
Le Président du conseil départemental ne veut pas attendre la prochaine canicule et la prochaine sécheresse pour agir... Avec assurément la location d'un hélicoptère bombardier d'eau en 2027, mais aussi plus de moyens pour les pompiers, un recensement de tous les points d'eau, et une augmentation des capacités de stockage avec de nouvelles retenues.


creusot-infos l'avait annoncé ; André Accary avait convoqué une session extraordinaire du conseil départemental, ce vendredi matin, pour faire le bilan d'un été qui a été meurtrier pour la végétation et les forêts avec un bilan encore jamais vu Saône-et-Loire.
André Accary ne souhaite pas attendre la prochaine canicule, la prochaine sécheresse, les prochains embrasements pour agir avec un réchauffement climatique qui à défaut de convaincre encore tout le monde de ses réalités, n'est plus contestable.
Car le bilan de l'été dressé par le Président du conseil départemental est sans appel. Les chiffres sont là. Implacables. La Saône-et-Loire s'est embrasée comme jamais et fort heureusement, comme jamais encore la mobilisation des sapeurs pompiers, professionnels et volontaires, a été exemplaire et d'une efficacité tout aussi exceptionnelle.
Face à tous les constats dressés, le Président Accary souhaite que la Saône-et-Loire se projette immédiatement dans l'avenir. Pour adapter et dimensionner ses moyens. C'est le sens de son discours tenu devant l'ensemble des conseillers départementaux.
Alain BOLLERY
Le discours d'André Accary
«Ces 3 derniers mois, la Saône-et-Loire, comme la France, a vécu un été hors normes.
- Hors normes par l’intensité de la canicule,
- Hors normes par des températures très élevées dans des territoires qui n’y étaient pas habitués.
- Hors normes par la répétition de ces épisodes qui n’en finissent pas.
Ces épisodes climatiques interrogent, inquiètent, et ont déjà eu cet été des impacts significatifs pour plusieurs de nos concitoyens.
Je pense aux agriculteurs, à nos ainés, à nos jeunes, aux personnes malades, à la situation dans nos hôpitaux, à la faune, à la flore.
Des modèles devront être réinterrogés, des réflexions devront être engagées, et des décisions devront être prises à l’avenir dans ces différents domaines par les pouvoirs publics.
Le Département y prendra sa part, dans le cadre de nos compétences, et dans la continuité, parfois, de ce que nous faisons déjà ces dernières années.
Ce ne sera pas le sujet d’aujourd’hui, mais ils ne seront pas éludés et nous l’aborderons lors de nos prochaines séances.
Aujourd’hui, et comme je vous l’avais précisé, j’ai donc souhaité une assemblée départementale extraordinaire consacrée exclusivement à la sécurité civile, au regard de cet été hors normes que nous avons vécu en termes d’incendies.
• 120 000 hectares brulés en France métropolitaine, dont 42000 hectares et 240 maisons détruites nécessitant l’évacuation de 220000 personnes rien qu’en Gironde
• 10% du massif forestier de Fontainebleau ravagés par les flammes
• 4 sapeurs-pompiers morts en service commandé et plusieurs centaines, blessés ou intoxiqués.
Une triste réalité qui dépasse largement les données de 2022.
Un été 2022 déjà dévastateur avec un peu plus de 70 000 hectares détruits par les flammes, après lequel nous avions réalisé un rapport et des préconisations avec mon collègue Jean-Luc Gleyze… J’y reviendrai.
Depuis 50 ans, 40% des plus grands feux en surface sinistrée ont eu lieu après 2020.
Donc soyons clairs, le réchauffement climatique est bel et bien en marche, et peut-être même qu’il sera plus rapide qu’envisagé par les différents rapports du GIEC.
