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> Vie locale > LE CREUSOT
04/05/2020 23:30
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LE CREUSOT : Il met un coup de couteau à un automobiliste qui avait déposé un client dans un bureau de tabac

ACTUALISE : L'auteur du coup de couteau a été condamné à porter un bracelet électronique pendant 6 mois.
Colère dans la salle : «Non, mais bon, il va aller travailler le 11 ! Moi, je vais pas travailler le 11 !» s’emporte la victime principale (qui a 4 points de suture à l’abdomen).
 « Il a dit : ‘Je vais te planter, toi !’ et j’ai senti quelque chose. » En effet, blessé au flanc droit, l’homme a une plaie d’environ 5 cm dont le sang s’écoule. Par chance aucun organe vital n’est touché, la victime est présente à l’audience de comparution immédiate de ce lundi 4 mai.
L’agresseur comparaît en visio, il est en détention provisoire depuis samedi. Ce méchant fait divers s’est déroulé jeudi dernier, le 30 avril, en tout début de soirée à la Marolle, au Creusot.
 
Un emploi, salaire : 1070 euros
 
Le prévenu, monsieur X, est né à Autun en 1986, vit et travaille au Creusot avec sa fille (encore à l’école primaire), et sa compagne, en rez-de-chaussée d’une maison dont sa mère occupe le premier étage. « Un couple qui se bat pour s’en sortir. » Se sortir de dettes (de loyer, dettes en cours de remboursement), se sortir de la pauvreté.
Il travaille depuis 2 ans dans une association qui fait des travaux d’intérêt public, qui forme, également, des personnes « en insertion », comme on a l’habitude de le dire. Son employeur est élogieux : « sérieux, sens des responsabilités, beaucoup de pédagogie ». Salaire : 1070 euros par mois, environ, ça varie un peu. Voilà pour la face lumineuse de cet homme, développée par maître Grenier-Guignard.
 
Un stationnement provisoire improvisé
 
L’avocate explique par quel enchaînement de causes, le couple s’est retrouvé le 17 mars dernier confiné avec le frère de madame, comme avec un mauvais génie. On passe sur le versant sombre. Le beau-frère « a tendance à s’alcooliser ». Le prévenu n’est pas en reste, ce jeudi 30 avril. A la mi-journée ils avaient déjà beaucoup bu.
Le soir, ils préparent un barbecue. ?A ce moment-là, monsieur W et son beau-frère, monsieur Z, se rendaient au bureau de tabac : monsieur Z avait besoin de clopes. Monsieur W stationne sa voiture sans la garer vraiment, puisqu’il attendait au volant le retour de son beau-frère. Et c’est l’autre beau-frère, le mauvais génie, qui a ouvert les hostilités, « il peut se garer mieux, celui-là ! », puis il demande au conducteur où il a eu son permis, et il s’approche, une binette à la main.
 
«J’ai senti que mon couteau avait pénétré la chair. J’ai pensé : je suis foutu»
 
Sentant l’atmosphère basculer, le conducteur ne repart pas mais va ouvrir son coffre à la recherche de quoi que ce soit pouvant servir d’arme. Il n’y trouve qu’une raclette pour dégivrer le pare-brise. Monsieur X, alerté par les vociférations de son beau-frère, avait levé la tête : « C’est quand j’ai vu qu’il avait ouvert son coffre… Dans ma tête, ça voulait dire qu’on allait se taper. – Oui, mais se taper, ça ne veut pas dire se planter, rectifie la présidente Verger. – Oui, vous avez raison, madame. »
La veille il avait fumé un joint, le jour même il s’était enfilé bière sur bière puis un whisky, « il n’avait pas toute sa lucidité », rapporte sa compagne. Bref, il passe dans sa cuisine, attrape un couteau, un cadeau du mauvais génie, justement. Il le déplie et sort. « On a eu des paroles, je me souviens d’avoir poussé et j’ai senti que mon couteau avait pénétré la chair, et là j’ai eu une absence, c’est le flou total. » Il a attendu la police. « J’ai pensé : je suis foutu. »
 
