
Les contributions de Nicolas Akchiche et Cyril Gomet.
C'est avec une immense tristesse et une véritable stupéfaction que j'ai appris la terrible nouvelle ce dimanche ; à 7h du matin, ma mère m'informait qu'à l'occasion de la Guinguette, Serge avait fait une sévère crise cardiaque au parc au moment de rentrer chez lui.
Pensant à ses récents problèmes de vue qui nécessitaient des infiltrations et aux "stents cardiaques" qu'il s'était fait posés il y a quelque temps déjà, je me suis dit que ça pouvait s'avérer sérieux. Et quand à 10h30, ma mère m'a annoncé la terrible nouvelle de son décès, j'en ai eu les jambes coupées.
Car Serge Chevalier, je l'ai côtoyé pendant près d'une vingtaine d'années, d'abord comme bénévole au "Train des Combes" car en 1994, il n'y avait que que le "Tacot des Crouillottes puis en tant que saisonnier pendant plusieurs étés et ensuite en qualité de bénévole.
Mais Serge je l'ai connu bien avant, je me souviens de l'Adjoint au Maire "du Camille" comme disaient tous les Creusotins, lors de résultats électoraux en mairie ou encore lors du bicentenaire de la Révolution française où dans la cour de l'Hôtel de Ville, je lui avais adressé un furtif coucou du haut de mes 7 ans au milieu de nombreux écoliers creusotins qui défilaient en 1989 pour rendre hommage à un moment clé de la naissance de notre République.
Serge Chevalier, c'était aussi pour moi, l'ouvrier de l'usine devenu syndicaliste qui avait été formé à son métier d'électromécanicien par mon oncle Daniel à l'usine et qui venait régulièrement nous saluer quand il passait devant la maison familiale.
Serge c'était aussi cela, la simplicité, la convivialité, l'échange et surtout l'amour du Creusot et des Creusotins ; Serge Chevalier, c'était aussi et avant tout un serviteur de la "chose publique" - "la Res Pubblica" au sens noble que les Romains avaient défini pour ceux qui travaillent pour le bien de la cité"-.
À travers ses mandats de conseiller municipal, d'adjoint au Maire, de conseiller général (désormais conseiller départemental) et de Vice-Président du Conseil Général de Saône-et-Loire, il a beaucoup oeuvré pour le bien de ses concitoyens.
Et comment ne pas évoquer son engament sans faille pour la passion de sa vie, le chemin de fer et le Parc des Combes ? Bon nombre de personnes ont du le trouver rêveur, farfelu ou même utopiste de vouloir restaurer puis de refaire circuler la célèbre 241P17 construite dans les usines Schneider. Qui aurait parié sur la réussite du parc des Combes quand en 1996, l'idée de construire une Luge d'été a vu le jour au Creusot et a marqué l'éclosion du Parc ?
Il y a un peu plus d'un mois, je parlais justement avec lui de la création de la Luge qui avait fait décoller le site. Pendant 30 minutes, on a refait l'historique, la saison exceptionnelle de 1996 où "nous avions invité tous les bénévoles en fin de saison à bord du train Picasso et étions partis dans le Jura et jusqu'en Suisse. Tu t'en souviens Nicolas" m'avait-il dit.
Bien évidemment que je m'en souvenais et je lui avais dit que nous avions trouvé de la neige et qu'un train "chasse-neige" nous précédait pour pouvoir circuler. "Et tu te souviens de Métabief, de la Mer de Glace ou encore de Disneyland où dès l'arrivée, j'avais fait le Space Mountain avec Yann et j'ai été malade toute la journée" se remémorait-il les yeux pleins d'étoiles et de nostalgie.
Evidemment que le quadra que je suis s'en souvient, à 16, 17 ans, découvrir de tels lieux en récompense d'une saison de bénévolat, ça vous touche et ça vous marque profondément.
C'était aussi cela Serge Chevalier, faire plaisir à celles et ceux qui l'ont accompagné dans ses projets et réalisations en toute humilité car ces "récompenses" de fin de saison, il ne s'en servait pas pour se glorifier ou se mettre en avant. Il le faisait pour partager sa joie de faire grandir le parc des Combes et doter Le Creusot d'un vrai pôle touristique de premier plan. Car après la Luge d'été, ce sont désormais plus de 20 attractions qui se trouvent sur les hauteurs du Creusot, la 241P17 a fait de nombreux voyages depuis la fin de sa réhabilitation et des milliers d'amoureux de vapeur ont pu se rendre à Aix-les-Bains, Mulhouse, Lyon, Marseille et même en Suisse ou encore à Chenonceaux à bord de la "princesse du Creusot"...