Toujours est-il que ce que nous constatons, aujourd’hui plus qu’hier, c’est que :
- Le risque touche désormais toute la France, et qu’il n’est plus réservé au sud et au sud-ouest de la France, comme en 2022 et 2025
- Les incendies sont plus virulents et plus rapides, et qu’ils nécessitent à présent des évacuations massives de populations
- La destruction de biens immobiliers se compte par centaines
- L’augmentation des journées à risque entraine une sur-sollicitation des pompiers aux quatre coins de la France, à la fois pour les incendies et pour les secours à personne
- La multiplication des renforts dépasse largement le cadre de ce qui est anticipé
- La coopération zonale, nationale et européenne devient une composante majeure de la réponse française
- Et le bilan humain est tragique pour les sapeurs-pompiers avec 4 décès en service commandé, mais bien heureusement, aucune victime n’est à déplorer parmi les civils et la population.
En Saône-et-Loire, nous n’avons pas non plus été épargnés par cette saison estivale 2026, qui peut, là aussi, être qualifiée d’historique.
En effet, à la lecture du schéma départemental d’analyse et de couverture des risques (SDACR 2026-2030), nous relevons seulement 5 sinistres d’ampleur en 20 ans, entre 2005 et 2025.
Uniquement pour cet été, ce sont, à ce jour, 7 sinistres d’ampleur qui ont mobilisé de nombreux moyens terrestres et aériens.
7 en trois mois. 5 en 20 ans…
- Mercurey le 25 juin avec 20 hectares de forêt
- Les Guerreaux le 27 juin avec 46 hectares de champs et de nombreuses défenses de points sensibles
- Collonges en Charollais le 7 juillet avec 12 hectares de champs
- Saisy le 9 juillet avec 35 hectares de champs
- Ozolles le 13 juillet avec 67 hectares de brûlés et, pour la première fois en Saône-et-Loire, 2 maisons et 1 tracteur détruits, avec également de nombreuses défenses de points sensibles
- La Grande Verrière le 15 juillet avec 26 hectares de forêt et la défense du château des Airelles
- Le Creusot le 7 août avec 9 hectares de forêt et de zone Natura 2000 en zone périurbaine, 11 défenses de points sensibles et évacuation de 60 enfants d’un centre de loisirs directement menacé.
À date depuis le 1er janvier, le SDIS 71 est intervenu à 768 reprises pour des départs de feux d’espaces naturels dont 645 depuis le 21 juin, pour une surface parcourue de 641 hectares. Ce qui fait entre 10 et 11 interventions par jour pour des départs de feux dans cette seule période de 76 jours…
C’est sans compter les renforts zonaux et nationaux assurés par le SDIS71, à 13 reprises (dans la Nièvre, en Côte d’Or, Var, Gard, Gironde, Cher et Seine-et-Marne), en engageant à chaque fois un groupe d’intervention feux de forêts (GIFF) et même un groupe incendie urbain, des échelons de commandement et de soutien sanitaire et même pour la première fois un camion-citerne feux de forêts super (CCFS).
Le point positif, comme je le disais juste avant, c’est que malgré les dégâts incontestables, seulement deux maisons ont brûlé en Saône-et-Loire.
A cet effet, je veux remercier les pompiers, gendarmes, policiers, la sécurité civile, les agriculteurs, forestiers, chasseurs, entreprises, commerçants, artisans, ONF, élus et autres citoyens bénévoles qui ont travaillé main dans la main et apporté un soutien indéniable pour limiter les dégâts.
A cela s’ajoute aussi l’organisation du SDIS 71, dont le pré-positionnement stratégique qui a permis des interventions immédiates :
⎫ 101 détachements préventifs ont été déployés lors des journées classées à risque sévère ou très sévère.
