
À trois jours du troisième Grand Départ depuis l’Espagne, une ferveur
grandissante et une électricité palpable gagnent déjà Barcelone, plus
que jamais capitale méditerranéenne du sport, prête à s'embraser au
rythme du Tour de France 2026.

La Grande Boucle a été célébrée lors d’une messe solennelle au
cœur de la majestueuse Sagrada Familia, chef-d’œuvre de Gaudi qui sera
l’un des joyaux du parcours, aux côtés de la « montagne magique de
Montjuïc ». La basilique s’invite également dans le peloton à travers le
maillot de l’équipe Movistar.
En choisissant Barcelone pour
son Grand Départ, le Tour de France est au rendez-vous de l’histoire et
rend un hommage appuyé à la rayonnante ville catalane. « Nous voulons
que cela reste gravé dans les mémoires », affirme le directeur du Tour,
Christian Prudhomme, avant un lancement qui promet d’être festif et
spectaculaire.
UNE BASILIQUE MAJESTUEUSE COMME POINT DE DÉPART

La
grandiose Sagrada Familia sera l'une des protagonistes de ce Grand
Départ de Barcelone. La basilique, œuvre magistrale d'Antoni Gaudí, a
été achevée ce printemps avec l'inauguration de la Tour de Jésus, bénie
il y a trois semaines par le pape Léon XIV. Du haut de ses 172,5 mètres,
la Tour de Jésus est quelques centimètres moins haute que le sommet de
Montjuïc, conformément au souhait de son créateur qui voulait que
l'œuvre de l'homme soit toujours subordonnée à celle de Dieu.
En
hommage à sa grandeur, le Tour de France effectuera sa présentation
officielle à proximité de la Sagrada Familia ce jeudi 2 juillet, à
partir de 18h30. Mercredi matin, le cardinal archevêque de Barcelone,
Juan José Omella, a célébré une messe solennelle dédiée au Tour de
France dans la crypte de la basilique, où reposent les restes de Gaudí. «
Le Tour de France n’est pas qu’une course : c’est aussi un cheminement,
à l’image de la foi », a-t-il déclaré dans un français parfait.
« En
tant que sport, le cyclisme est une leçon d’humilité qui doit être vécue
dans la communion et la fraternité, comme une compétition entre
compagnons et non pas ennemis. » La messe s’est conclue par une prière
confiant la santé du peloton à la Vierge de Lourdes et à celle de
Montserrat.
BARCELONE ET LE TOUR DE FRANCE : UNE DETTE HISTORIQUE SOLDÉE

«
Nous voulons que ce Grand Départ depuis Barcelone reste gravé dans les
mémoires comme une immense fête et un grand spectacle », explique
Christian Prudhomme. « Réunir les meilleurs cyclistes du moment et la
plus belle course du monde dans un cadre comme celui de Montjuïc, ou
devant un monument tel que la Sagrada Familia, est un véritable luxe.
On
se demande d’ailleurs pourquoi nous ne l'avons pas fait plus tôt »,
poursuit le directeur du Tour de France, souriant à l’heure de
s’acquitter de ce qui serait presque une dette historique. Si
méditerranéenne et ouverte sur le monde, si vibrante et magique, si
puissante et fière, la capitale catalane n'aurait pas dû attendre 123
ans pour accueillir un événement autant en phase avec ses valeurs, sa
singularité et sa culture.
Ce sera le premier Grand Départ de
l’histoire du Tour de France à Barcelone. Au cours de sa riche histoire,
la Grande Boucle a fait étape dans la capitale catalane lors de trois
éditions. René Privat triompha lors de la première venue à Barcelone, le
12 juillet 1957, à l’issue d’une étape partie de Perpignan. Maillot
Jaune sur les épaules, Jacques Anquetil remporta le contre-la-montre
couru le même jour sur les collines de Montjuïc où les favoris
s'affronteront ce week-end.
Deux jours plus tard, le peloton s'élança de
Barcelone en direction d’Ax-les-Thermes après une journée de repos. En
1965, José Pérez Francés s'imposa sur ses terres au terme d'une échappée
mémorable de plus de 200 kilomètres. Il fallut attendre 2009 pour que
le Tour revienne dans les rues de Barcelone avec une étape partie de
Gérone, marquée par la pluie, et où Thor Hushovd domina les Espagnols
Oscar Freire et José Joaquín Rojas sur les pentes de « la Montagne
Magique ». Celle qui célébrera ce samedi le premier Maillot Jaune de
2026, au bout d'un contre-la-montre par équipes palpitant.
DEUX CATALANS AU DÉPART, UN HÉRITAGE À FAIRE VIVRE

Si
les Catalans apparaissent sur le Tour de France en 1920 avec Jaime
Janer, la première victoire surgit en 1937 des jambes de Mariano
Canardo. Il s’impose presque à domicile à Ax-les-Thermes, à quelques
kilomètres de la frontière. En remportant l’étape inaugurale du Tour
1955 à Dieppe, Miquel Poblet devient le premier espagnol – et seul
catalan à ce jour – à revêtir le Maillot Jaune. Il double la mise à
Paris (1955), puis la triple à Bordeaux (1956). La légende barcelonaise
José Pérez Francés inscrit le cinquième succès catalan chez lui, à
Barcelone, en 1965.
Installé en Catalogne à huit ans, Pedro Torres
dépose son nom dans l’histoire en enlevant le maillot à pois en 1973,
grâce notamment à son succès sur les pentes de l'étape reine à Pau. Juan
Antonio Flecha (Toulouse 2003) et Joaquim Rodriguez (Mende 2010, Huy
& Plateau de Beille 2015) complètent la liste des 10 bouquets
catalans. Pérez Francés et Rodriguez sont aussi auteurs de deux podiums
au général, sur la 3e marche en 1963 et 2013.
Deux Catalans
découvrent le Tour cette année, désireux d’honorer ce glorieux héritage.
Né à Ullastrell, au nord de Barcelone, Abel Balderstone porte les
couleurs de la Caja Rural-Seguros RGA depuis son arrivée chez les pros
en 2023. Vainqueur en Catalogne de la première Clasica Terres de l'Èbre
en 2024, il a ensuite surpris en devenant champion national du
contre-la-montre 2025, deux mois avant de briller sur La Vuelta en étant
le premier espagnol (13e). Son coéquipier Joel Nicolau, originaire de
Llofriu sur la Costa Brava, n'a lui aussi connu que la Caja
Rural-Seguros RGA chez les pros depuis 2019.
Ses qualités de
grimpeur-puncheur et son esprit d'attaquant lui ont valu d'être élu
super-combatif de La Vuelta 2025, et de passer à 5 secondes du titre de
champion d’Espagne sur route (2e) le 28 juin dernier. Deux autres
membres du peloton sont, d’une certaine manière, liés au territoire.
Barcelonais de naissance, Juan Ayuso a quitté le territoire très jeune
pour vivre à Atlanta puis ailleurs en Espagne. Son coéquipier chez
Lidl-Trek, Carlos Verona, n'est pas né en Catalogne, mais il y a été
formé en roulant au centre de haut niveau de Sant Cugat del Vallès à
l’adolescence.
L'ÉQUIPE MOVISTAR AVEC UN EFFECTIF « RAJEUNI » ET LA SAGRADA FAMILIA SUR SON MAILLOT

Avec
plus de quatre décennies d'histoire et 43 participations au Tour de
France, 7 victoires au classement général et 34 étapes remportées,
l'équipe Movistar est incontestablement la force espagnole dominante du
peloton. Elle arborera un maillot spécial à la hauteur de ce statut en
cette édition 2026, remplaçant le blanc par son bleu traditionnel et
orné de détails faisant référence au Grand Départ de Barcelone, avec
notamment la Sagrada Familia en vedette.
Lors de la conférence de presse
tenue ce mercredi au mythique Palau de la Musica Catalana, la formation
dirigée par Eusebio Unzué a dévoilé les ambitions sportives d'un
effectif emmené par le Belge Cian Uijtdebroeks, et composé de talents
comme les Espagnols Pablo Castrillo et Raul García Pierna.
« C’est
une équipe Movistar rajeunie, pleine de coureurs au potentiel immense »,
affirme Unzué. « Mon objectif principal est d’apprendre à courir le
Tour », enchaîne Uijtdebroeks, qui participe pour la première fois et
vise un bon classement général. « Si nous parvenons à intégrer le top-10
dès cette première année, ce sera fantastique. Se battre pour le
maillot blanc serait formidable, mais ce n’est pas une fin en soi. » Il
faut remonter à 2021 pour trouver un coureur de la Movistar dans le
top-10 final. De son côté, García Pierna annonce viser « une victoire
d’étape ». Castrillo souligne lui le regain de confiance procuré par le
titre national du contre-la-montre remporté le week-end dernier à
Sabinanigo : « Porter le maillot de champion d’Espagne dans les rues de
Barcelone sera un rêve devenu réalité.
DE JEUNES CYCLISTES BARCELONAIS FONT RESSORTIR L’HUMAIN DERRIÈRE LES COUREURS PROFESSIONNELS

