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> Vie locale > LE CREUSOT
09/05/2021 11:57
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FRANÇOIS HOLLANDE : «Le 10 mai n’est pas un concours de circonstances ou un hasard»

L'ancien Président de la République a été accueilli au château de la Verrerie par le maire du Creusot, David Marti, et a ainsi lancé la célébration des 40 ans de l’élection de François Mitterrand.
Avant une visite de l'exposition de photos de Jean-Paul Gollin, Le maire du Creusot, David Marti, puis l'ancien Président de la République, François Hollande, ont pris la parole devant un parterre d'invités réunis au petit théätre du Château de la Verrerie.

David Marti «L’héritage de François Mitterrand porte les grandes réformes sociales, économiques, industrielles, de société…»


«Il y a des moments qui comptent dans l’histoire. Ils nous rappellent que nous sommes liés en tant que nation. Une nation qui, le 10 mai 1981, a élu «l’homme de gauche». 40 ans après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République, nous voilà au Creusot pour évoquer la figure emblématique de cet homme et l’immense héritage qu’il nous a légué.

C’est avec une profonde émotion que j’accueille ici ses proches : vous avez été les témoins de sa vie personnelle comme de sa vie publique. Vous avez été à ses cotés pour mener des combats qui ont marqué l’histoire politique française.
40 ans nous séparent de cette élection et pourtant, la figure de François Mitterrand ainsi que son oeuvre, sont toujours présentes dans l’esprit des Français. Célébrer les 40 ans de cette élection apparaît alors comme une évidence.
Cet événement riche en symboles offre l’opportunité de nous rassembler autour de notre histoire commune et notre héritage partagé.
Cet héritage aux multiples facettes est plus que jamais porteur de messages pour le présent.
L’héritage de François Mitterrand, c’est «l’Europe comme horizon».
L’héritage de François Mitterrand porte les grandes réformes sociales, économiques, industrielles, de société… Je pense bien entendu à l’abolition de la peine de mort, à la libération des ondes, à l’adoption du prix unique du livre. Je pense à la signature de l’acte unique européen, ou au traité de Maastricht, qui révèlent cet homme d’Etat comme l’artisan d’une nouvelle étape de la construction européenne.
Je pense également aux nationalisations, à l’instauration du RMI, qui montre sa volonté de considérer comme prioritaire la lutte contre les inégalités.
Il y a tant à dire… et tant à faire, selon ses propres termes.

Ici au Creusot, il serait difficile de ne pas évoquer ce qu’a éprouvé François Mitterrand pour cette ville, pour ce département, pour cette si belle région.

Au plus haut sommet de l’Etat, il n’a jamais oublié son attachement aux territoires et à ses amis Bourguignons. Ce que je veux exprimer aujourd’hui est tout à la fois un rappel et un hommage, sur ce que Mitterrand a représenté, et représente encore pour toute une génération et sans doute encore pour celles qui viendront.

Un homme de lettres, une figure, un symbole. Un homme porté par des idées nouvelles qui a su transmettre sa vision progressiste en son temps.

Mais en cette période troublée à plus d’un titre, ce que j’aime à me rappeler du message de François Mitterrand, c’est qu’il y a toujours un avenir pour ceux qui pendent à l’avenir.»

François Hollande : «Le 10 mai n'est pas une nostalgie»


«Je veux remercier David Marti d’avoir organisé cette rencontre autour de la victoire du 10 mai, de ce qu’elle représente pour notre pays. Je sais que cette cérémonie va se poursuivre à la mairie de Paris avec Anne Hidalgo cet après-midi.
Si j’interviens ce matin, c’est moins parce que j’ai été un camarade de combat, de ceux qui ont permis la victoire de 1981, que comme que comme ancien président, le deuxième président socialiste de la Ve République.
Si je veux aujourd’hui intervenir et envoyer un message, c’est qu’il ne soit pas une nostalgie, un retour vers un passé glorieux, mais comme une leçon de choses et une capacité à lever de nouveau l’espérance.
Les moins de 50 ans, même s’ils ont conscience de ce que représente la date du 10 mai, ne peuvent pas imaginer ce qu’elle a représenté pour des millions de Françaises et de Français : l’émotion considérable et la joie immense qui ont emporté une soirée, une nuit et peut-être davantage, une partie de la population française. Une autre a tenté d’effacer ce souvenir tant il était désagréable.

C’était la première fois sous la Ve République qu’un socialiste s’installait à l’Elysée avec tous les pouvoirs que la constitution confère au chef de l’Etat. C’était également la première fois qu’une alternance se produisait au coeur même de l’Etat depuis près de 23 ans.
C’était l’aboutissement du combat engagé par une génération de femmes et d’hommes pour porter la gauche aux responsabilités du pays.

Certes ce n’était pas la première fois que la gauche gagnait des élections nationales : 1924, le cartel des gauches ; 1936, le Front Populaire ; 1946, la libération ; 56, la victoire du Front Républicain… mais par une sorte de fatalité, de malédiction, la gauche n’y restait qu’à peine deux ans. Eh bien le 10 mai, c’est la première fois qu’elle disposait de la durée, un septennat, grâce à la solidité de nos institutions, qu’elle avait pourtant en son temps combattues.
Nous ne mesurions pas encore qu’un cycle long s’ouvrait le 10 mai 1981, puisque François Mitterrand fut réélu, Lionel Jospin remporta les élections législatives de 1997 et gouverna 5 ans, puis moi-même fus élu deuxième président de gauche de la Ve République.

Le 10 mai 1981 ouvre un temps de réforme majeur et une réelle modernisation de notre pays dont les traces sont encore présentes aujourd’hui : des traces sociales comme la retraite à 60 ans, la durée hebdomadaire de travail réduite, la 5e semaine de congés payés, l’augmentation d’un certain nombre de prestations, du smic, et aussi les droits des travailleurs reconnus dans l’entreprise.
Des traces institutionnelles avec la décentralisation, la libération de l’audiovisuel, les radios libres, la fin des tribunaux d’exception, la cour de sûreté de l’Etat abolie, et surtout, l’abolition de la peine de mort.
Et puis des traces sociétales, avec l’égalité affirmée entre les femmes et les hommes, et la fin de la pénalisation de l’homosexualité.
Ces traces là ne sont pas simplement des vestiges. Beaucoup de Françaises et de Français se battent encore pour les préserver.
Le 10 mai n’est pas un concours de circonstances ou un hasard. Le 10 mai vient de loin. Il est inspiré par les souvenirs du Front Populaire, présents chez encore beaucoup d’électrices et d’électeurs, des principes du Conseil National de la Résistance, des engagements de militants courageux pour l’émancipation des peuples du tiers monde et pour la décolonisation. Le 10 mai est porté par les aspirations qui ont été soulevées par les événements de mai 68, les luttes syndicales, les combats associatifs, environnementaux, féministes, l’émancipation culturelle, etc. Voilà ce qui a fait à un moment qu’une société se met en mouvement et cherche une issue politique. Elle n’avait pas été trouvée dans l’union en 1974 ni dans la désunion en 1978, il fallait donc en 1981 la conjonction d’une volonté (celle de François Mitterrand), d’une force politique (celle du Parti Socialiste) et d’une espérance (celle d’un projet audacieux).»
…/…

La vidéo avec les discours en intégralité est à retrouver ici


Photos Alain Bollery :