⎫ + de 1000 sapeurs-pompiers engagés
Cela parce que depuis 2020, le SDIS71 se prépare :
- avec un investissement conséquent dans du matériel dédié : 6 CCFS qui permettent de projeter des moyens lourds de lutte contre les feux d’espaces naturels ou encore 16 véhicules légers tout terrain
- avec des formations incendie : près de 800 pompiers formés au feu à ce jour - c’est plus d’un tiers de l’effectif
- et avec d’autres dispositifs qu’évoquera le directeur Frédéric Pignaud
Des moyens que nous devrons renforcer encore en travaillant des pistes nouvelles, en Saône-et-Loire comme au niveau de toute la France.
A l’échelle nationale, dans un courrier que j’ai adressé le 17 août dernier au Premier ministre, je suis revenu sur les propositions que nous ne cessons de faire à DF depuis 2022 en lui précisant qu’un énième rapport, comme cela est encore envisagé, était inutile.
Les constats, nous les avons faits.
Tout a été dit.
Tout est sur la table.
Maintenant, il faut agir !
Je vais revenir sur ce rapport rédigé en 2022 avec mon collègue président Jean-Luc Gleyze, à la suite des mégafeux en Gironde ; rapport que nous avons remis au Gouvernement lors du Congrès annuel des sapeurs-pompiers de France.
Nous avions fait des constats détaillés :
- un retour sur les opérations
- les moyens aériens
- les moyens des SDIS
- la préparation de crise et la prévention
- les pactes capacitaires
Les différentes auditions conduites indiquaient déjà que bien que mis à mal, le système avait tenu :
- « Avec les sapeurs-pompiers, les personnels de la Sécurité Civile et l’ensemble des services de l’Etat, les bénévoles d’associations constituées ou de circonstance, les agriculteurs, les chasseurs et les sylviculteurs, les élus se sont unis pour protéger les populations et les forêts dans une solidarité qu’il convient de souligner, à l’heure où l’on s’inquiète à juste titre des fractures de la société. »
Nous constations déjà le sous-dimensionnement des moyens :
- « Un effort collectif conséquent est indispensable pour hisser la réponse de la Nation à la hauteur des risques futurs. Si les forces morales et la préparation des crises restent essentielles, et doivent être développées, elles ne résisteront pas aux profondes tensions que des moyens chroniquement insuffisants ou mal gérés ne manqueraient pas de générer. »
Les investissements nécessaires peuvent être amortis, en partie, par le toilettage des missions indues :
- « Enfin notre préparation collective aux crises, rendue impérative par le changement climatique et ses impacts, dépend d’une meilleure planification, d’une forte transversalité et d’une acculturation profonde à la réduction des risques. L’éducation de la jeunesse et la conciliation d’impératifs économiques et écologiques trop souvent divergents en sont deux aspects fondamentaux. »
De cela ont découlé le rapport Falco en 2023, les pactes capacitaires puis les conclusions du Beauvau de la Sécurité civile.
Le verdict était identique à nos conclusions : le modèle français de sécurité civile n’est plus dimensionné pour répondre aux risques d’aujourd’hui et de demain.
Départements de France a alerté et fait des propositions, notamment pour le financement des SDIS.
Car vous n’êtes pas sans savoir que ce sont les collectivités qui financent plus de 90% des 5,6 milliards d’euros de budget des SDIS, et que les Départements assument à eux seul 60% de cet effort.
Vous savez aussi ces mêmes collectivités vivent des restrictions budgétaires assez inédites.
Pour être prêts, que ce soit pour les incendies l’été, mais aussi pour les épisodes climatiques de plus en plus violents – les tempêtes, les orages, les vents, les inondations, coulées de boue etc. – il va falloir que le gouvernement accepte de renouveler les pistes de financement car les seules collectivités, à commencer par les Départements, ne pourront pas assumer les investissements nécessaires.
Nous sommes essorés financièrement.
Et les sapeurs-pompiers sont à bout de souffle. Je vous rappelle cette grève inédite lancée par les 9 syndicats en plein mois d’août…
Des engagements concrets sont attendus, notamment avec la loi de modernisation de la sécurité civile, qui nous sera présentée vendredi prochain.
Nous attendons beaucoup.