Un minot de 8 ans assiste à l’audience
 
A la barre, les deux victimes. Celui qui a pris le coup de couteau a 15 jours d’ITT. Il est venu avec son fils, un minot de 8 ans qui s’approche à pas de loup vers la barre. Le beau-frère, son masque à tête de mort baissé sur son menton pour s’adresser au tribunal, veut parler du rôle de celui qui se faisait menaçant avec une binette.
Il explique aux juges ce qu’est une binette. Il trouve que le prévenu « dit ce qu’il veut », que son passage à l’acte n’a rien à voir avec le cannabis, et qu’il le sait parce que lui aussi, il a « des soucis de stups ».
Quant à la principale victime, elle a, elle aussi, eu des problèmes avec l’alcool, « mais je me suis soigné, alors, le monsieur, il ferait bien de se soigner. » Le petit garçon n’est plus qu’à deux pas de son père et de son oncle, spectateur et auditeur minuscule. La présidente demande au père s’il n’avait pas un autre moyen de garde, et dit que le petit doit retourner dans la salle.
 
«C’est quelqu’un qui voit sa vie basculer»
 
Le parquet estime que les violences volontaires, « et non par inadvertance, comme l’a dit monsieur en garde à vue », sont caractérisées. La procureur requiert 15 mois de prison dont 9 mois seraient assortis d’un sursis probatoire de 2 ans, elle demande le maintien en détention. « L’homme à la binette, c’est lui qui fait des histoires, qui fait sa police », plaide maître Grenier-Guignard qui s’étonne que son rôle n’ait pas été pris en compte par le parquet.
Elle revient sur « les efforts énormes pour se sortir la tête de l’eau » de ce couple. Elle démontre que son client n’est pas réductible à la caricature d’un type qui joue du couteau. « C’est quelqu’un qui voit sa vie basculer. Sa fille pleure, sa compagne aussi. Son employeur est élogieux, ils remboursent leurs dettes et vivent à 3 avec les 300 euros qui leur restent une fois toutes les charges payées. L’incarcérer c’est lui faire perdre son travail. » Et tout dégringolerait à la suite. Le beau-frère est reparti.
 
La visio déréalise ce qui se vit en audience
(un peu comme le confinement le fait de nos vies)
 
Le prévenu, du fin fond de la salle de visio du centre pénitentiaire, présente des excuses. Il est impossible de distinguer l’expression de son visage, son regard nous échappe complètement. Lui, il ne voit que le tribunal, la procureur et son avocat, il ne peut pas voir les victimes. « Sincèrement, je suis désolé. J’ai demandé à voir un psychologue. »

6 mois de prison et 2 ans de probation

Le tribunal le déclare coupable et le condamne à 15 mois de prison dont 9 mois sont assortis d’un sursis probatoire de 2 ans. Obligation de soins, de travailler. Interdiction de contact avec les victimes. Le tribunal aménage immédiatement sa peine de prison ferme, il sera placé sous bracelet électronique. Le confinement de monsieur X est ainsi prolongé de 6 mois, il ne choisira pas ses horaires de sortie et devra rendre des comptes. Les parties civiles avaient demandé un renvoi sur intérêt civil pour avoir le temps de formuler leurs demandes de dommages et intérêts, renvoi en octobre.

« Est-ce qu’on peut faire appel ? »

Colère dans la salle : « Non, mais bon, il va aller travailler le 11 ! Moi, je vais pas travailler le 11 ! » s’emporte la victime principale (qui a 4 points de suture à l’abdomen). La présidente Verger intervient, d’une voix douce et stable : « J’entends une réaction… Avec les termes techniques ce n’est peut-être pas évident… Il a été condamné à 6 mois de prison, et vos droits de victimes ont été reconnus.?- Est-ce qu’on peut faire appel ? lance le beau-frère.?- Non. »
Florence Saint-Arroman

Notre premier article :
On ne sait pas si ce sont les effets du confinement, mais toujours est-il que les montées de tension sont palpables en ce début du mois de Mai... Ainsi jeudi 30 avril au soir, vers 20h20, une altercation a éclaté en dessous du tabac presse de la Marolle au Creusot. Un voisin reprochant à un automobiliste un client, en mal de tabac, son stationnement et/ou le bruit de sa voiture... Le ton est monté si haut que l'automobiliste a reçu un coup de couteau... Après avoir été secouru par les buralistes, il a terminé aux Urgences de l'Hôtel-Dieu, d'où il est ressorti.
A.B.