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> Vie locale > LE CREUSOT
22/11/2022 03:17
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Julie Gayet : «Il faut mettre de l’éducation sexuelle dès les petites classes, parce que l’on sait très bien que les petites filles ont plus de mal à dire non que les petits garçons»

La comédienne, compagne du Président Hollande, qui vient jeudi inaugurer une rue Gisèle Halimi au Creusot, se confie dans une interview à creusot-infos. Elle parle des femmes, des violences qu'elles subissent, des viols, de la nécessaire éducation. Mais aussi de Sandrine Rousseau, de l'Afghanistan et de l'Iran.
Vous venez, au Creusot, inaugurer une rue au nom de Gisèle Halimi… C’est plus qu’un symbole ?
JULIE GAYET : «Une étude avait montré que seulement 3% des rues en France avaient le nom d’une femme. C’est sans doute un peu plus aujourd’hui. Alors oui, venir inaugurer une rue au nom de Gisèle Halimi c’est à la fois symbolique et important. Ca montre un changement de société. C’est vrai qu’en 50 ans, il y a eu des évolutions, des changements. Mais pas suffisamment.
J’ajoute que Gisèle, qui a tellement œuvré pour les femmes, a toujours dit que les avancées passaient par la loi. Il faut souvenir de ce qu’elle a fait au sujet du viol, de l’avortement. Des sujets essentiels pour les femmes, dont elle a toujours dit qu’il fallait qu’elles soient ensemble pour être une force».

 
Vous le mesurez comment ?
«Avec Me Too en 2017, on peut clairement dire qu’il y a eu un avant et un après. Les femmes ont compris que l’on pouvait parler, dénoncer. Avant les femmes étaient isolées. Maintenant ce n’est plus le cas, ou cela l’est moins. Je pense qu’il faut intégrer des hommes dans cette transformation de la société».
 
Considérez-vous qu’il faudrait nommer des hommes pour parler et traiter de l’égalité homme/femme ?
«Les femmes apportent beaucoup de réponses, car toute ont au moins une réponse. Les hommes eux évoquent les quotas. Mais cela pose des questions. Celle du rapport à l’autorité, celle des enfants. Qui s’en occupent ?
En fait on voit bien que les hommes peuvent facilement parler de quotas, alors que c’est compliqué pour les femmes… Quand Delphine Ernotte a été nommée à la tête de France Télévisions, il n’y avait que 8% de femmes réalisatrices. Elle a demandé un changement et elle a réussi. On voit bien que tout est question de volonté. Il faut arriver à 50%, comme dans le cinéma. Et en ce sens, c’est important que les hommes soient plus que concernés. Oui il faut plus d’égalité salariale, plus de place pour les femmes. Alors le jour où on arrivera à ce que 50% des noms de rues, soient ceux d’une femme, ce sera très très beau. Mais ce n’est malheureusement pas encore demain».
 
Considérez-vous que les provocations de Sandrine Rousseau sont bonnes pour la cause des femmes, ou bien qu’elles sont trop clivantes ?
«Je n’ai pas de bons ni de mauvais points à distribuer. C’est juste sa manière à elle. Moi je suis active au sein de la fondation des femmes. Faire parler, c’est déjà ça.
Les choses ont du mal à évoluer. On voit des viols avec des enquêtes sans suite, car on demande à des femmes de se justifier. Mais quand une femme se fait violer, la première chose qu’elle fait c’est de se laver. La victime n’est pas dans une position qui est bonne. Il n’y a qu’à voir les réseaux sociaux, les violences. Voir que le nombre de féminicides ne baisse pas en France…»
 
Comment voyez-vous les choses ?
«C’est un sujet global. Les hommes ont eu une mère, ont parfois une fille. Notre société, patriarcale, misogyne, ne fait pas bouger les lignes assez vite».
 
Que prônez vous ?
«Il faut agir dès l’école sur la question de l’égalité, sur celle du consentement. . Il faut mettre de l’éducation sexuelle dès les petites classes. Pourquoi ? Parce que l’on sait très bien que les petites filles ont plus de mal à dire non que les petits garçons. Et le résultat aujourd’hui, c’est que dans notre société, il y a 80% de femmes battues et 20% d’hommes qui le sont».
 
Si vous pouviez appliquer trois décisions, qu’elles seraient-elles ?
«Premièrement et sans hésitation : Etudier le modèle espagnol qui a réussi à faire tomber les féminicides. Car on ne peut pas continuer à accepter d’en avoir autant en féminicides. Nadia Mourad, Prix Nobel de la paix a raison de dire que le viol doit devenir un crime de guerre, un crime contre l’humanité.
Deuxièmement, je l’ai déjà évoqué : Il faut insister sur l’éducation. Il y a du boulot et il faut que ce soit concret.
Troisièmement, il faut mettre en place des actions pour faire changer les choses, qu’on écoute vraiment les femmes».
 
Au Creusot, vous allez rencontrer le réseau VIF. Créé en 2005 il a été parmi les premiers. C’est important pour vous de rencontrer ses animatrices et animateurs ?
«Ces réseaux ont acquis de l’expérience et une expertise. Au moment du confinement, la France a ouvert les yeux. Elle a compris qu’il n’y a rien de pire que d’être enfermé par son bourreau. Il faut s’en souvenir, les chiffres ont explosé. Alors oui, je l’affirme, les réseaux VIF (violences intra familiales), à commencer par celui du Creusot, ont acquis une expérience et font un travail merveilleux. Il faut l’étendre car on sait bien que c’est plus difficile quand on est isolé, par exemple dans une zone rurale. Je reconnais que les choses ont bougé depuis le Grenelle, même si ce n’est pas encore suffisant.
Personnellement, je suis positive. Je note que le numéro vert contre le viol est allé dans le bon sens, avec une augmentation de 30% de nombre de dépôts de plaintes».
 
Il est possible d’aller plus loin ?
«Oui. Il faut des financement. Avant le numéro était fermé le soit et le week-end. Aujourd’hui c’est 24 heures sur 24 et maintenant on voit même des enfants appeler. Cela veut dire que les messages passent.  Il y a un gros boulot à réaliser pour enlever la peur, libérer la parole».
 
Vous êtes comédienne. Y a-t-il des rôles que vous refusez ?
«Il y a d’abord ce que j’accepte avec enthousiasme. Comme dans le film «Marion, 13 ans pour toujours» où je joue une maman dont la fille s’est suicidée parce qu’elle était victime de harcèlement. Je refuse sexisme, ou alors dans une comédie pour le dénoncer tout comme la misogynie. Il faut savoir aborder les sujets de l’humiliation, des viols, de la violence, trouver une façon de réfléchir».
 
Afghanistan, Iran… Ce qui s’y passe vous fait peur ?
«L’interdiction d’aller à l’école, en Afghanistan c’est un retour au moyen âge. En Iran, ce ne sont pas que des étudiants qui se battent, elles ont été rejoint par des étudiants. J’y vois les vertus de l’éducation. J’ai le sentiment que les choses bougent dans le monde. Regardez, même aux Etats Unis où, quand on analyse, on constate que les déclarations scandaleuses de Trump ont fait perdre des candidats républicains. Il y a aux Etats Unis un vent de contestation des femmes qui s’est levé contre Trump. Seul, c’est plus compliqué, ensemble c’est plus facile !»
Recueilli par Alain BOLLERY