Il faut une refonte complète de la Sécurité civile.
Je vous ai parlé de la mobilisation incroyable autour des soldats du feu. Nous devons nous en inspirer pour nous organiser collectivement mais de manière organisée.
C’était d’ailleurs une des préconisations de mon deuxième rapport de 2024 autour du rôle et de la place des Départements dans la gestion de crise.
Toujours avec le même constat : que la Sécurité civile française relève d’un dispositif solide qui ne peut se passer de la participation active du citoyen. Et deux évidences :
- La nécessité d’améliorer la conscience du risque
- Et penser le citoyen comme un acteur de la sécurité civile.
Tout en prenant en compte l’échelon départemental, en faire un pivot de la gestion de crise.
Ce sont des réflexions essentielles, qui vont dans le sens de ce que nous avons déjà impulsé en Saône-et-Loire depuis 2020.
Mais nous devons aller plus loin, et concrétiser des idées.
J’ai voulu cette assemblée départementale extraordinaire pour vous présenter des réflexions engagées avec le contrôleur général, et pour nous permettre des discussions, d’échanger sur des idées. Nous pouvons mettre en place des actions à notre niveau pour aller dans le sens de ce pacte d’acteurs que j’ai soumis au Premier Ministre dans ma lettre ouverte, pour faire une grande cause nationale mobilisant l’ensemble des acteurs de la prévention et du secours autour d’un pacte d’adaptation des territoires aux risques climatiques.
En Saône-et-Loire, avec le SDIS71, nous avons déjà ciblé ce que nous pourrions mettre très vite en place, sans que ce soit trop onéreux, autour de 10 projets et pistes de travail.
- 10 pistes de travail et projets qui feront l’objet de concertation avec différents acteurs ces prochaines semaines
- 10 pistes et projets qui feront l’objet de décision et de rapports lors des assemblées départementales du 25 septembre et des mois de novembre, décembre et mars, en vue de l’été 2027.
En premier lieu, nous devons encourager le développement des bonnes volontés :
- D’abord les identifier
- Répertorier les moyens de chacun
- Identifier notamment les agriculteurs qui pourraient participer au secours, comme cela a été encore le cas cette année, mais de manière organisée pour éviter des prises de risque et mises en danger involontaires. Ce recensement permettrait au SDIS de les former a minima pour qu’ils soient protégés et pour des interventions coordonnées et de pouvoir compter sur leurs connaissances des accès lors des feux de végétation. L’aide des agriculteurs avec leurs tonnes à eau s’est avérée précieuse, elle a permis de limiter la propagation des incendies à certaines habitations par exemple ; c’est une force que nous devons préserver.
- Même chose avec l’ONF, les propriétaires forestiers et les chasseurs qui connaissent parfaitement les forêts et espaces boisés. Leur concours pour envisager des coupes pare-feu, ce qu’on appelle des coupes rases, et répertorier des accès est indispensable.
Mais il est nécessaire pour cela de bien ordonner les forces en présence. C’est la raison pour laquelle le SDIS, en partenariat avec le Département, organisera à l’automne des conférences territoriales avec tous ces acteurs, agriculteurs, chasseurs, pécheurs, élus, pour les sensibiliser et les former sur les théories d’intervention et les besoins du SDIS en cas de feux de forêt.
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Ensuite, au regard de l’efficacité et de l’utilité des équipes mobiles prépositionnées cet été, nous lancerons, en lien avec le SDIS, des comités départementaux feux de forêt avec des brigades spéciales, comme dans le Sud de la France, composées d’anciens pompiers ou de bénévoles pour assurer des patrouilles en période de risque. Les équipes seront dotées de véhicules plus légers, avec citerne à eau, afin de pouvoir intervenir et alerter en cas de feux naissants. Ou venir en soutien des populations en cas de catastrophe.
