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14/05/2020 18:45
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SAONE-ET-LOIRE : Après deux mois de confinement, Michel Suchaut a dressé un portrait pas spécialement rose de l’économie qui a besoin d’oxygène

Le Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie est intervenu devant les conseillers départementaux, ce jeudi 14 Mai. «Il y aura des dépôts de bilan» a-t-il assuré le ton grave.
Les élus ont adopté le plan de soutien à l’économie à l’unanimité. 12 millions d’euros sont mobilisés. André Accary a affirmé qu’il veillera à ce que l’argent aille bien aux Saône-et-Loiriens, «sinon ça va barder»
Cela n’étonnera personne, l’économie saône-et-loirienne ne sort pas indemne de la crise sanitaire qui a conduit à huit semaines de confinement. A l’invitation d’André Accary, le Président de la CCI de Saône-et-Loire, Michel Suchaut s’est exprimé devant les conseillers départementaux, ce 14 Mai au matin, au Spot à Mâcon. Il a fait le point sur une situation difficile pour nombre d’entreprises et il a souligné combien la mobilisation est nécessaire.
Un discours de vérité pour que chacun comprenne combien il est déjà important de faciliter la reprise, tout en soulignant avec force qu’il y a une différence entre reprise et relance.
Après l’exposé du Président de la CCI, Sébastien Martin et Evelyne Couillerot ont souligné l’importance de l’engagement du département Et André Accary l’a réaffirmé : «On ne laissera pas mourir nos entreprises sans réaction». C’est ce qu’il avait dit dans une interview à creusot-infos. Et c’était le sens du plan de soutien à l’économie qui a été ensuite adopté à l’unanimité.
A.B.

L’intervention de Michel Suchaut :

«Au terme de 8 semaines de confinement, nous pouvons distinguer 3 différentes phases traversées par les 21 500 entreprises inscrites à la CCI de Saône-et-Loire, au cours de la période inédite qui vient de s’achever.
-    Du 17 au 31 mars, les entreprises ont mis en œuvre les différentes démarches pour bénéficier des dispositifs d’aides (suspension des loyers et des mensualités de prêts, report de cotisations sociales, aides BPI, demandes d’activité partielle, ...).
Selon les secteurs d’activité, une proportion non négligeable de PME a fermé ses portes 1 à 2 semaines, jusqu’à début avril (BTP, métallurgie…). Dans certaines filières, la fermeture des plus grandes entités a induit celle de leurs sous-traitants, même si ceux-ci ont tenté de maintenir une activité dans les premiers jours.
Pendant cette période, une démarche sortante individuelle a également été menée par la CCI 71. Ainsi, et en complément de la diffusion des très nombreux messages d’informations sur les différents dispositifs de soutien mis en place, 1 200 entreprises ont bénéficié d’un accompagnement personnalisé par téléphone ou par courriel. Ceci a également été l’occasion de prendre des nouvelles d’entreprises qui ne s’étaient pas manifestées et proposer des solutions aux problèmes éventuellement rencontrés.
-    Au mois d’avril a débuté une deuxième phase pendant laquelle les entreprises industrielles ont manifesté une préoccupation majeure pour la recherche d’équipements de protection sanitaire : masques alternatifs, gel hydroalcoolique, visières, gants...
Tout en poursuivant les accompagnements assurés pendant la première phase, la CCI 71 a identifié les ressources locales susceptibles de produire et de fournir masques et surblouses, GHA, visières, et en les mettant en relation avec d’autres entreprises en recherche de ces équipements sanitaires.
La bourse d’entraide mise en place par les CCI Bourgogne Franche-Comté sur le site internet www.entraideentreprises-covid19.fr et celui des commerces ouverts www.entraideentreprises-covid19.fr dont plus de 500 inscrits en Saône-et-Loire, ont été des outils utiles pour les mises en relation entre entreprises.
-    Depuis le début du mois de mai, les entreprises de Saône & Loire, et en particulier industrielles, sont entrées dans une 3ème phase dans le cadre de la crise sanitaire. Entièrement tournées vers la reprise d’activité, elles adaptent leurs modes opératoires et les protocoles d’hygiène et sécurité dans leurs ateliers.
Dans ce contexte, des besoins d’accompagnement pour cette nécessaire adaptation sont apparus, les entreprises ayant conscience qu’il va falloir continuer à vivre et travailler avec le COVID19 en respectant les consignes et protocoles de sécurité sanitaire.
Enfin, bien qu’assez peu évoquée depuis le début du confinement par les grandes entreprises, la question financière apparait désormais comme pour les TPE, une préoccupation majeure actuellement. Elle a un temps été masquée par les démarches administratives urgentes et la gestion des mesures sanitaires.
Après 2 mois d’activité en mode dégradé, les dirigeants ont un recul suffisant pour en mesurer l’impact. Chute brutale du chiffre d’affaires, diminution de la trésorerie, une reprise qui s’annonce progressive, avec des commandes en baisse : les chefs d’entreprises manifestent aujourd’hui des inquiétudes qui n’avaient pas forcément été évoquées au début de la crise sanitaire, et qui s’avèrent préoccupantes.
En outre, des pratiques de certains partenaires commerciaux (notamment les grands donneurs d’ordres), si elles restaient rares ou marginales voici quelques semaines, sont plus souvent évoquées actuellement par les entreprises interrogées. Les défauts ou reports de paiement imposés par certains clients à leurs fournisseurs, en devenant plus fréquents, risquent d’aggraver des situations financières déjà fragilisées. Cependant, si les dirigeants de PME évoquent ces pratiques, ils mentionnent très rarement leurs auteurs.
Les entreprises aujourd’hui s’interrogent sur cette reprise à venir avec comme principale interrogation : Comment cette activité va reprendre, quand, et surtout les commandes seront-elles au rendez-vous ?
-    Dans ce contexte, le Conseil Départemental a le mérite qu’il convient de souligner ici, de mettre en place un plan de soutien, dans le cadre de la crise ?COVID-19 avec une dotation de 25 M€ pour les entreprises et le secteur du tourisme au sens large.
•    Un volet de 12 M€  pour les entreprises qui bénéficient du fonds de solidarité national le Département abonde par une aide additionnelle de 1 500€.  Il concernerait environ 8 000 entreprises bénéficiaires du fonds de solidarité, Enfin, un volet supplémentaire de 5 M€ pour les acteurs majeurs et emblématiques du tourisme (parcs de loisirs, ludiques, thermalisme, tourisme fluvial,….), ciblant entre 30 et 50 entreprises, avec des aides adaptées aux besoins de chaque structure et représentant donc un registre d’intervention assez large

