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> Vie locale > LE CREUSOT
03/03/2023 03:17
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Laurent Gless : «Framatome va investir plus de 100 millions au Creusot, dont 64 dans le bâtiment que nous avons racheté à Harfleur, avec 150 embauches en 3 ans»

Le directeur de Framatome au Creusot dévoile la nature des investissements en cours. Près des deux tiers vont concerner le bâtiment historique de l’entreprise, à Harfleur, racheté au groupe Matière. Il sera dédié aux internes de cuves, relocalisés au Creusot, pour une fabrication 100% française des composants des EPR à l’horizon 2026. C'est ce qui va être expliqué à Agnès Pannier-Runacher.

Comment l’effectif de Framatome Le Creusot évolue-t-il ?
LAURENT GLESS : «On est à un effectif de 450 employés dont 400 en CDI. C’est simple, c’est 150 collaborateurs de plus qu’il y a quatre ans. Je rappelle que l’effectif était tombé en dessus de 250 personnes au plus fort de la crise».
 
Et vous avez des perspectives de nouvelles embauches ?
«Oui bien sûr. Entre les remplacements des personnes qui partent à la retraite et les nouvelles embauches pour augmenter notre montée en charge, nous avons précisément un objectif de 107 embauches sur l’année 2023 au Creusot, dans un objectif de 150 embauches en trois ans. Il est important de que la plus grosse part de ces embauches sont destinées à la nouvelle activité que l’on va développer au Creusot…»
 
C’est-à-dire ?
«Près de 50 personnes vont être embauchés pour les internes de cuve. C’est une production que Framatome a décidé de relocaliser en France et donc au Creusot. Il s’agit de pièces en inox qui peuvent être de très grande dimension, à savoir de plus de 10 mètres. Cette activité va se situer dans les locaux historiques de Framatome, sur le site Harfleur. Les locaux qui avaient été cédés à NFM pour les tunneliers, que le groupe Matière avait rachetés et que nous avons donc décidé de reprendre, car c’est vraiment un atelier qui correspond à nos fabrications de grande dimension. Nous avons l’objectif d’avoir 100% de nos productions en France d’ici 2026».
 
1000 pièces à forger en commande
 
Quel est le carnet de commandes aujourd’hui de Framatome ?
«Nous avons donc les 6 EPR décidés et annoncés par le Président de la République pour la relance du nucléaire civil français. A cela s’ajoutent les deux EPR anglais du programme Hinkley Point, mais aussi un autre projet de deux autres EPR. A cela s’ajoutent les remplacements des GV, les générateurs de vapeur, dans les centrales en fonctionnement en France. C’est donc une charge très importante, sans compter les huit EPR en option pour la France, qu’Emmanuel Macron a évoqués. Il faut savoir que l’on compte pour un EPR environ 80 pièces forgées. On est donc sur des besoins, uniquement pour le nucléaire civil, de plus 1000 composants forgés en carnet de commande… Sans compter les composants forgés pour le nucléaire de défense».
 
Combien avez-vous prévu d’investir ?
«Nous avons un programme d’investissements plus de 100 millions d’euros. Dans la Forge telle qu’on la connait, on installe un four de chauffe et une trempe. Dans l’atelier d’usinage et des CND, les contrôles non destructifs, nous investissons dans des contrôles par ultrasons en mode automatique ou semi automatique dans les viroles. Puis on investit dans des contrôles tri-dimensionnels, très modernes. Ce sont des contrôles qui prennent de la place, avec des systèmes visuels 3D. Et donc l’atelier d’usinage sera rempli. Nos deux ateliers sont pleins».
 
Un nouvel atelier entre Alstom et Altead
 
Vous allez donc développer et implanter des activités ailleurs ?
«On a acheté un bâtiment entre Alstom et Altead. Et là on installe l’année prochaine, deux grandes machines. Un tour horizontal et une grande foreuse. Ensuite, à l’atelier Harfleur, dans l’atelier mécanique, on installe une fraiseuse portique et l’année prochaine une fraiseuse alaiseuse. Ce sont toutes des machines à 7 à 8 millions.
Et donc de l’autre côté dans l’ex bâtiment NFM, on va faire 100% de l’usinage, soudage et assemblage de toutes les pièces que l’on appelle les internes de cuve. C’est-à-dire ce qui va à l’intérieur des cuves. Il s’agit de pièces en inox. Ce sont des pièces qui peuvent être de grande dimension. Tout cela, ça fait plus de 100 millions d’investissements, sur trois ans. Etant entendu que c’est engagé, puisque les commandes sont déjà passées. Dans l’ancien bâtiment de NFM à Harfleur on est à 64 millions d’investissements. Pour avoir un ordre d’idées, sur les dernières années on était environ à 10 millions d’euros par an».
 