3e proposition, toujours pour intervenir au plus vite sur les feux naissants, nous allons devoir nous interroger sur la question des moyens aériens. Nous l’avons vu lors du feu dans le Morvan, lorsque la forêt est inaccessible, seuls les moyens aériens peuvent intervenir. Et force est de constater qu’aujourd’hui, ils sont trop éloignés de notre territoire.
Nous allons donc lancer une réflexion, sur la nécessité de louer pour l’été prochain un hélicoptère bombardier d’eau. J’attends des propositions sur le modèle, le lieu d’implantation et la durée de la location. Nous ne pouvons plus nous passer de cet outil, notre département devra prendre ses responsabilités.
L’autre sujet important, c’est l’IA. Nous allons travailler sur des outils d’intelligence artificielle pour la détection des feux, comme le font certains départements.
La 4e proposition concernera évidemment la question des moyens. Le directeur du SDIS y reviendra mais il nous faudra compléter nos équipements en moyens matériels, avec des CCFF supplémentaires et des personnels humains formés à la lutte incendies. Et pourquoi pas imaginer un renfort dans les principales casernes de Saône-et-Loire en ayant recours à des sapeurs-pompiers saisonniers sous contrat.
Enfin, toujours sur la question de la sécurité civile, dans le cadre de l’acculturation de nos jeunes et des populations, nous pourrions aussi former les collégiens à la prévention des risques…
Il nous faut sensibiliser nos concitoyens aux bons comportements.
En fermant peut-être certains sites (forêts) au public lors des journées classées en risque sévère/ très sévère.
Une campagne de communication et de prévention sera lancée dès le printemps 2027.
La prévention et l’acculturation sont un travail de longue haleine mais nous pouvons y parvenir. Avec des messages forts et avec des temps dédiés auprès des plus jeunes.
Rappelez-vous la mise en place du tri sélectif, ce sont nos enfants qui nous ont appris. Je pourrais citer la ceinture de sécurité et tout un tas d’habitudes que nous avions par le passé et qui sont aujourd’hui révolues parce que nos enfants ont été biberonnés aux messages de prévention.
Ne pas jeter un mégot par la fenêtre, ne pas faire un barbecue au milieu d’un jardin en pleine sécheresse, signaler un départ de feu sont autant de gestes qui doivent devenir des évidences.
Les pompiers l’ont constaté cet été, le contrôleur général le dira plus tard : la moindre étincelle, la moindre braise peut être à l’origine d’un feu d’ampleur.
C’est pourquoi nous prendrons des dispositifs spécifiques vis-à-vis des collégiens, et que j’envisage un partenariat à ce sujet avec Euroforest en juin 2027, pour sensibiliser nos jeunes.
Ces enjeux de sécurité civile, c’est aussi la question de l’eau, une ressource vitale, pour les pompiers, les agriculteurs et plus largement pour la population, en termes d’eau potable essentiellement.
Le sujet a largement été étudié par nos services, sous la houlette de Catherine Amiot, Michel Duvernois et Jean-Claude Bécousse et se traduit dans le plan eau 2026 -2030, avec des propositions concrètes de gestion et de valorisation des capacités de stockage en eau multiusages.
Des points qui feront l’objet d’interventions plus détaillées tout à l’heure.
L’eau est un défi majeur. Aujourd’hui, ce ne sont pas les quantités d’eau qui sont remises en question, parce qu’il pleut autant qu’avant, mais ce sont les moments et la façon dont il pleut.
Cet hiver par exemple, il y a eu une pluviométrie extrêmement importante. C’était parfait. Les nappes superficielles se sont reconstituées.
En revanche, vous l’avez constaté comme moi, cet été, ces mêmes nappes se sont vidées à une vitesse incroyable, comme les cours d’eau. Le constat est sans appel. Et nous devons réagir, vite, en ayant conscience que nous utilisons 2 % de l’eau qui tombe…
Comme je vous le disais, la réflexion a abouti sur ce plan eau, avec une stratégie départementale qui s’articule autour de :
- La sécurisation de l'accès à l'eau potable pour tous et la prévention des conflits d’usage
- La garantie d’une agriculture locale productive et adaptée
- La restauration des capacités naturelles de stockage de l'eau
- Le partage équitable entre la ressource entre les usages
- La réduction de la dépendance alimentaire extérieure
- Et bien évidemment, de garantir la sécurité civile face aux incendies.
