
Pas d’attaques et même des commentaires bienveillants… La campagne des municipales n’a pas été violente, lundi soir, au conseil municipal du Creusot, entre le Maire David Marti, Pierre-Eetienne Graffard, Sébastien Gane, Jérémy Pinto, Hugo Nieddu, Charles Landre et le représentant de Didier Laubérat… Justes de piques sur la baisse de la population et l’attractivité de la ville.
Si lundi soir les rangs du public étaient garnis c’était plus par des membres des différentes listes que par des creusotines et creusotins se passionnant pour les séances du conseil municipal, même si on comptait quand même quelques adeptes.
A moins de deux semaines du premier tour, le conseil aurait pu être enflammé. Il n’en n’a rien été. Tout juste quelques petites attaques à fleuret moucheté.
Il est vrai qu’il est sans doute plus facile de se lâcher en réunion publique que dans le cadre solennel de la tenue d’une réunion du conseil municipal.
Outre l’exercice obligatoire annuel sur l’égalité hommes-femmes, c’est le débat d’orientation budgétaire qui constituait le plat principal. Les élus ont commencé à voir les contours ou plutôt ce que devra être le cadre dans lequel le budget 2026 de la ville du Creusot sera voté. Ce qui ne devrait pas être avant la fin avril. Compte tenu de tous les impératifs qui suivent une élection, une date a été cochée : Le lundi 27 avril.
En attendant, c’est Jérémy Pinto, adjoint aux finances, qui a donné aux élus les éléments d’appréciation. Avec pour la ville du Creusot une perte de moyens financiers importante… «L’Etat nous fait les poches avec 600.000 euros en moins», a notamment avancé Jérémy Pinto.
Après la présentation des éléments chiffrés, Cyril Gomet, Pierre-Etienne Graffard, Charles Landre, Sébastien Gane, Jérémy Pinto et David Marti ont pris la parole.
Alain BOLLERY
Jérémy Pinto
«Le débat d’orientations budgétaires est en principe un exercice habituel, que nous avons chaque année. Mais celui de ce soir est un peu différent car c’est un nouveau conseil municipal qui votera le budget de la Ville du Creusot après les prochaines élections. Alors le rapport que vous avez sur vos tablettes est surtout une photographie de l’état des finances de la collectivité, une forme de mise à nue, un document ôté de priorités politiques, mais qui n’en est pas moins important et instructif quant aux principaux indicateurs budgétaires.
Alors mon exposé sera plus bref que les années précédentes car je n’évoquerai pas de projets qui relèvent avant tout de la campagne électorale - et des projets il y en a. Je vais en revanche centrer mon propos sur les principales données de la Ville du Creusot. Quelles sont-elles ?
1) Mon premier point est d’abord de souligner que les indicateurs sont globalement au vert. Je sais bien que la période électorale est propice à la multiplication des polémiques et à tout remettre en cause, mais il sera difficile de noircir le tableau des finances locales. La gestion est raisonnée, maîtrisée. Cela se traduit concrètement avec quelques chiffres :
- l’épargne brute de la Ville reste supérieure à 3 millions d’euros. Cette différence positive entre les recettes et les charges de fonctionnement s’est située entre 3,2 et 3,5 millions tout au long de ces dernières années, bien davantage que beaucoup d’autres villes. Cette capacité d’autofinancement montre le sérieux dans l’emploi des deniers publics me semble t-il.
- mais je prends un autre exemple : la capacité de désendettement est de 5,4 ans au dernier CA connu. C’est très très loin du seuil d’alerte des 12 ans. Là aussi c’est la traduction d’une gestion saine.
Cette situation solide n’est pas le fruit du hasard. Nous avons traversé des crises multiples, le Covid, les crises inflationnistes, énergétiques, sans renoncer à rien, et je crois pouvoir dire que la collectivité a amorti ces crises sans dégrader sa situation. Ce sont des choix de gestion prudents, rigoureux, opérés depuis de nombreuses années. Tout en ne renonçant jamais à la qualité du service public, et au développement du territoire. La nouvelle écolo-crèche est sans doute la démonstration la plus récente de cette attention donnée à l’avenir.
Alors, oui, comme les années précédentes, les orientations budgétaires qui sont présentées dans le rapport s’inscrivent dans cette même démarche de gestion responsable.
2) Mon deuxième point sera pour mettre en garde à ce que ces indicateurs ne virent pas à l’orange sinon au rouge dans les prochaines années, et même plus vite qu’on peut le penser. Il y a un risque réel lié à des raisons qui ne sont pas locales mais bien nationales, voire internationales, mais qui ne sont pas sans impact direct pour Le Creusot.
