
Christian Bajard n'exclut pas des actions dans les prochaines semaines, notamment auprès de la grande distribution, dans les préfectures... Les agriculteurs se sont rassemblés vendredi après-midi à Saint-Firmin chez Quentin Jury : «Nous sommes trois sur l’exploitation, c’est compliqué !»

Après plusieurs mois de mobilisation sur le thème « on marche sur la tête », des actions de blocus aussi nombreuses « qu'extraordinaires » par leur ampleur et le nombre de personnes mobilisées, les agriculteurs espèrent toujours que la situation du monde agricole finira par être entendue par l'Europe, le Président de la République, le gouvernement et le Parlement.
«Pour autant nous constatons que, passé le temps des annonces, celui de la déclinaison est plus laborieux, malgré une indéniable envie de rechercher des solutions, de changer de méthodes… On ne remet pas en cause les orientations de plusieurs décennies, l’empilement de décisions et d’arbitrages… facilement.
Il faudra du temps, mais les agriculteurs n’en ont plus beaucoup !..» assurent les représentants de la FDSEA de Saône-et-Loire.
C’est la raison pour laquelle ils ont organisé une conférence de presse ce vendredi en fin de matinée au GAEC de l’église « Éric et Quentin Jury et Jean-Yves Pillot » à Saint-Firmin, manière de dresser un point de situation, de rappeler les demandes initiales et surtout d’évoquer le contenu des négociations en cours, les points de blocage et l’inquiétude qui remonte légitimement dans les campagnes.
C’est Christian Bajard président de la FDSEA 71 qui le premier a pris la parole ce vendredi. Il a abordé le revenu des agriculteurs, les normes « qui vont trop vite pour les agriculteurs » et surtout la reconnaissance du métier d’agriculteur vis à vis de certaines personnes qui selon lui critiquent un peu facilement les façons de travailler sans connaître le métier d’agriculteur.
« On a du mal aujourd’hui à traduire les mesures qui ont été annoncées par le premier ministre dans nos cours de ferme, l’impatience qui monte, on voit bien qu’il y a des choses qui sont passées avec l’Europe, comme le vote jeudi autour des accords internationaux le CETA. C’est un sujet qui peut protéger les agriculteurs français, car on leur impose des choses qui ne sont pas imposées dans d’autres pays…»
Changer le logiciel de l'administration française
Autre revendication attendue : le changement de logiciel de l’administration française. Christian Bajard rappela que le Préfet de Saône-et-Loire avait mobilisé ses services pour réfléchir et ouvrir un certain nombre de chantiers :
« Les décisions départementales vont être limitées par rapport à ce qu’on peut attendre du national, mais vraiment on a besoin de choses comme ça…». Sur le revenu, deux attentes assez fortes : comment on traduit plus de prix pour rémunérer les producteurs en s’appuyant sur la loi Egalim et comment activer cet outil et obtenir un vrai accompagnement sur les trésoreries.
Autre souhait : accompagner d’avantage les agriculteurs sur la simplification des dossiers. Les mesures contradictoires, l’entretien des haies : « Il faut nous donner la possibilité d’entretenir normalement une haie, il faut que les normes prennent en compte tout cela…».
Pour Christian Bajard, il y a toujours une très forte attente, la colère est toujours bien là : «On demande au ministre de l’agriculture d’amener des mesures concrètes assez vite pour que cela se traduise au jour le jour, notamment en terme d’accompagnement pour les agriculteurs en difficulté.…
À partir du moment où l’on considère que l’agriculture française est plutôt vertueuse, il faut prendre en compte que travailler avec la nature, c’est pas la même chose que travailler avec des boulons. Il faut donner du temps aux agriculteurs, les agriculteurs sont acteurs et victimes des changements climatiques., il faut leur donner le temps de s’adapter. Sur nos pratiques, il y a peut-être des choses que l’on peut améliorer, mais il faut nous donner aussi des solutions…»
Trouver un équilibre économique
On reste des petites entreprises économiques, il faut trouver un équilibre économique pour rémunérer les agriculteurs…».
Sur le dossier retraite, Gaby Larue est intervenu sur le régime agricole, rappelant que depuis de nombreuses années, les agriculteurs demandaient à être alignés sur le régime général, c’est-à-dire sur les 25 meilleures années. Il a signalé le vote d’une loi adoptée en décembre 2022 et reportée en janvier 2026 et seulement pour les nouveaux retraités…
Pour sa part Julien Quelin président des Jeunes Agriculteurs a rappelé l’importante mobilisation des jeunes il y a plusieurs mois. Sur la loi Égalim : «Ça n’a pas changé grand chose, il faut la renforcer et accentuer les contrôles, il faut forcer les choses si on veut avoir un prix qui rémunère les agriculteurs, c’est urgent…Sur le CETA, on demande simplement la réciprocité sur les normes».
Autre doléance : « Il faut faire confiance aux agriculteurs, il y a plein d’équation pas facile à résoudre pour nous, le monde change, quelle est notre place, comment on produit. Nous avons une élite qui comprend de moins en moins le monde agricole». Quant au loup : « Il faut faire des comptages ! le loup c’est compliqué de vivre avec si on fait de l’élevage…». Des actions prochaines ? : « On n’exclut rien en avril, on attend des réponses. Il y aura peut-être des actions vers la grande distribution, dans les préfectures…» annonce Christian Bajard.…Quant aux panneaux retournés : «On marche toujours sur la tête !».
Quentin Jury : « Nous sommes trois sur l’exploitation, c’est compliqué !

Sur l’accord de libre échange (CETA) Quentin Jury a été très clair : « Nous, ça va pas nous apporter grand chose, mais c’est déjà un acquis de dire qu’on importe des produits avec les mêmes standards de production. Ils le font dans l’automobile avec des normes françaises imposées sur les véhicules, et nous en France on a un standard plutôt élevé de production qui est très bien, mais on impose de la merde…ce n’est pas normal…» a expliqué le jeune éleveur de Saint-Firmin qui ne regrette pas aujourd’hui d’être agriculteur : « On est toute la journée dehors, c’est génial. Avant il y avait beaucoup plus d’avantage, aujourd’hui on équilibre avec autant d’inconvénients et on se pose des questions forcément. Sur les revenus, aux vus des heures que nous faisons, ça ne suit pas. Nous sommes trois sur l’exploitation, c’est compliqué et on compte les sous, il faut faire attention aux dépenses, mais bon le but du jeu c’est d’être content quand tu te lèves le matin et ça, ça ne changera pas, le problème c’est les contextes avec les attaques environnementales…»
J-C.P