Comment abordez vous les nouvelles exigences environnementales ?
«Dans le nouveau four français, qui est en train d’être monté, on prend les meilleures technologiques disponibles. Il prend les meilleures consommations, en termes de brûleur, de type de gaz. Il sera donc moins énergivore».
 
Vous allez donc embaucher plus ?
«Oui, je l’ai dit, on part sur 150 embauches en trois ans».
 
De 60 à 100 forgeages par an
 
Quel est votre plan de forgeage ?
«Il y a deux trois ans, on faisait moins de 40 forgeages par an. On est monté à un peu plus de 60 et on va viser 80 et à terme 100 forgeages par an. Là on est entre les deux, on va en faire un peu plus de 70 cette année, peut-être 75. L’année dernière c’était 63»
 
Cela représente combien d’heures atelier ?
«En 2018 on était à 60.000 heures atelier, puis 90.000 en 2019 et 2020, 110.000 l’année suivante, 130.000 en 2022 et cette année on va dépasser 137.000 heures. Et on vise 150.00 et on peut monter bien au-delà».
 
C’est donc un épanouissement en France de Framatome au Creusot ?
«On reprend nos lettres de noblesse. On réinternalise tout ce que l’on peut faire. Je précise que la défense nationale représente 20 à 25% de notre carnet de commande. Pourquoi tout cela s’écoule bien. Le Creusot applique tout ce qui a été défini depuis 4 ans, avec un volonté sécurité / qualité. Ce sont aussi les progrès avec nos collaborateurs…»
 
Une virole traverse les ateliers en 9 mois
 
Comment le mesurez-vous ?
«Il faut savoir qu’aujourd’hui, avec l’amélioration de la qualité, les viroles traversent l’usine en moins neuf mois, alors qu’elles mettaient toutes plus de 18 mois. Aujourd’hui on continue d’être sur une bonne tendance sécurité, avec des taux de fréquence d’accidents inférieurs à cinq. Sur les écarts qualité on a une diminution de pratiquement 30% par an.
On développe aussi la standardisation, on est sur 80% d’amélioration de la qualité.
Et du coup les produits gagnent tous six à neuf mois de traversée. Le bilan c’est que l’on est capable de charger notre usine et de livrer à l’heure. Du coup si on prend sécurité, qualité et sûreté, plus des livraisons à l’heure, cela amène la confiance et on est capable de capter des nouveaux projets. Cela veut dire que demain, il y a 2 EPR de plus, des commandes de plus pour la Marine, ou des commandes de diversification, on sait le faire, sans conflit de priorité».
 
Aujourd’hui vous êtes capable de réaliser un EPR en combien de temps ?
«En étant en adéquation avec Saint-Marcel et Jeumont. Ca veut dire que l’idée est de faire un EPR tous les 18 mois, voire mieux. On se met en ordre de marche pour le réaliser, car on sait le modéliser.  Le point fort du Creusot c’est que l’on part d’une réalité. En deux ans, on a fait plus d’une cinquante de pièces pour le Royaume Uni et une trentaine pour les EPR français.
Nos indicateurs techniques sont là, avec 80% d’amélioration de la qualité. Notre modèle est bâti. Le système est fiable pour être une industrie fiable. Notre volonté c’est d’être capable de délivrer au-dessus des programmes, pour pouvoir capturer des opportunités. Au Creusot il y a une culture d’entreprise. On arrive à intégrer, recruter, faire travailler ensemble, faire progresser. Et en plus les gens ne partent pas. Cela veut dire que l’on peut faire mieux et maintenir».
 
Qu’en est-il de la fonderie que vous avez reprise à ArcelorMittal ?
«Elle est toujours sur les volutes de pompes. On développe d’autres pièces dans le nucléaire. On est dans des réflexions commerciales pour diversifier les productions».
 
Recueilli par Alain BOLLERY 
( © Photos Alain BOLLERY)



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