La Saône-et-Loire reste un département relativement bien pourvu en eau. En revanche, la disponibilité de cette ressource devient plus aléatoire dans le temps et dans l'espace.
Le plan eau reflète en effet des tendances amorcées :
⎫ La multiplication des épisodes de sécheresse
⎫ L’allongement de la saison des feux de végétation
⎫ La baisse des débits estivaux
⎫ L’augmentation des restrictions d'usage
⎫ La pression croissante sur les milieux aquatiques
⎫ La vulnérabilité accrue de l'élevage et de certaines productions agricoles.
Le défi n'est donc plus seulement de disposer d'eau, mais de pouvoir la mobiliser au moment où les besoins sont les plus importants.
Pour cela, une fois encore, nous avons besoin d’avoir une connaissance fine des capacités de stockage existantes.
En interne, à partir des données cadastrales, nous avons identifié 5000 points d’eau (étangs agricoles, plans d'eau communaux, réserves de défense incendie, retenues pour l’alimentation en eau potable ou la production d’eau brute industrielle, canaux et ouvrages hydrauliques, anciennes gravières en eau, mares et autres petites étendues d'eau).
⎫ Individuellement, ces plans d’eau répondent à des usages spécifiques.
⎫ Collectivement, ils représentent un patrimoine stratégique qui n'a jamais fait l'objet d'une vision globale.
Le premier enjeu, et ce sera donc la 6e proposition de cette matinée, c’est la question de la donnée. Il faudrait transformer cet ensemble de plans d’eau dispersés en un système unique. En nous appuyant sur le recensement fait en parallèle par des syndicats d’eaux pour d’autres points privés et publics. Mais aussi en bénéficiant de l’expertise des agriculteurs et des chasseurs.
Il s’agirait d’élaborer une sorte d’atlas départemental des stockages d’eau, recensant les ouvrages publics et privés, leurs caractéristiques, leurs usages, leur état et leur potentiel de mobilisation.
⎫ Cet outil constituerait une base commune pour les collectivités, le SDIS, les syndicats de bassin versant, les services de l'État, les chambres consulaires et les partenaires techniques.
Nous devons par ailleurs connaître précisément les besoins.
⎫ Savoir de quels besoins on parle : défense incendie, abreuvement, irrigation des cultures fourragères, des prairies, de certaines grandes cultures, maraichage…
⎫ connaitre les volumes et la temporalité de ces besoins
⎫ les localiser
Et ce, afin d’optimiser les ressources existantes et leur usage.
L’optimalisation passe par le nettoyage, la remise en état, l’agrandissement ou les aménagements d’accessibilité de certains points d’eau et par des conventions de partage entre propriétaires et collectivités.
Tous les ouvrages n’ont pas vocation à être multifonctionnels mais ils peuvent être complémentaires, d’où l’intérêt d’un grand atlas.
Complémentaires avec les divers stockages. Je veux parler :
- des récupérateurs d’eau de pluie installés dans les collèges et centres de secours que nous construisons
- ceux que nous finançons en partie depuis 2020 pour les particuliers et le monde agricole : 460 installations… 5,5 millions d’euros d’aides départementales. L’enveloppe allouée étant quasi consommée, il nous faudra envisager de prolonger ce dispositif si nous voulons encourager d’autres investissements similaires. Et pourquoi pas, prévoir le partage de ce stockage d’eau : 70 – 80 % pour l’activité agricole et 20 – 30% de réserve pour les incendies.