Dans ce cadre, la CCI 71 est disposée à mobiliser toutes ses compétences pour accompagner le CD 71 dans la mise en œuvre de ce plan. Elle propose ainsi de mettre à la disposition du CD 71, ses expertises pour sensibiliser les entreprises du département de Saône-et-Loire à ce plan de soutien et pour accompagner les dirigeants sur les thématiques suivantes :
•    Reconstitution de leur trésorerie
•    Reconstitution des carnets de commande
•    Gestion des procédures liées spécifiques aux ressources humaines
•    Prise en charge et soutien psychologique des dirigeants d’entreprise
•    Problèmes financiers et étalement des paiements (trésorerie, prêts…)
•    Problèmes liés au report des charges sociales et des impôts
•    Recherche de nouveaux fournisseurs et prestataires
•    Répondre aux besoins de formation et de recrutement

•    Pour les secteurs du commerce, hôtellerie, restauration, détection des besoins des entreprises et préconisations par une analyse à 360° sur les fonctions de gestion financière et RH, gestion commerciale et relation client, organisation point de vente, communication et marketing et positionnement numérique
•    Prévention des risques  et conditions de travail
Le Département promeut et développe un réseau d’ambassadeurs de Route 71 auprès des acteurs départementaux qui constituent l’offre et la vitrine auprès de leurs clientèles : restaurateurs, hébergeurs, hôteliers, cafetiers. 8 millions d’euros y sont consacrés.
Ce dispositif s’intègre dans la dynamique du plan de soutien exceptionnel covid-19 mis en place.
-    Un second partenariat concerne le fonds de soutien des chefs d’entreprises en détresse morale suite aux difficultés économiques qu’ils rencontreront, malheureusement pour certains, au moment du dépôt de bilan.
Le Conseil Départemental a prévu d’abonder le dispositif déjà existant de la CCI à hauteur de 100 000 euros, permettant ainsi d’accompagner une centaine de dirigeants dans le besoin.
La CCI associera à cette occasion, l’APESA (aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aigüe) afin de détecter les signes de fragilités du chef d’entreprise au moment de la liquidation judiciaire.
CCI France, avec la secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances, Agnès PANNIER-RUNACHER, et les CMA, viennent d’ailleurs de signer une convention avec l’APESA.
Dès le début du confinement, la CCI 71 a collaboré avec la Préfecture de Saône-et-Loire et le Conseil Départemental par diverses actions :
-     En relayant, via ses réseaux sociaux, leurs communications, dont la dernière en date est la lettre ouverte adressée le 8 mai dernier par Monsieur le Préfet aux acteurs économiques, dans le cadre de la reprise progressive de l’activité économique
-    En informant les entreprises sur les réseaux d’approvisionnement en masques et en EPI
-    En diffusant deux communiqués de Presse co-signés, le 20 et le 27 mars pour encourager les entreprises à la poursuite de l’économie, à la continuité des missions essentielles et la promotion des filières locales et des circuits courts et le 8 mai, pour appeler à la reprise de l’activité économique
    
Toujours dans le cadre de l’accompagnement au redémarrage de l’activité, la CCI 71 met en ligne un site internet régional « reprise d’activité » relancermonentreprise.fr, développé par les CCI de Bourgogne Franche-Comté.

