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18/10/2026 03:09
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LE BREUIL : Riche et lumineuse rencontre-débat, pleine d’humanité, d’espoir et d’amitié

Le Centre Francophonie de Bourgogne a accueilli deux personnalités francophones marquantes. Yara El GHADBAN, d’origine palestinienne, anthropologue, romancière, éditrice (Montréal) et Rodney SAINT ELOI, d’origine haïtienne, romancier, poète, académicien, éditeur (Montréal).
Jeune journaliste menacé, Rodney a fui la dictature de Baby Doc et s’est reconstruit au Québec. Yara a vécu la vie de nombreux Palestiniens. En 1948, ses grands-parents sont chassés de leur village de Palestine, le village est aussitôt rasé, cimetière compris ; son père naît dans un camp au Liban et Yara voit le jour à Dubaï et, à 13 ans, elle suit sa famille à Montréal.
La soirée débute par la lecture de 2 courts extraits poétiques « Fais du feu » de Rodney, lus par Alain ; et par un court extrait du dernier roman « Les Flamants roses » de Yara, lu par Patrizi.
La soirée s’intéresse à leur ouvrage : « Les fascistes n’ont jamais compté les étoiles », écrit à deux mains.
Dans une forme de dialogue amorcée par un modérateur, leur vie d’exilés avance des mots qui interpellent le monde.
Comme témoigne Rodney : « Notre histoire est faite de lignes brisées, tellement brisées qu’elles deviennent le fond de ce que les autres appellent notre identité »
On sait que selon le dictionnaire, « le fascisme s’incarne dans le contrôle de l’information, quitte à éliminer ceux qui la transmettent ». Il n’a pas été question du fascisme politique ; D’ailleurs les Rencontres du Centre Francophonie qui se veulent un passage entre ici et ailleurs, profitant de ces personnalités francophones venus du monde entier à notre invitation, n’ont pas à se pencher sur les programmes de tel ou tel parti ; ces rencontres, à travers l’œuvre de nos invités, mettent plutôt en lumière les valeurs qui nous grandissent et nous enrichissent, qui nous rassemblent et nous solidarisent ; qui nous réconfortent et nous poussent en avant ; non celles qui excluent et méprisent. Cependant ces écrivains savent (l’Histoire nous le rappelle) et (certains l’ont vécu) que tout fascisme « organise le monde, hiérarchise les vies, fait en sorte que les souffrances soient acceptées comme nécessaires ou inévitables. Le fascisme soumet tout à sa volonté, les vivants et les morts ; choisit des mots et en rejette d’autres ; Il repousse les limites de l’invivable ; il invente le délit de solidarité ; il établit l’esclavage des uns et la déportation des autres. Il domine et aliène » (p.98)
Rodney : « Pour les gens de peu et les pays de peu, le pays des maigres, des gueux, rien ne change, rien n’a changé (nous) qui n’ont connu de l’histoire que l’extrême violence, l’extrême pillage, l’extrême dépossession ».
Comment tenir et vivre ? En revenant à ceux qui nous ont construits - la mère, la grand-mère adorées, pour Rodney -, au peuple palestinien pour Yara. Et grâce à l’appropriation des mots, le créole pour Rodney ; la voix de la chanteuse Fairouz pour Yara.
 Rodney dénonce le silence sur le Rwanda, le Congo (RDC), etc. Pour lui, Gaza annonce l’avènement d’une ère nouvelle : celle de l’inimitié, de la brutalité effarante.
Tous les deux soulignent que si on accepte la justification de l’injustifiable, la construction faussée de l’autre, on se met en danger et on met en danger l’humanité.
Yara « cherche les voix et les visages familiers qui témoignent du génocide qu’ils vivent en direct » et face à l’horreur, elle revendique la beauté, l’amour et la tendresse. Et Rodney nous invite à « se réapproprier la parole perdue pour pouvoir bien nommer les choses » et insiste pour faire lire les enfants afin de nourrir leur imaginaire.
Respect et écoute de l’autre, partage et ouverture au monde ; et l’Homme comme valeur universelle, étaient au centre de cette soirée humaniste. Un grand MERCI à eux deux.
 La soirée s’est achevée sur la lecture d’une poésie forte, lue par Carole, dont voici quelques vers :
Ecoute oui écoute
Malgré le tumulte, la fureur et le chaos
Ecoute toujours
La prose de ton âme
Et tout ce que la beauté murmure
Aux oreilles du cœur.
Sois qui tu es….
Chemine, grandis en humanité
Elargis ton regard
Et quand le monde est nuit, sois jour
Soleil dans l’obscurité, luis ! (Capitaine Alexandre. France/Cameroun)

NB : « Les fascistes n’ont jamais compté les étoiles » est encore en vente à la librairie Les Carnets de Philéas au Creusot