Je ne vais pas revenir sur le contexte international qui est encore plus ténu depuis ce dernier week-end au Moyen-Orient. C’est pourtant une réelle source d’inquiétude sur la stabilité économique mondiale à laquelle la collectivité n’est pas épargnée, comme d’ailleurs nos entreprises locales qui exportent massivement. Trump à la Maison Blanche c’est l’imprévisibilité la plus totale et une économie mondiale qui ne se porte pas bien. Mais sur le plan national là aussi nous avons des raisons d’être inquiets. Et notamment quand le gouvernement fait les poches des collectivités. Si l’effort de redressement des comptes publics par l’Etat doit être réel, les choix opérés dans la dernière loi de finances nous affectent particulièrement. En 2026, pour la Ville du Creusot c’est plus de 600 000€ de moins : c’est considérable !
Ces énormes ponctions par l’Etat pour le budget municipal s’opèrent dans 2 domaines :
- d’abord, du jour au lendemain, une perte sèche de 330 000€ sur l’allocation compensatrice d’exonération des locaux industriels. Honnêtement c’est incompréhensible, un choix du gouvernement particulièrement inique, une mesure qui touche les territoires qui accueillent des industries comme le notre, ce qui va à l’encontre de l’objectif de réindustrialisation du pays. C’est la 1ère année, il faut espérer que ça ne se reproduise pas à l’avenir, mais doutons-en.
- l’autre domaine dans lequel la collectivité est impacté est celui des Ressources Humaines : on nous demande 200 000€ de plus (qui s’ajoutent aux 200 000 déjà de l’an dernier) pour poursuivre l’augmentation des cotisations employeurs à la CNRACL. S’ajoutent à cela près de 100 000€ d’aides aux postes qui sont arrêtés, sur les contrats Parcours Emplois Compétences (PEC).
Nous sommes à ces plus de 600 000€ de prélèvements de l’Etat en 2026.
Nul besoin de faire une image : si chaque année la Ville du Creusot continuait à être ponctionné de 600 000€ ou plus, alors bien évidemment que la situation viendrait à fortement se dégrader et à changer la couleur de nos indicateurs.
Nous encaissons déjà depuis longtemps ces choix et disons-le Macron, Hollande, Sarkozy, aucun n’a épargné les collectivités. Mais ce mouvement ne pourra pas durer indéfiniment au risque de fragiliser durablement les politiques locales.
Dans ce contexte, ceux qui promettent toujours plus de dépenses avec moins de recettes mentent.
Je cite le président national du comité des finances locales que j’ai lu il y a quelques jours : « Le budget 2026, catastrophique pour les collectivités, aura des effets récessifs (…) Le budget 2025 était déjà brutal pour les collectivités qui ont « amorti » le choc en recourant davantage à l’emprunt et à l’autofinancement en piochant massivement dans leur trésorerie. Mais ceci ne peut pas se faire éternellement et beaucoup de collectivités ne pourront pas compenser de nouveau les coupes budgétaires et les baisses de moyens en 2026. (…) Le système est devenu absurde, incompréhensible et donc injuste. »
Comment et pourquoi faire moins dans un moment où les communes sont particulièrement sollicitées sur le plan éducatif, en matière d’enfance, sur le plan de la santé, sur le plan social, culturel, associatif, sportif, ou encore de la tranquillité publique ?
Nous ne voulons pas faire moins.
Cette qualité du service public est si importante que la préparation budgétaire cherche à tenir compte de ces données, de ces équilibres, tout en préservant notre situation financière. Ce n’est pas facile et cela demande prudence et responsabilité, avec le risque de recettes en baisse et de dépenses en hausse.
Nos dépenses, elles, sont déjà maitrisées et optimisées. A ce stade de la préparation budgétaire l’objectif est de contenir les dépenses de fonctionnement en 2026 à 27,3 millions d’euros. Le budget du personnel à 16,8 millions d’euros est contenu à 1,21% d’augmentation hors mesure de l’Etat que j’ai rappelé avant, et qui intègrent :
- la revalorisation générale des régimes indemnitaires pour les agents comme nous nous y étions engagés, ainsi que la politique d’amélioration des conditions d’emplois, dans le cadre d’un dialogue social soutenu,
- le forfait mobilités durables voté l’an dernier,
- idem, le bonus attractivité petite enfance, et nous en avons besoin pour avoir de bons professionnels,
- globalement les effectifs sont maitrisés, avec des remplacements poste pour poste mais sans aucune création nouvelle, hormis celle d’un policier municipal supplémentaire à compter de l’hiver prochain.
