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> Vie locale > LE CREUSOT
03/02/2023 18:30
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LE CREUSOT : Des étudiants et des détenus ensemble contre les discriminations, dans un concours d’éloquence

Le concours,  pour favoriser le lien social, a eu lieu jeudi au Petit Théâtre du Château de la Verrerie.
Ce jeudi 2 février, le petit théâtre du château de la Verrerie accueillait des étudiants de la Licence A.E.S (UB) rattachés au site du Creusot et des jeunes hommes « placés sous main de justice » comme dit l’institution judiciaire, en d’autres termes : des hommes détenus ou probationnaires. Par petits groupes qui les mêlaient, ils ont débattu tour à tour sur le thème de la discrimination.

Ouverture d’esprit et courage
Un jury important* s’est ensuite réuni puis a tranché et remis des cadeaux aux trois groupes retenus pour le podium, mais l’important n’est pas vraiment là. Nous voulons mettre l’accent sur une rencontre exceptionnelle : celle de personnes détenues, emprisonnées, donc qui furent jugées, condamnées et mises à l’écart de la société, avec des étudiants en plein dans la construction de leurs vies futures. La novlangue, ou le langage marketing appliqué à tout, appelle ça « des publics », mais la réalité est autre. Il s’agit pour chaque jeune homme détenu ou en sursis probatoire d’« aller vers », vers des jeunes qui ne savent pas ce que cela représente d’être jugé et placé sous écrou, mais qui savent que ceux-là ont commis des délits suffisamment nombreux ou importants pour que des tribunaux ordonnent leurs incarcérations.


Oser se lancer, « dire avec nos mots »
Aussi voulons-nous souligner l’ouverture d’esprit et le courage nécessaires - y compris pour les étudiants - à cette démarche. Les temps de préparation ont permis aux étudiants d’aller au centre pénitentiaire. Parmi les nombreux encadrants, des formateurs - Nicolas Dewynter, comédien, et deux avocats du barreau de Chalon, Mathilde Leray et Julien Marceau – pour oser se lancer, « dire avec nos mots » dans un cadre structuré et livrer la richesse d’une réflexion assortie d’une invitation à agir, au sein de la société, contre les discriminations.

« Faisons que la justice française se batte à nos côtés » 
« La discrimination, elle a commencé pour moi à l’école. ‘Sale noir’, ‘les noirs et les arabes ne vont jamais réussir’ » témoigne l’un, nous disant sa satisfaction d’avoir pu le dire, devant un public (et quel public ! Une représentante de l’Etat, des magistrats, les autorités de l’administration pénitentiaire et de son service d’insertion et de probation), une fois dans sa vie. « Il y a toujours un enfant isolé, dans les écoles. Moi au lycée j’entendais ‘Sale pédé’. Aujourd’hui j’assume mieux mais j’ai peur. C’est la première fois que j’en parle » dit le second. « Nous ne changerons pas le monde avec des propos faits et refaits. Faisons que la justice française se batte à nos côtés » conclut le troisième.

Etudes et discriminations, prison et discriminations

Il y eut aussi un discours sur « études et discrimination », le coût de certaines écoles et des conditions de vies incomparables entre les uns, nantis, les autres, moins nantis, et les derniers, pauvres. « L’accès aux études supérieures est-il si évident ? » Un autre groupe s’est attaché à envisager la discrimination sous l’angle de ses coûts, économiques, de santé, sociaux. « Comment lutter contre la normalisation de la discrimination ? » Dans un tel contexte, il fallait bien aborder aussi les discriminations qui frappent ceux qui sortent d’ « un tunnel carcéral », et la nécessité des accompagnements vers la réinsertion (les réinsertions). « Une autre peine. Celle-ci n’a pas été décidée par un tribunal, elle est de fait. »

Ignorances et discriminations

On termine sur celui qui nous a le plus touché, un chœur à trois voix. « Pourquoi je suis français ? Parce que mes parents sont venus en France. Comment sont-ils venus ? Je ne sais pas. Je ne sais rien de leur vie. Le passé n’est même pas passé. » « Ces violences… On les jetait même dans la Seine. La honte d’un pays. Une France égoïste. Ils ne voulaient que leur liberté. Cette colère est toujours là, entre français et algériens. Clichés, jugements, rejets. » « Il faut travailler ensemble pour une société plus juste. » Ouverture d’esprit, courage. « Mes parents étaient-ils heureux de venir ? Je ne sais pas. »
Vivement l’édition 2024.

Florence Saint-Arroman
(Photos M.B.)

Jury tel qu’annoncé sur le programme :
Louise Thin-Rouzaud, directrice du cabinet du préfet de Saône-et-Loire – Guillaume Piney, directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon – Eric Plantier, président du TJ de Chalon – Patrice Guigon, procureur de la République, TJ de Chalon – Maître Damien Varlet, bâtonnier (excusé) – Maître Mathilde Leray, avocate – Jeremy Pinto, vice-président de la CUCM – Jimmy Lopez, doyen de la faculté de droit – Philippe Pottier, ancien directeur de l’ENAP – Jean-Amédée Lathoud, président de l’association Le Pont – Aurore Granero, responsable de licence AES du Creusot – Alexandrine Borgeaud-Moussaïd, directrice fonctionnelle du SPIP de Saône-et-Loire – Lauriane Caudron, directrice du centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand