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> Sport > CYCLISME
03/12/2025 03:17
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NÉCROLOGIE : Vincent Brucci, la dernière course du champion

L’ancien coureur de la Pédale Sportive Creusotine s’est éteint à 69 ans. Il était, incontestablement, l’un des grands noms du cyclisme amateur des années 70 et 80, avec plus de 180 victoires au compteur.
C’est le regretté Jean Commeau, correspondant de presse, et fervent dirigeant du club creusotin, qui avait, le premier, lancé les appellations pour différencier les trois Vincent Brucci, trois cousins qui portaient le prénom du grand-père, Vincenzo : « Vincent 1, Vincent 2 et Vincent 3 ».
Je suis certain que mon cousin, Vincent « 2 », sera amplement d’accord avec moi : le numéro 1 l’était aussi par son palmarès, sa carrière, sa classe.
Il était notre exemple, notre idole, « LE » Vincent Brucci. D’ailleurs dans la famille, pour éviter toute équivoque quand nous étions réunis, il était simplement Vincent « LE » grand, « O ruoss » en Napolitain.
Vincent Brucci était fait pour le cyclisme, il était naturellement beau sur ses vélos, une classe naturelle. Mais outre l’aspect esthétique, ce qui le caractérisait le plus était sa combativité, sa résistance hors norme à la douleur, aux souffrances. Les médecins, dans les dernières heures de sa vie, ne comprenaient pas : « On ne sait pas, son cœur ne devrait pas résister à ça, il ne devrait pas… » Inutile de chercher dans les bouquins : la rage, la hargne, la résistance aux pires atrocités, Vincent les a toujours affrontées victorieusement, jusqu’à son lit de mort.
Coureur connu, reconnu, aux plus de 180 victoires sur route, aux deux championnats de Bourgogne, au Tour du Loiret… Il avait tout du cycliste romantique, ce cyclisme pré-Indurain, ce cyclisme qui levait des foules et qui venaient par milliers à la Ronde du Bois de Chanliau, aux arrivées du Circuit de Saône-et-Loire, à la place Schneider ou à Saint-Sernin-du-Bois. Ce n’est peut-être qu’un hasard, mais depuis ces époques, celles des Hinault, des Fignon, plus aucun Français n’a remporté le Tour. Un hasard.
Né à Acerra, périphérie nord de Naples, début septembre 1956, il rejoindra, 16 mois plus tard, dans les bras de sa mère et avec sa sœur, Madelaine (disparue elle aussi il y a peu), son père qui venait d’être embauché à la SFAC, l’usine Schneider. Crise de logement oblige, ses huit premières années françaises furent monticinoises, à la ferme de la Châtelaine. Le destin, sûrement, donnera le premier « vrai » logement ouvrier rue de Chanzy, au Creusot : les courses du Bois de Chanliau y faisaient ses rondes. C’était, chaque année, le grand moment qu’il attendait. La passion était née. Elle ne le quittera jamais.
Première licence à la « PSC » de Michel Bertin en 1970, en minime 1. La légende voudrait raconter d’une première course épique, triomphale…Mais non. La course était loin, dans le froid, à Fourchambault. Son oncle, qui l’emmena, n’arrivait pas à prononcer le nom de la ville : « Pourchabeau ». Premier tour, chute. Son oncle paniqua : « Il est où ? », il apparut, ensanglanté. Il aurait dû abandonner, loin du peloton, il continua, le caractère était déjà là. Le tour suivant, son oncle, papa, ne le verra pas. Il avait une nouvelle fois chuté, mais cette fois-ci, il s’était cassé la clavicule. Saison plus que compromise, il fera sa seconde année minime sans gagner une course.
Il a commencé à « ramener ses premières gerbes » en cadet, notamment le plus gros titre possible dans ces catégories, le championnat de Bourgogne, devant les favoris qui venaient de découvrir un sacré sprinter, sa spécialité. Il confirma sa progression en junior et, comme tout bon sprinter, participera aux meilleurs meetings sur piste. Il se qualifia ainsi pour les finales de Dijon, qui regroupaient, ce jour-là, les meilleurs juniors de France, mais il chuta lourdement. C’est sur cette chute qu’il perdra son odorat.
Qu’importe, il était reconnu et c’est tout naturellement qu’il sera sélectionné, à 19 ans, pour son premier Circuit de Saône-et-Loire, l’une des plus belles courses de France pour amateurs. 1976, en pleine guerre froide, le circuit avait accepté la venue des équipes nationales russes et polonaises, soi-disant amatrices, mais tout aussi préparées que les équipes professionnelles occidentales. Les coureurs de l’Est trustèrent les premières places, Vincent Brucci sera le premier Français.
Cette épreuve était gravée dans son esprit, une seule obsession, gagner. La première victoire arriva à Gueugnon, en 1979, mais c’est en 1980 qu’il inscrit son nom dans la légende en remportant deux étapes, à Azé et à Louhans. L’année suivante, il remportera la dernière étape, à Saint-Sernin, il finira deuxième au général, battu de 17 secondes par un certain Vincent Lavenu.
En 1983, il gagnera celle qu’il voulait à tout prix, l’arrivée à la Place Schneider, il dira plus tard : « J’ai descendu la Marolle tellement vite que je dépassais les motos ». Le général sera gagné par un futur grand nom du cyclisme professionnel, Jean-François Bernard. C’était l’époque où il rivalisait avec les Pascal Simon, Mariano Martinez, Joel Millard, Franck Pineau…
Un second Championnat de Bourgogne, le plus prestigieux, le senior, le sprinter remportera 185 courses au total. Il fait partie des fameuses années de la PSC, celles avec ses potes, Yves Beau, Robert Jankowski, Gérard Dessertenne (disparu lui aussi) même s’il était licencié à Blanzy et tant d’autres. Vincent Brucci, malgré les sollicitations - notamment l’AC Boulogne-Billancourt, l’équipe qui forma, entre autres, Jacques Anquetil, Jean Stablinski, Stefen Roche ainsi que Bernard Thévenet – restera Creusotin toute sa carrière.
La fin de parcours d’un « guerrier » de la route n’est jamais facile à vivre, néanmoins, il reprit le vélo quand son fils, Franck, commença à courir, la passion ne se perd jamais. La carrière de Franck sera, elle aussi, marquée par de belles et prestigieuses victoires, dont une sur le Circuit de Saône-et-Loire.  
Carrière sportive comblée, la professionnelle, dans les assurances, a, elle aussi, été réussie. Muté en prenant à chaque fois des galons, il finira son parcours à Chalon-sur-Saône. Sa vie personnelle sera tout aussi consistante. Il aura eu cinq enfants et quatre petits-enfants.
A Danielle, sa femme, à Franck, son fils, à Lysadie, Stéphanie, Coralie, Emmanuelle, ses filles, Creusot-Infos vous présente ses sincères condoléances.
Franck a tenu à me transmettre cette dernière pensée : « Papa s’est battu jusqu’au bout, dis-leur Vincent, papa s’est battu. C’est un champion. »
Vincent Brucci (3)
 

 

Pour ne pas se tromper : De gauche à droite :
Vincent Brucci 3 - Vincent Brucci 1 - Vincent Brucci 2




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