En dehors des dépenses RH, et à ce stade de la préparation budgétaire :
- le soutien aux associations sera confirmé avec un soutien reconduit,
- les choix de la Ville du Creusot en matière d’énergie de ces dernières années permettent de contenir les dépenses en 2026 à un niveau similaire de l’an dernier,
- Les intérêts de la dette devraient être en légère baisse, avec le maintien d’un niveau d’annuité théorique similaire à celui de 2025. Je rappelle que l’encours de la dette par habitant est là aussi un indicateur au vert car cet encours reste inférieur à la moyenne de la strate de villes de taille comparable.
J’en viens justement à l’investissement. Un emprunt devrait être contracté en 2026 à hauteur de 600 000€ et c’est un global d’un peu plus de 4,4 millions d’euros de crédits de paiement qui pourront être inscrits au BP pour poursuivre les investissements, dont une grande partie pour terminer les travaux inscrits en APCP.
A ce titre plusieurs APCP sont en voie d’achèvement, traduisant bien en actes les engagements pris. Vous les avez dans le rapport :
- l’inscription en 2026 de crédits importants pour 2 chantiers structurants : ce sont 1 439 438 € pour l’écolo-crèche (84,77% de réalisation sur le budget 25 le mois dernier), et presque la même somme 1 494 842€ pour la rénovation énergétique de L’arc (62,70% de réalisation)
- D’autres APCP se clôtureront cette année après l’achèvement des travaux ces derniers mois : il s’agit de la rénovation du patrimoine avec la porterie du château de la verrerie, mais aussi la restructuration de l’épicerie solidaire, ainsi que la restauration scolaire à l’école Raymond Rochette.
- Pour ce qui est de la solarisation des bâtiments municipaux, 221 000€ devront être inscrits pour ces travaux au centre technique municipal dont le marché a été attribué en janvier dernier à une entreprise après diverses études requises.
Ces dernières années, entre 2021 et 2025, ce sont plus de 30 millions d’euros qui auront été investis par la Ville du Creusot, accompagnant la transformation de la ville et faisant fonctionner l’économie et les entreprises locales.
S’agissant de l’endettement de la commune, comme je l’ai déjà indiqué la Ville a mis en place une stratégie qui permet de contenir cet endettement tout en se désendettant progressivement au regard de l’inflation. Au 1er janvier dernier l’encours de la dette est de 19,4 millions d’euros, répartis à travers 17 contrats et entre 7 établissements bancaires, dont un emprunt d’intracting de « dette verte » après les travaux sur L’arc avec la caisse des dépôts et consignations. 9 emprunts sur 10 sont à taux fixe d’en moyenne 2,07%.
Je n’ai pas tout évoqué mais uniquement les faits marquants et les principales évolutions. Je répondrais à toutes les questions s’il y en a sur ces éléments financiers.
Et avant de passer au débat sur ces orientations, je voudrais faire quelques remerciements.
Depuis 5 ans j’ai eu grand plaisir à travailler avec l’ensemble des services de la Ville pour faire nos budgets successifs. Faire un budget c’est une tâche qui n’est pas aisée, il faut équilibrer, sous-peser, arbitrer, faire des choix, prioriser. Ça ne peut se faire qu’en équipe. Bien entendu le Maire que je remercie de sa confiance, et l’ensemble des élus de la majorité municipale. Chaque budget a été construit dans le dialogue avec les adjoints et avec tous les élus, et au final de faire des choix collectifs pour l’avenir du Creusot.
Je remercie tous les services, les chefs de service, les responsables de pôle, qui ont participé directement du dialogue de gestion, qui ont été associés, qui portent des projets importants. Avec de tels agents, avec leur professionnalisme, on ne peut qu’être fiers du service public local. Il faudra préserver cette organisation qui est efficace pour la Ville du Creusot.
Je veux enfin avoir des remerciements appuyés et chaleureux à celles et ceux qui sont derrière nous ce soir et qui sont indispensables pour nos conseils et pour nos budgets.
Je m’arrête là chers collègues pour laisser place au débat»
Cyril Gomet
«Je tiens tout d'abord à saluer la qualité du travail réalisé par les services, et notamment celui des finances, dans la préparation de ce Débat d'Orientation Budgétaire 2026 pas comme les autres. Le document qui nous est présenté témoigne d'une analyse sérieuse de la situation financière de notre ville.
Force est de constater que le Creusot aborde cet exercice budgétaire dans une situation financière bien meilleure que d’autres villes. Avec une épargne brute maintenue au-dessus de 3 millions d'euros et une capacité de désendettement d'environ six ans, nous disposons d'indicateurs financiers qui demeurent rassurants, notamment au regard de la moyenne de notre strate.
Cette situation résulte d'une bonne gestion. Ces acquis constituent un bon socle qu'il nous faudra continuer à préserver, quel que soit le résultat des prochaines échéances électorales qui vont intervenir dans deux semaines.