Nous participons aussi au financement des syndicats d’eau, pour tout ce qui est rénovation des canalisations : jusqu’à 50% de perte sur certains réseaux.
Aujourd’hui, nous devons aller plus loin, et c’est une nouvelle proposition, par exemple avec les appels à projets, en travaillant l’aide départementale aux communes et intercommunalités pour des dispositifs de récupération et stockage des eaux ou la création, la remise en état ou l’agrandissement de plans d’eau.
Et puis, nous pouvons imaginer, lorsque cela s’impose, la création de nouvelles retenues d’eau dans les secteurs à risque lorsque la capacité de stockage existante reste insuffisante.
Je sais que le sujet des réserves suscite toujours de vives réactions. Pour autant, il va bien falloir nous pencher dessus très sérieusement si nous ne voulons pas que nos forêts, nos champs, et toute la faune qu’ils hébergent soient réduits à peau de chagrin chaque été.
Nous ne ferons pas cela sans prendre en compte le fait qu’elles soient compatibles avec les équilibres hydrologiques et dimensionnées en fonction des besoins réels. Il faudra de la concertation et que ces créations soient accompagnées d'engagements forts, notamment pour la préservation des milieux.
J’ai rencontré Luc Jeanin, le président de la Chambre d’Agriculture qui travaille déjà sur une carte départementale des secteurs favorables à de telles implantations.
Dès cet automne, deux visites de retenues sont même programmées afin de mieux en appréhender le fonctionnement et les usages de ces stockages d’eau : remplissage par le ruissellement d’une zone d’activité pour l’une et sortie de drainage pour l’autre.
Je le redis, toutes ces réflexions doivent être collectives et ne pas venir uniquement du Département. Nous devons nourrir les débats avec un maximum d’idées et d’expériences menées ici ou là. Et surtout, nous devons travailler avec toutes les parties prenantes : les communes, intercos, les syndicats de eaux, les chambres consulaires, le SDIS, les services compétents de l’Etat etc.
Nous pourrions commencer avec des secteurs pilotes (zones d’élevage, zones forestières etc.). Mais il faudra commencer, quoi qu’il arrive.
D’autant plus avec cet été qui se prolonge, presque sans pluie. S’il ne pleut pas en conséquence ce mois-ci, il n’y aura aucune repousse d’herbe, ce qui signifie que les agriculteurs vont continuer de devoir nourrir leurs animaux toute l’année… Le fourrage va se vendre à prix d’or. Il y aura de la casse chez les exploitants agricoles.
Donc oui, le manque d’eau a et aura des conséquences en cascade, il nous faut l’avoir en tête.
Enfin, cette assemblée départementale, c’est aussi celle de la solidarité. Nous avons tous été émus et attristés par les images que nous avons pu voir sur les feux de forêt, et en particulier en Gironde, avec plusieurs villages dévastés. Là aussi, le Département de Saône-et-Loire sera présent et, en solidarité, à l’assemblée départementale du mois de septembre, comme d’autres collectivités, nous apporterons une aide financière.
Voilà, mesdames, messieurs, ce que je souhaitais vous dire en préambule.
Ce sont pour toutes ces raisons que j’ai voulu cette assemblée départementale extraordinaire aujourd’hui.
Pour une prise de conscience collective.
Pour les enjeux à venir.
Parce que dès lors que l’été sera terminé, tout le monde oubliera.
Et pour le peu qu’on ne connaisse pas de sécheresse l’an prochain, il ne se passera encore rien.
Pourtant, nous devrons nous préparer parce que j’en suis convaincu, nous sommes seulement au début de l’histoire.
Nous devons nous organiser et préparer l’avenir.
Pour nous, pour nos enfants et les prochaines générations.
Pour ce patrimoine qui nous est cher.
Pour la Saône-et-Loire.
Je vais laisser la parole au contrôleur général Frédéric Pignaud pour le volet incendie, puis Catherine et Michel prendront le relais pour l’eau.
Je vous remercie de votre attention»