contenir l'expansion dans la lande de la chaume. Les graines dormantes sont déjà reparties. Il est d'ailleurs possible qu'elles aient profité de l'eau des sapeurs-pompiers.
Le conservatoire met en place un programme de suivi de l'évolution des sites impactés par les incendies de cet été, notamment aussi à coté de Dijon. Pour la Chaume du Creusot, la SHNC apportera son concours au fil des années et rendra compte annuellement de l'évolution».
Et les Creusotins que peuvent-ils faire ?
«Le milieu est aujourd'hui très fragile. Il est important de circuler uniquement sur les chemins qui préexistaient. Ils sont bien blancs et facilement repérables. Il faut s'abstenir de marcher hors chemin car piétiner les parties brûlées est dommageable pour la reprise, et piétiner les parties qui n'ont pas brûlé abîme les plantes et les lichens qui ont survécu.
Il ne faut pas créer de nouveaux chemins. Nous avons notamment observé des gens qui marchent dans les traces des camions de pompiers ou des vététistes qui coupent à travers tout, dans la descente. Il faut absolument éviter ça. Il faut laisser des ilots de tranquillité suffisamment grands entre les chemins pour les oiseaux nicheurs au sol, en particulier l’engoulevent, qui reviendra un jour.
La nature a la capacité, quelquefois surprenante, à se régénérer. Et sur ce type de milieux tout particulièrement, l'intervention doit se limiter aux espèces envahissantes, à savoir le robinier».




La Scille d'automne est la première plante à s'être manifestée après l'incendie. Ses bulbes, sous la terre, ont été préservés de l'incendie avant d'avoir germé.





Les chênes redémarrent, ainsi que le robinier.
Dans les endroits qui n'ont pas brûlé, on voit que beaucoup de callunes sont sèches, ce qui a favorisé l'incendie. Elles devraient toutes être roses, donc en fleur, à cette époque.


Les chemins qui existaient avant l'incendie son bien blancs et facilement repérablesPhotographies : Société d'Histoire Naturelle du Creusot, Patrice Notteghem et Nicolas Richoffer