Cela étant dit, le contexte dans lequel s'inscrit ce budget est particulièrement préoccupant. L'État, confronté à ses propres difficultés budgétaires, fait une fois de plus le choix de se défausser en partie sur les collectivités territoriales, comme d’ailleurs sur d’autres opérateurs publics.
La baisse de 19% de l'allocation compensatrice pour l'exonération de locaux industriels représente ainsi pour notre ville un manque à gagner de 330 000 euros. Il est difficile d’accepter que l'État revienne sur ses engagements, après avoir promis en 2021 une compensation intégrale et pérenne. Cette décision est d'autant plus injuste qu'elle pénalise les territoires qui, comme le nôtre, accueillent des entreprises industrielles et contribuent ainsi à l'emploi et au dynamisme économique du pays.
De même, la hausse continue du taux de cotisation CNRACL, qui nous coûte 200 000 euros supplémentaires cette année, nous interroge. Je rappelle que la CNRACL a contribué pendant 50 ans, par solidarité, aux autres régimes de retraite à hauteur de 100 milliards d'euros. Aujourd'hui, ce sont les employeurs territoriaux qui doivent assumer seuls le redressement de cette caisse.
Comme il est écrit clairement dans votre document, la suppression progressive des contrats aidés constitue également un point négatif : perte de recettes de 60 000 euros, surcoût de 92 500 euros pour maintenir les postes essentiels au service public, et surtout, mise en difficulté de personnes en insertion sociale accompagnées.
J'en viens maintenant à un point qui interpelle et qui doit nous préoccuper toutes et tous : le dispositif DILICO. Le document qui nous est présenté indique que, selon les premières estimations, la ville du Creusot ne serait pas concernée par ce dispositif en 2026. C'est une bonne nouvelle, certes, mais elle doit être relativisée.
Les critères d'éligibilité au dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités territoriale sont déterminés selon un indice synthétique de ressources. Or, et je cite le document, "l'amélioration de nos indicateurs financiers, qui s'explique principalement par une augmentation du revenu par habitant, a conduit la ville en 2025 à être contributrice à hauteur de 23 000 euros". Notre rang DSU s'est amélioré, passant à la 249ème place, "à un rang de l'éligibilité à la contribution au FPIC".
Mais cette apparente amélioration de nos indicateurs cache en réalité une fragilité structurelle : notre population diminue. Et c'est là mon principal point de divergence avec l'analyse présentée ce soir.
Chers collègues, nous ne pouvons pas nous satisfaire d'une situation où nos indicateurs financiers s'améliorent mécaniquement parce que notre ville perd des habitants. Un revenu par habitant qui augmente de 12 795 euros en 2024 à 13 171 euros en 2025, c'est certes positif sur le papier, mais si cette augmentation résulte en partie d'une baisse du dénominateur – c'est-à-dire du nombre d'habitants – alors nous sommes face à un trompe-l'œil comptable.
Le Creusot perd des habitants. C'est un constat que nous devons regarder en face. Et cette perte démographique a des conséquences directes et mesurables sur nos finances :
Premièrement, elle fragilise nos recettes. Les dotations de l'État sont en grande partie calculées sur la base de notre population. Tant que nous restons au-dessus de 20 000 habitants, nous bénéficions de certains seuils et de mécanismes de dotation favorable. Mais que se passera-t-il si nous franchissons ce seuil symbolique et stratégique à la baisse ? Les conséquences financières seraient immédiates et durables.
Deuxièmement, cette baisse démographique intervient alors même que les entreprises présentes sur notre territoire recrutent. C'est un paradoxe insoutenable : nous avons des emplois, mais nous n'arrivons pas à retenir ou attirer les salariés qui viendraient les occuper. Cela signifie que notre ville souffre d'un déficit d'attractivité résidentielle, malgré son dynamisme économique.
Troisièmement, à moyen terme, cette tendance démographique négative nous rendra de plus en plus vulnérables aux dispositifs de contribution comme le DILICO. Si nos indicateurs financiers s'améliorent artificiellement tandis que notre population diminue, nous risquons de devenir contributeurs nets à des mécanismes de péréquation, alors même que notre territoire se fragilise démographiquement et socialement.
Face à ce constat j’exprime un avis, qui semble de plus en plus partagé, que nous devons collectivement nous interroger sur nos priorités stratégiques pour les années à venir.
Oui, nous devons continuer à maîtriser nos dépenses de fonctionnement. Oui, nous devons préserver notre capacité d'autofinancement. Mais nous devons également, et peut-être surtout, investir fortement dans l'attractivité de notre ville.
Cela passe par plusieurs leviers :
- L'habitat : rendre notre parc de logements attractif, notamment pour les jeunes ménages et les actifs que nos entreprises recrutent
- Les services publics : maintenir et développer une offre de services de qualité
- Le cadre de vie : poursuivre les investissements dans l'espace public, la végétalisation, ou encore entretenir notre patrimoine.