Comment
faites-vous pour enchaîner autant de sorties ? Combien d'heures
dormez-vous ? Que faites-vous quand vous êtes fatigué et qu'une longue
journée vous attend ? Et ainsi de suite, pendant une heure. De jeunes
cyclistes membres du Jufré Cycling Team de Terrassa, de l’Escola de
Cyclisme Isaac Galvez de Vilanova i la Geltru, de l’Escola Ciclista
Mataro, du Clementina Cycling Team et du Club BTT Open Natura de
Barcelone, se sont rendus mercredi après-midi au Palau Sant Jordi pour
poser leurs questions à trois cyclistes professionnels qui sont, pour
eux, de véritables idoles et modèles.
Carlos Verona qui dispute son
sixième Tour de France avec Lidl-Trek, Joel Nicolau qui fera ses débuts
sur le Tour ce week-end avec Caja Rural-Seguros RGA, et Marcel Camprubi
récemment sacré champion d'Espagne avec Pinarello-Q36.5, se sont tous
trois montrés accessibles et chaleureux lors de cette conférence
spéciale pour enfants, répondant aux questions des plus jeunes avec le
sourire et une grande sagesse. Le message principal transmis peut se
résumer par cette citation de Camprubi : « Pour être cycliste, il faut
se dépasser chaque jour et, surtout, prendre du plaisir en chemin. »
EN HOMMAGE À UN ROMANTIQUE DU PAPIER

Dans
l'une de ses célèbres maximes, le journaliste basque Jesus Gomez Pena
affirmait que le cyclisme est un sport « de papier », car ses grandes
courses sont nées des pages des journaux qui les ont organisées, et
perdurent grâce aux articles qui font connaître les exploits des
vaillants coureurs au public. L'une de ces plumes, Sergi Lopez-Egea,
recevra ce samedi le « Plateau de la Reconnaissance » dans sa ville
natale, Barcelone : une distinction remise à ceux qui, comme ce
correspondant chevronné d'El Periódico, ont couvert 35 éditions du Tour
de France. « Comme les cyclistes, cette course a constitué mon objectif
chaque année », confesse-t-il, « et elle m'a permis de prendre
conscience de l'importance du Tour, au-delà du vélo ».
Tout au long
de sa carrière, Lopez-Egea s'est imposé comme une voix indépendante,
romantique et enthousiaste qui, au-delà des pages de son journal, a
également brillé dans le monde littéraire avec des ouvrages tels que
Locos por el Tour (« Fous du Tour », écrit en collaboration avec ses
amis Gabriel Pernau et Carlos Arribas), Cumbres de leyenda (« Des
sommets de légende », également avec Arribas), Cuentos del Tour («
Récits du Tour ») et Cuentos del pelotón (« Récits du peloton »).
Pour
le journaliste catalan, ce Grand Départ sera « le plus grand événement
sportif que Barcelone ait connu depuis les Jeux olympiques de 1992 ». Il
argumente : « Nous avons accueilli de grands matchs de football et des
compétitions automobiles, mais aucun n'est gratuit ni ne passe devant
notre boulangerie, l'école de nos enfants ou le coin de rue où nous
sommes tombés amoureux. Seuls le marathon olympique et le Tour de France
peuvent en faire autant. » Après cette visite en Catalogne, le peloton
se mettra en route pour la France… et avec lui Lopez-Egea, prêt à
couvrir sa 36e Grande Boucle.