
L'Elan Chalon affrontera Malaga, ce mardi soir à 20h30, pour une qualification en quarts de finale de la BCL. Un match avant lequel l'ancien arbitre international, Anibal Castano, a plongé dans ses souvenirs... Car il se souvient très bien d'un match dans la ville espagnole...
C'est forcément du Castano dans le texte : «Si ma mémoire est bonne, je me rappelle avoir intégré l’Euroleague en 2005 et dès cet instant je me disais que ce serait sympa d’avoir un jour une désignation pour aller diriger une rencontre en Espagne, dans mon pays de naissance. Mon vœu se réalisa au début de l’année suivante et je me pinçais pour y croire quand le boss de l’ULEB me destina à Malaga sur mes terres Andalouses... Whaaa !
Je crois que ça devait être contre les grecs du Panathinaikos , une belle affiche et une belle expérience à vivre non dénuée d’une certaine émotion surtout qu’à l’époque je me rappelle que Stéphane RISACHER (passé par l’Elan Chalon quelques années plus tard) et avec qui ça matchait relationnellement « Super » quand je l’arbitrais sur la ProA, avait quitté l’hexagone depuis cinq ou six ans et jouait alors à Malaga (Ville d’ailleurs où est né son fils Zaccharie et, aujourd’hui pensionnaire en NBA).
J’avais profité de ce qui était pour moi un évènement de revenir sur la terre de mes origines et j’avais contacté deux pots d’enfance vivant à Seville pour venir me voir arbitrer à la mythique salle « Martin Carpena », véritable cathédrale du basket ibérique… et cela même en sachant qu’il serait très compliqué de se voir à l’issue du match tant le protocole Euroleague était encadré.
Rentré dans les codes de préparation du match, je me rappelle avoir quitté le vestiaire un peu plus de vingt minutes avant le début de la rencontre et en me dirigeant à la table de marque je constatais qu’il devait y avoir à peine une centaine de spectateurs dans l’immensité des tribunes, ça faisait un vide incroyable et je ne comprenais pas …
Bref, concentré alors sur la préparation administrative avec les Officiels de la table, le commissaire et les équipements technique, j’avais les yeux rivés sur la feuille de marque… il devait s’être passé à peine cinq minutes quand je me retourne enfin pour regagner le terrain en face de la table et là… Je n’en crois pas mes yeux… comme par magie, je me rappelle parfaitement, je vois une salle remplie de douze milles fans qui avaient pris place en une fraction de seconde… je me disais intérieurement et presque naïvement : « Mais comment c’est possible, par où sont-ils rentrés !» … Whaaa, c’était bluffant, ça m’avait laissé un effet visuel d’une autre planète… hors norme !
Ma deuxième émotion allait arriver quelques secondes plus tard quand en contrôlant les deux équipes s’échauffer, je reste sans voix quand je vois Stéphane Risacher qui me reconnait … quitter sa ronde d’échauffement avec ses partenaires et venir se diriger vers moi avec un sourire de vingt centimètres les bras ouverts... Là, je me dis dans ma tête : « C’est incroyable, le mec ça fait cinq ans que je ne l’ai pas croisé sur un terrain, il aurait pu m’oublier cent fois, faire le fier, m’ignorer de tant de « referee » croisés » …
Eh ben non, le mec il se rappelle, reconnait un frenchie de quand il jouait en France avec qui il s’entendait bien … Respect Stéphane ! … Et là, une « French » connexion s’établit naturellement, je me sens heureux et plein de gratitude pour mon « Risach »… il me claque une incroyable étreinte en me lançant un « Oh, Anibal, mais qu’est-ce que tu fais là, ça me fait tellement plaisir … ».
Entre gêné, surpris et surtout scotché par son immense générosité, sa gentillesse et sa fidélité de véritable belle personne du Basket Français, j’essaie de reprendre mes esprits pour être prêt à l’entre deux et pas être impacté par ce coup de chaud émotionnel, surtout que la team locale est alors coachée par une figure incontournable du basket Espagnol en la personne de Sergio Scariollo au CV de géant tant avec les clubs qu’il a dirigés qu’avec l’équipe d’Espagne des Navarro, Gasol, Lull, Fernandez, Rubio et j’en passe … et que ça va pas rigoler!
Le match se passe et il se passe plutôt bien sans réelles difficultés à gérer… A chaque « Canasta » de la team Malaguène, c’est une éruption de décibels qui déchire cette enceinte incroyable et qui donne des ailes et un sentiment incroyable de joie d’en être un modeste acteur. Je n’ai pas de souvenir particulier de la rencontre, si ce n’est d’une faute offensive « couillue » que je siffle à un joueur local et qui me vaudra une qualification pour faire un tour en play-off en signe de reconnaissance pour le bon job effectué ce jour avec mes deux collègues… Au final c’est Malaga qui l’emporte ! … Le moment fut un vrai moment comme seul le sport de Haut Niveau peut en offrir … privilégié que j’étais d’être là !
Bref, après le vestiaire, la douche et le debrief technique de la rencontre … je me dis dans ma tête en quittant les lieux : « Pfff, C’est quand même dommage de ne pas pouvoir passer un moment avec mes deux copains Sévillan … et là, en trois secondes … « Allez, tant pis je vais trouver la solution… ». Je laisse passer quelques instants et en montant dans le taxi qui nous ramène à l’hôtel, je m’improvise une tête de mec qui ne se sent pas bien et je dis à mes deux collègues Arbitres dans notre anglais de circonstance :
« Hey Guys, I'm really not feeling well, I think I'm going back and stay to the hotel, I'm sorry ! » … Et là, mes acolytes de terrain me comprennent, acceptent, s’en vont à leur diner post match tous les deux ensembles sans moi… et moi dans ma chambre d’hôtel, je me dépêche d’appeler mes deux amis Sévillan déjà en route pour rentrer à la maison… Fous de joie, ils font demi-tour, passent me prendre à l’hôtel et nous partons tous les trois manger de la « Pata Negra », du fromage « Manchego » et du poisson frit jusqu’au bout d’une nuit bien arrosée de « Tonic » et autre breuvages Andalous … Ils me déposent directement à six heures du matin à l’aéroport et je rentre sur Paris sans avoir dormi de la nuit mais après avoir passé une soirée et une nuit dans un firmament d’étoiles !
Pour la petite histoire, l’année suivante 2007 sera ce qui restera ma plus belle émotion de carrière d’arbitre avec ma nomination à l’Euro 2007 en Espagne … que je racontai dans une chronique quotidienne sur CREUSOT INFOS avec une première phase à Séville (où je suis né) à quelques deux cent kilomètres de Malaga et où personne ne savait que j’avais un double passeport Français et Espagnol et ou j’arbitrais quand même un « Espagne – Croatie » chargé d’une immense émotion et un ¼ de finale (à Madrid) « Espagne – Allemagne » … Imaginez, s’il y avait eu un problème sur une de ces rencontres et qu’ils découvrent qu’un Espagnol avait arbitré l’équipe d’Espagne ! …
Allez, l’Elan … On répète Badalone … Mais là, c’est Malaga !»
Anibal CASTANO
Mais oui l'Elan Chalon doit rêver
Dans le sport il y a cette part d'incertitude qui veut que tout soit possible. Alors oui, à l'heure d'affronter Malaga, ce mardi à 20h30 au Colisée, les joueurs de l'Elan Chalon doivent se convaincre que tout est possible. Ils doivent rêver et conserver la tête froide. Défaits à Nancy, ils ont obligatoirement soif de revanche, envie de démontrer à leurs supporters que la défaite en Lorraine était un regrettable accident.
A l'heure du coup d'envoi, soyons franc, ils n'auront pas la faveur des pronostics. Mais comme ils montré et démontré face à Badalone, dans un match, parfois, tout est possible. Y compris le plus improbable.
A.B.