Je note que certains de ces axes sont présents dans ce DOB, notamment avec l'achèvement de la crèche ou la poursuite de la rénovation énergétique de nos bâtiments. C'est positif, mais je pense que nous devons aller plus loin et faire de l'attractivité démographique une priorité transversale, au même titre que le sérieux budgétaire.
Le document qui nous est présenté fixe un objectif d'évolution des dépenses réelles de fonctionnement d'environ 2%, alors que l'État propose un objectif de 1,3%. Je comprends et je partage l'analyse selon laquelle l'objectif gouvernemental n'est pas réaliste au regard des charges qui nous sont imposées.
Mais je m'interroge : ne devrions-nous pas également nous fixer des objectifs ambitieux, non seulement en matière de maîtrise des dépenses, mais aussi en matière démographique ? Ne devrions-nous pas nous donner les moyens de stabiliser, puis d'inverser la courbe de notre population ?
Car finalement, chers collègues, la meilleure garantie de la soutenabilité financière de notre ville, ce n'est pas seulement le sérieux comptable – aussi nécessaire soit-il. C'est aussi, et surtout, un territoire attractif, qui attire et retient ses habitants, qui voit naître des enfants et s'installer des familles.
Ce Débat d'Orientation Budgétaire est donc la photographie de la situation financière actuelle.
Les propositions actuellement formulées dans le cadre de l’élection des 15 et 22 mars prochains constituent l’occasion d’exprimer d’autres visions pour l'avenir de notre ville. Pour ma part, je suis convaincu que nous devons et que nous pouvons conjuguer sérieux budgétaire et ambition démographique, sobriété dans la gestion et audace dans le développement.
Le Creusot a tous les atouts pour redevenir une ville attractive. Donnons-lui les moyens de transformer ces atouts en projets mobilisateurs pour les années à venir».
Pierre-Etienne Graffard
«L’équation du budget des collectivités locales semble difficile, pas insoluble mais de toute évidence préoccupante : l’État souhaite réduire son financement, les dépenses contraintes sont en perpétuelles augmentations et les besoins de services publics sont de plus en plus prégnantes pour compenser, atténuer les difficultés de vie que connaissent une partie de nos concitoyens.
Le DOB qui nous est présenté dans sa forme allégée du fait de la période électorale est particulièrement révélateur de cette situation. Nous ne sommes toutefois pas obligés d’accepter qu’il en soit ainsi et de pense qu’il n’y aurait pas d’alternatives. Tout en politique ne se ressemble pas !
Les collectivités territoriales sont appelées à la sobriété… mais doivent être toujours plus attractives pour faire venir sur leur territoire des entreprises, des médecins, des équipements. Attractives pour assurer un cadre de vie agréable, distrayant, esthétique aux résidents et aux potentiels nouveaux résidents.
Si la nécessité d’un redressement des finances publiques ne fait plus aucun doute, il convient de s’interroger sur la manière dont ce redressement impacte les collectivités sans pour autant constater une baisse des déficits de l’état.
En instaurant la fiscalité transférée par l’état, en refusant les avancées nécessaires à la décentralisation, en abandonnant toute réforme comme cela avait été promis par le macronisme en son temps, les collectivités sont amenées à bâtir leur budget sans connaître ce que sera la loi de finance.
Mais en réalité, tout cela ne concerne que le maintien de l’existant, sur les mêmes modèles. Et guère plus.
Mais la réalité nous rattrape. Les contraintes 2026 et celles des années à venir ne sont pas seulement économiques, elles sont aussi climatiques. Et le social est intimement lié à la question climatique. Dire cela n’est pas un fonds de commerce, une posture, un positionnement politique. C’est une réalité qui s’impose à tous, qui impacte certes, différemment les citoyens, du fait de leur place sociale, économique, géographique. Mais l’air, l’eau, la chaleur et le froid, l’alimentation, aucun ne peut se soustraire au réel. Donc je le redis, les contraintes budgétaires sont et seront fortement liées aux dérèglements climatiques.
En portant une grande partie de l’investissement public liés à la transition écologique – bâtiments, mobilités, écoles, aménagements, friches, renaturation, alimentation, les collectivités locales sont en première ligne. Et se DOIVENT d’être en première ligne. Or la capacité d’autofinancement est fragilisée quand le fonctionnement peine. Pour maintenir l’existant, pour bâtir un budget, l’écologie pâtit toujours des arbitrages budgétaires.
