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> Vie locale > LE CREUSOT
11/03/2021 03:00
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INTERVIEW : David Marti parle économie, industrie, nucléaire, métallurgie des poudres, hydrogène

En prélude aux Assises de l’Economie, le Président de la Communauté Urbaine s'était confiée dans une interview à creusot-infos. Il évoque la situation et parle des enjeux économiques et industriels pour le territoire.
Tenir les assises de l’économie c’était important ?
DAVID MARTI : «On s’est adapté compte tenu de la crise. On construit le plan de mandat de la communauté urbaine. Les acteurs ont travaillé, on ne pouvait plus attendre. C’est pour cela qu’elle se tienne malgré l’impossibilité de réunir tout le monde».

Quels sont les objectifs ?
«Très clairement c’est de mettre en relief l’intelligence collective. Face à la crise, je me suis interrogé. J’ai décidé qu’il fallait que tous les acteurs économiques se mettent autour d’une table et réfléchir. Définir ce que doit être l’aide à l’économie. Savoir vers quel modèle on veut et on doit aller, pour confronter, arrêter ce que l’on veut faire et donc créer.
C’est maintenant qu’il faut prévoir la relance. C’est une nécessité. 50 actions ont émergé et vont être déclinées»…

Par exemple ?
«On est sur un territoire industriel. C’est notre ADN. Il faut le conforter, mais il faut aussi être dans la diversification, tout en développant l’économie sociale et solidaire (ESS). Elle touche tous les secteurs de l’économie. C’est une idée qui est novatrice, car nous devons chercher collectivement d’autres pistes de développement.
Le 10 mars, les Assises de l’Economie seront un début. On va continuer. L’esprit qui a présidé à leur élaboration va se poursuivre. Les présences d’Anne Lauvergeon et de Louis Gallois sont une marque de reconnaissance pour notre territoire qui est un acteur majeur».

La Communauté Urbaine, avec ses grandes entreprises et ses grandes productions est le navire amiral de Territoires d’Industrie. Qu’en attendez-vous ?
«On travaille sur les filières. Il y a eu le Mecateam qui est la démonstration que l’on peut réussir à créer une filière. On travaille aussi sur la métallurgie des poudres. C’est le projet Calypso qui a été validé au niveau de l’Etat. Un centre de développement va être construit au Creusot, sur le secteur Magenta.
La Communauté Urbaine a aussi décidé d’être sur la filière hydrogène pour laquelle le Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté est en pointe. Notre idée est d’avoir sur le territoire communautaire une filière de production et de transformation de l’hydrogène. Et cela c’est du court et du moyen terme».

Quel est le bulletin de santé des entreprises de la communauté urbaine, en ce début du mois de mars ?
«C’est contrasté. Il y a des entreprises, plutôt sur le Sud de la Communauté Urbaine, qui ont été en dépôt de bilan, comme Eolane ou Gerbe, mais aussi Konecranes. Mais il y a des porteurs de projets. Il faut rester discret.
L’industrie elle se porte bien, parce qu’on a sur le territoire une industrie innovante et qui se trouve sur des marchés de niche.
Concernant Industeel, il n’y a pas encore d’information précise, mais il y a de l’intérêt. Mais pour moi il est très clair qu’il faut que ce soir un projet industriel, avec une logique d’investissements et que l’Etat ne soit pas en dehors du projet».

Pourquoi ?
«A côté d’Industeel il y a Framatome qui doit être approvisionné. L’Etat ne peut pas se désintéresser de cela. C’est d’ailleurs le sens de mes interventions auprès du Président de la République. Car pour tout ce qui concerne les aciers spéciaux, il y a un impératif de souveraineté nationale».

creusot-infos l’avait annoncé en exclusivité, EDF a demandé à Framatome de produire des pièces forgées pour les EPR. Comment appréciez vous cette demande ?
«Ca va dans le bon sens. Cela veut déjà dire qu’EDF a confiance. C’est une marque de confiance sur et dans l’avenir du nucléaire civil. EDF a demandé d’anticiper les commandes et cela ne s’est pas fait sans l’aval de l’Etat. C’est responsable de le faire. J’avais d’ailleurs écrit au Président de la République pour lui dire combien il est important d’anticiper les fabrications. On est très clairement dans une projection dans l’avenir, pour plusieurs décennies. C’est une garantie que l’on n’a pas connue au Creusot depuis très longtemps. Mais c’est logique».

Dans quel sens ?
«Framatome a su donner des gages sur le savoir faire qui a été préservé. Il faut en ce sens rendre hommage à la direction d’avoir su engager des investissements pour être prêt le jour J. Il faut aussi rendre hommage aux personnels qui ont fait front dans les difficultés et les attaques en règle. Trop de choses ont été dites à tort sur le nucléaire et sur ce qui avait été fait au Creusot. La vérité c’est que sont fabriquées ici les pièces les plus sûres au monde et c’est avec la reconnaissance de l’ASN qui ne peut pas être accusée de complaisance».

Où en est-on de l’Université du Nucléaire annoncée par Emmanuel Macron, lors de sa venue, le 8 décembre ?
«J’ai lancé la proposition au Président de la République qui a dit tenir compte de la faisabilité. Il faut que le centre d’excellence de formation soit sur notre territoire. Il faut ce soit réparti entre la Communauté Urbaine et le Grand Chalon. Il y a une vraie logique».

Vous êtes attaqué sur l’instauration d’une taxe sur le foncier bâti à la Communauté Urbaine. Que répondez vous ?
«Il faut savoir garder raison. La Communauté Urbaine était une des rares collectivités qui n’avait pas une taxe sur le foncier bâti. Ce que nous proposons correspond à un effort modéré, compte de l’ambition d’investissement que nous avons. Ce sera, en moyenne, 15 euros par an et par ménage, qui ne paient plus la taxe d’habitation. Ces 15 euros seront investis pour le territoire, pour éviter d’alourdir le chômage. Je rappelle que la Communauté Urbaine s’est engagée pour soutenir les commerçants et les artisans. Nos opposants ne donnent pas tous les éléments. Nos entreprises sont loin d’être des vaches à lait. J’ai toujours tenu un discours responsable et avec notre majorité, nous ne sommes pas sur le repli, quand d’autres sont sur un dogme ne pas toucher à l’impôt. Mais je le répète, ce sera modéré et supportable»
Recueilli par Alain BOLLERY