Toutes ces réussites, ce sont d'abord les siennes, celles d'un visionnaire qui pensait possible de créer un lieu touristique sur un territoire touché par la désindustrialisation en s'appuyant sur les FEDER (Fonds Européens de DEveloppement Régional) pour financer le projet de Luge d'Été. Et c'est comme cela que le cercle vertueux s'est enclenché du côté du "crassier" comme le dénommaient les "vieux Creusotins" et dont on peine à croire aujourd'hui qu'il y a plus de 50 ans, régnaient les rats et les scories déversées par les usines...
Ce succès qui rejaillit sur Le Creusot et son territoire lui a aussi coûté quelques inimitiés et je ne peux oublier que son nom a été "sali" pour une présumée affaire "de prise illégale d'intérêts" car il n'avait pas quitté le conseil municipal à l'occasion du vote d'une subvention pour l'association dont il était président. Ceci l'a beaucoup marqué et profondément blessé comme il me l'avait confié à l'occasion d'un jour de circulation de Train du Père Noël en décembre dernier ; lui qui a toujours placé la réussite de son association avant tout, avoir été soupçonné de la sorte l'a meurtri au plus profond de lui-même et j'ai senti de la vraie émotion et même de la rancoeur quand il évoquait ce souvenir douloureux.
Ce n'est pas cette image là que des milliers de Creusotins, de Saône-et-Loiriens et beaucoup d'autres connaissances et amis de Serge Chevalier garderont en mémoire ; ce sera à coup sûr l'image du président les mains dans le cambouis, le visage noirci de charbon à bord de la 241P17 ou à bord du Train Vapeur des Combes, le Président qui n'hésitait pas à enfiler le tablier et prendre les assiettes et faire le service dans le wagon restaurant ou encore à accompagner le Coq et le Poussin lors de la chasse aux Oeufs pour Pâques et accompagner les plus petits pour trouver une friandise cachée dans la clairière.
Voilà qui était Serge Chevalier, un homme au grand coeur, un homme de valeurs et de convictions, un homme passionné, un vrai amoureux du Creusot.
Alors oui, Serge, je vous l'avais promis, je l'apporterai le génépi que je suis allé cueillir cet été en montagne, il est en train de macérer dans ma cave et à l'occasion des Trains du Père Noël, on le boira en gare du Creusot en votre Mémoire avec les fidèles du dernier rendez-vous de la saison du parc des Combes comme nous faisions chaque mois de décembre où vous demandiez à ma mère ou à Gaétan "s'il y avait de l'antigel" pour se réchauffer.
On ne vous oubliera pas Serge, votre empreinte est indélébile et sera associée pour toujours à votre Parc des Combes que vous chérissiez tant.
Merci pour tout Serge.
Nicolas AKCHICHE
(Photo : Serge Chevalier lors des derniers trains des oeufs de Pâques)
Difficile de parler d'une personne qui vient de disparaître. Serge Chevalier était un ouvrier, un militant, un élu engagé, un homme de terrain, toujours à l'écoute, chaleureux, un homme pour qui les mots loyauté et fidélité avaient un sens tout particulier. Serge était aussi un ami, un homme bien.
Il nous a quittés brutalement là même où il a œuvré pendant plusieurs décennies pour transformer un lieu inhospitalier en un espace renommé : le Parc des Combes. Président de l'association « Les Chemins de Fer du Creusot », son énergie a permis la renaissance du petit train qui servait autrefois à évacuer les scories des hauts-fourneaux. Passionné de ferroviaire, il a aussi contribué à la restauration de la locomotive à vapeur 241 P 17, patrimoine historique et industriel de la ville du Creusot dont il parlait avec une fierté intarissable, une fierté qui n'était jamais personnelle, mais toujours collective.
Premier adjoint, conseiller général du Creusot Ouest, je le connaissais depuis 1998. Nous avons partagé de nombreux échanges, sur la vie politique bien sûr, mais aussi sur des sujets de la vie, plus personnels, et c'est peut-être cela qui me touche le plus aujourd'hui. Le Creusot a perdu une personnalité, j'ai perdu un ami dont la disponibilité et la sincérité ne se démentaient jamais.
Avec d'autres proches, j'étais présent samedi soir, à ses côtés, pour un repas convivial. C'est dire si le drame qui a suivi nous a tous saisis.
À sa famille, à ses proches, aux salariés et à l'ensemble des très nombreux bénévoles de longue date, j'adresse mes plus sincères condoléances. Vous avez eu, nous avons eu la chance de côtoyer Serge, et c'est là l'essentiel, ce que nous devons conserver précieusement.
Cyril Gomet
Ancien conseiller municipal du Creusot
Ancien vice-président de la CUCM