De ce point de vue, les subventions, les dispositifs d’aides sont devenus centrales mais restent aléatoires pour engager des politiques de moyen terme. Le « Fonds vert » illustre parfaitement et malheureusement cette réalité. Quand je vous dis que l’écologie pâtit immanquablement des arbitrages qui sont faits, le Fonds vert, indispensable pour réaliser l’indispensable, va, pour sa part, continuer de fondre inexorablement au profit du redressement des comptes publics puisque son budget s'établira à près de 840 millions en 2026 (après être déjà passé de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 1,15 milliard d'euros en 2025).
Nous aurons toujours des difficultés pour boucler le budget de fonctionnement d’une ville car les besoins ne seront pas en diminution. Réduire nos consommations, produire nos énergies, consommer ce que nous produisons, évaluer l’impact de nos politiques. Autant d’actions pour se donner des marges de manœuvre pour non seulement maintenir les services mais les développer pour répondre aux besoins. Citez un seul autre domaine avec autant de potentiel positif pour équilibrer nos futurs budgets dans un contexte de déficit public. Oui, la fiscalité est une bonne piste. Une réforme fiscale de l’état en profondeur. La taxe Zuchman face à la force des lobbies, nous a donné une idée de la volonté de réforme du gouvernement.
S’engager à fond mais vraiment à fond, mode Paris 2026, sur la durée, avec des objectifs ambitieux dans la transition écologique, énergétique, c’est non seulement la solution pour bâtir nos futurs budgets municipaux mais également garantir le progrès, le bien être, l’assurance d’inscrire notre ville dans son avenir désirable et partagé par toutes et tous.
Equilibrer un budget c’est difficile dans un contexte de déficit public. Mais des solutions existent sans réduire les services publics et en apportant du mieux, tout simplement du mieux à nos concitoyens».
Charles Landre
«Je suis ravi de voir que j’aurai réussi à convaincre une partie de votre majorité, au bout de six ans. Oui nous sommes dans un système absurde. Il trouve sa source en 1982.
Ces dernières années, vous avez réclamé plus de moyens, en vous appuyant sur la DSU. Oui Le Creusot risque de se retrouver dans un effet ciseau. Une baisse de la population, un maintien de la DSU.
On a une population sédentaire ; Il y a une vigilance à avoir sur le risque de l’effet de ciseau si rien n’est fait rapidement. Il faudra orienter le budget sur la qualité de vie, pour donner envie de rester, et donner envie à ceux qui travaillent ici d’y vivre. Concernant le niveau de vie moyen des Creusotins, on doit mesurer d’ici quelques années son augmentation.
Une baisse de la DSU serait un bon signer. Donnons envie de vivre ici».
Sébastien Gane
«Nous débattons des orientations budgétaires pour la dernière fois de ce mandat. Ce DOB se déroule dans un climat d’incertitude. Une fois de plus. Cela aura été le maitre mot de toutes les préparations budgétaires de ce mandat au cours duquel les collectivités ont dû essuyer beaucoup des vents contraires.
Les raisons ont été différentes. La crise sanitaire d’abord qui a bloqué le pays et la vie en société pendant de longs mois, la hausse forte et brutale des prix ensuite, qui n’a épargné personne et surtout pas le plus fragiles.
Mais si les difficultés économiques sont encore bien présentes, l’incertitude 2026 est surtout liée à l’instabilité politique de notre pays. C’est bien plus qu’une crise politique que nous traversons, c’est une crise démocratique, une crise de la représentation qui pousse chaque jour davantage de français qui souffrent vers les bras de l’extrême droite ou qui les conduit à renoncer à exercer leur rôle de citoyen par défiance envers le système qui doit les représenter.
En ces temps d’incertitude, les ressorts sont hélas, bien connus. Désigner les plus faibles comme bouc émissaire de vos malheurs. Faire croire qu’en leur ôtant leurs droits les plus élémentaires, votre situation s’améliorera mais surtout ne jamais égratigner les plus riches et les plus puissants. Voilà comment l’extrême droite prétend se faire le défenseur des salariés et des demandeurs d’emploi, de ceux qui galèrent avec des petits salaires. Voilà ce qu’elle assène sur les réseaux sociaux, sur les marchés mais lorsque ses élus se retrouvent à l’assemblée nationale, la réalité est tout autre. Le RN et ses alliés c’est :
Vote contre le rétablissement de l’impôt sur la fortune
Contre la hausse de la progressivité de l’impôt sur le revenu
Contre la taxe Zucman
Contre la hausse du SMIC
Contre la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus
Contre la hausse de la taxation des super successions
Contre la CSG pour les revenus du capital
Contre la soumission des holdings à l’impôt sur le revenu
Contre la nationalisation d’Arcelor Mittal
Mais l’extrême droite n’a pas oublié non plus de voter contre 76 % des amendements et propositions de loi en faveur de la parité femme / homme, de s’abstenir sur toutes les propositions portant sur la contraception, de s’opposer à plus de 60% des propositions visant à lutter contre les violences sexistes et sexuelles.
Voilà mes chers collègues le vrai visage de l’extrême droite. Dénoncer cette duplicité, combattre ces idées chaque jour est notre devoir. Non le RN et ses amis ne sont pas un parti comme les autres. Mais dénoncer ne suffit plus. Nous n’arriverons à rien sans le souci de construire des réponses concrètes aux problèmes quotidiens de nos concitoyens. Il est plus que temps chers collègues d’inverser cette tendance dans ce début d’année 2026, quand certains de nos concitoyens ont les pieds dans l’eau depuis de longues semaines conséquences des crues provoquées par le changement climatique, quand les néo nazis défilent dans la ville de Jean Moulin, quand les populistes de tout poil sont au pouvoir ou aux portes du pouvoir partout dans le monde apportant avec eux la haine, et les guerres qui vont avec, une conception de la société archaïque, réductrice du droit des femmes alors qu’elles sont chaque jour plus nombreuses à mourir sous les coups des hommes comme un décompte macabre qui semble ne plus émouvoir personne.
Mes chers collègues, je n’oublie pas notre débat d’orientations budgétaires et notre ville du Creusot. Justement même. Nous ne vivons pas à l’écart du monde. Ces phénomènes nous les vivons, nous les subissons chaque jour. Comme beaucoup de collectivités, notre ville devra affronter la crise de la dette publique et ses conséquences. Mais les élus municipaux sont justement ceux qui sont au plus près des habitants, ceux qui sont dans l’action quotidienne et concrète. Pour les raisons, que j’ai évoqué précédemment, il est regrettable que l’état ne prenne pas conscience que cet échelon est l’un des derniers liens entre la République et ses citoyens. Il faudrait le renforcer plutôt que l’affaiblir.
Mais pour le renforcer, il faudrait aussi veiller à ne pas l’abimer, et ça, c’est de la responsabilité des élus, mais aussi, en cette année électorale, celle de toutes les candidates et candidats à l’élection municipale. Force est de constater que nous sommes loin du compte. Certains préfèrent céder à la mode populiste du moment. Celle de la facilité, de la critique systématique, des promesses faciles, de la simplification des enjeux.
Et comme ça ne suffit pas, il faut aussi dégrader l’image de notre ville. Notre ville s’est bâtie autour d’une identité ouvrière forte. Notre histoire ne se limite pas au château de la verrerie et aux statues Schneider. Notre histoire c’est celle de la lutte sociale et syndicale, celle de la solidarité. C’est celle des immigrés qui ont quitté leurs pays le plus souvent sous la contrainte de la misère ou de la dictature. Voilà ce qui nous a construit, voilà ce qui a permis à cette ville de se relever après 1984. Les succès industriels d’aujourd’hui sont d’abord ceux des creusotines et des creusotins.
Et comme eux, nous avons le souci de la rigueur, du travail bien fait, de la bonne gestion et comme eux nous sommes opiniâtres car nous savons que rien n’est jamais facile. Et surtout comme eux nous restons fidèles à nos valeurs et à la parole donnée, à l’engagement pris. Voilà pourquoi les orientations stratégiques de ce mandat respectent les engagements pris auprès des habitants, parce que nos actions veulent apporter une réponse, bien modeste mais à notre niveau, aux enjeux que j’ai précédemment évoqués.
Parce que nous pensons que la solidarité, l’éducation, la culture, le soutien à tout ce qui fait le lien social est d’une importance capitale pour notre société et que le service public doit continuer à être soutenu à travers le travail quotidien de l’ensemble de nos agents dévoués chaque jour au service des habitants».
Hugo Nieddu
«Je tiens à préciser que le dispositif DILICO a été supprimé pour les communes dans la loi de finances. Ce qui veut donc dire que la ville du Creusot ne sera pas concernée à ce titre.
A côté de cela, je note quelle la baisse du remboursement de l’exonération sur les locaux industriels entraîne une perte de 330.000 de recettes de fonctionnement. Ce qui correspond à environ 8 postes. A partir de là quelles mesures sont envisagées pour réaliser des économies. Mais je relève aussi qu’en période électorale il est plus facile d’engager des dépenses supplémentaires que de réaliser des économies».
Jérémy Pinto
Ce n’est pas la DSU qui permet de boucler. Si elle a augmenté, c’est parce qu’au niveau national elle a augmenté. Le Creusot et ses habitants sont moins pauvres qu’avant.
Nous avons une gestion qui permet de garder les indicateurs, avec une perte démographique. C’est surtout l’adaptabilité du service public.
Les droits de mutation n’ont jamais été aussi importants sur ce mandat. 2025 plus importants qu’en 2024 et 2023. Oui des personnes viennent habiter. Nos budgets ont permis d’engager des investissements massifs, notamment avec l’écolo crèche et le cinéma. Si ce sont pas des investissements d’avenir… Cela répond aux demandes des nouvelles familles.
Je ne comprends pas trop votre effet ciseau. Non ça ne va pas si mal. Il faut continuer.
Oui i y a de moins en moins d’autonomie fiscale. Si demain on pense que c’est dans la proximité que l’on apporte des réponses, alors c’est cet échelon là qu’il faut soutenir».
David Marti
«C’est plutôt des encouragements à poursuivre ce que l’on a fait, dans ce que j’ai entendu ce soir Monsieur Gomet. Oui les manques à gagner ça vient du Gouvernement ; Cela veut dire que l’on a bien travaillé.
Le revenu médian ici est celui qui est le plus fort des villes de plus de 15.000 habitants dans le département. Le niveau s’est amélioré, ce n’était pas le cas il y a des années.
Concernant la démographie. Oui la ville perd des habitants depuis le début des années 70. C’est une réalité.
Le leitmotiv disant que la ville n’est pas attractive, je rappelle que le territoire de la CCM est celui du département où les actifs résident le plus, à plus de 80%
La ville du Creusot pèse énormément. On ne perd pas des habitants parce que les habitants s’en vont, mais à cause du socle démographique.
Ce que montrent les chiffres de l’INSEE, depuis 1962… Au début des années 60, le solde naturel était très positif, mais le solde migratoire était négatif.
Petit à petit cela s’inverse. Cela s’accentue pour le solde migratoire. Jusqu’en 2011. De 2011 à 2016, on continue d’avoir un solde migratoire négatif, cumulé à un solde naturel négatif.
Depuis 2016, on continue d’avoir plus de décès que de naissances. Mais depuis 2017, on a un solde migratoire positif. J’ai été élu en 2016 !
Je pense qu’un certain travail a été fait depuis 2016 pour l’attractivité. J’entends les arguments avancés. On a fait un travail constant pour redonner de l’attractivité.
Un article du Monde du 2 mars, met Le Creusot en-avant : Des aides sur mesure pour faire venir des habitants. On n’a pas payé. C’est le média qui est venu. La Région s’est d’ailleurs appuyée sur ce que l’on a fait pour le faire au niveau régional.
Il faut rétablir la vérité. On ne peut pas dire sans étayer et apporter des preuves.
Oui la démographie est en décroissante, mais des habitants de plus en plus nombreux à venir habiter au Creusot.
On nous dit il faut faire du logements : Mais 400 logements neuf vont être disponibles d’ici quelques mois. Il y a plus de chantiers au Creusot qu’à Lyon.
J’entends dire que ce n’est pas pour les gens qui vont travailler. Ils sont financés par Action Logement et donc par les entreprises. Ils sont faits pour les personnes qui viennent travailler ici.
Je ne reviens pas sur l’Ecrin et sur le cinéma.
Que fait on contre le dérèglement climatique ? On fait de l’urbanisme ? Place Schneider en zone plus fraiche pour diminuer la température, en plantant des arbres. Oui il faut continuer de travailler ;
Monsieur Landre vous dites que le système de financement des collectivités est absurde. Mais je suis d’accord avec vous. Il est basé sur la compensation. L’Etat compense et donne. On demande le libre choix de nos recettes, au travers de nos fiscalités. Il nous en reste très peu. La preuve l’exonération sur les bâtiments industriels, non compensée. Résultat perte de 600.000 euros. C’est absurde.
La DSU est 3% de progression, contrairement à l’enveloppe national qui progresse de 5% Elle progresse moins vite, car nous sommes avec une meilleure situation. On dit que Le Creusot se paupérise, régresse, que Le Creusot va mal. C’est faux.
Pour les DMTO, les hypothèses que vous faites Monsieur Landre sont fausses. Il y a la forte hausse des taux des banques, plus une poussée inflationniste. Avec une chute de l’immobilier.
359.000 euros, c’est 3% de progression par an sur les DMTO.
Sébastien Gane a eu une déclaration qui rappelle certaines vérités. La parole donnée doit être respectée. Ce que nous avons dit, nous l’avons fait. Il faut respecter habitants, commerçants, chefs d’entreprises, ceux qui font la ville. Arrêtez de dégrader l’image du Creusot. Nous devons être les ambassadeurs. On travaille en respectant la parole donnée.
Monsieur Nieddu, dans les mécanisme budgétaires, quand on a de moins de moins de recettes ; il faut faire des économies. Baisser la fiscalité et faire des recrutements, je ne vois pas où on trouve des recettes. C’est alors baisse du service public ou hausse de la fiscalité. Certain ont fait les deux. On s’attache à faire des économies. Maintenant l’effectif c’est une prouesse».