Après avoir mis en place des cellules de crise, assuré l’accompagnement et l’appui aux entreprises en difficulté face à la crise sanitaire, la CCI 71 se projette aujourd’hui dans l’après confinement et dans le nécessaire accompagnement à la reprise d’activité des entreprises en mobilisant le site « relancermonentreprise.fr ».
Ce site internet régional permettra de répondre aux grandes problématiques auxquelles les entreprises sont confrontées. Il sera partagé par l’ensemble des CCI de Bourgogne Franche-Comté, sera mis en ligne prochainement.


Sébastien Martin

«Des territoires comme les nôtres qui sont capables de produire et, j’en suis convaincu, vont avoir des opportunités. Tout doit être fait pour soutenir nos entreprises pendant cette période.
Par cette aide exceptionnelle, on donne de la consistance au mot solidarité. C’est à l’honneur de notre département de tendre la main à tout le monde, mais aussi de se serrer les coudes tous ensembles».


Evelyne Couillerot

«La crise sanitaire que nous vivons avec le COVID 19 induit une crise sociale et économique. Cette crise, nous en percevons aujourd’hui à peine toutes les conséquences. A situation exceptionnelle / moyens exceptionnels.
Les propos tenus par Le Président de la CCI, Michel Suchaut vont dans ce sens.  Des pans entiers de notre économie souffrent de l’arrêt brutal de leur activité et d’une reprise qui sera sans doute longue à se rétablir pleinement. Les contraintes avec la mise en place des gestes barrières sont également fortes et augmentent les dépenses obligatoires.
Les mesures de chômage partiel, (par exemple : 18 millions en Saône et Loire pour le seul secteur de l’hôtellerie-restauration), les aides apportées par l’Etat, la Région, les intercommunalités ne suffisent pas à compenser les pertes sèches d’activités, l’absence de commande, les modifications des modes de consommation, la reprise qui se fait attendre pour le secteur du tourisme et de l’hôtellerie / restauration …
« Il faut faire quelque chose ». C’est avec ces mots que vous nous avez part, il y a maintenant plus d’un mois, de votre souhait d’engager le département dans un plan de soutien aux acteurs économiques et touristiques de Saône et Loire. Cela suppose que la collectivité aille au-delà de ses compétences, et intervienne directement sous différentes formes et notamment par le versement de subventions, pour soutenir des situations difficiles.
Comme vous, M. le Président, nous sommes interpellés au quotidien par ces commerçants, ces artisans, ces acteurs du tourisme qui ont peur (le mot n’est pas trop fort) aujourd’hui et pour demain :  c’est ici le café qui risque de ne pas réouvrir, ce commerçant qui peine à payer ses charges locatives, là un artisan du bâtiment qui n’a plus de trésorerie, ailleurs un jeune repreneur d’entreprises dont le projet est en danger …  
C’est pourquoi nous étions également persuadés que notre collectivité devait agir et le faire rapidement. En soutenant le secteur économique aujourd’hui, ce sont également, du moins nous l’espérons, des personnes que ne seront pas éligibles demain aux budgets solidarités (RSA, FSL…). Ce sont des drames personnels et sociaux que nous essayons d’éviter. C’est également la mise à mal de l’aménagement de notre territoire, notamment rural que nous essayons d’éviter. Mieux vaut essayer de prévenir aujourd’hui plutôt que guérir demain.
 Nous souhaitons et sommes donc favorables à ce que le Département s’engage dans cette voie.
Les négociations que vous avez engagées avec M. le Préfet de Saône et Loire pour permettre à notre collectivité de lancer ce plan de soutien économique ont finalement abouti.  Le département abondera de 12 M€ le volet 1 du fonds de solidarité nationale, (fond également complété par la Région).  Même si ce n’était pas votre 1er choix en termes de méthode, ce qui nous importe, c’est qu’une solution soit trouvée et que chaque euro engagé par notre collectivité revienne effectivement aux acteurs de notre territoire. Et au final, le dispositif que nous adoptons sera plus simple pour les acteurs économiques puisque le versement sera automatique pour les bénéficiaires du volet 1.  La traçabilité des aides versées est également prévue dans la convention avec l’Etat même si la vigilance devra rester de mise.
Une remarque à ce stade : dans nos échanges, mais également en commissions, nous vous avons aussi fait part de nos questionnements sur le calendrier. Il est important que le versement aux acteurs s’effectuent le plus rapidement possible : tant pour ceux qui ont déjà bénéficié de la part Etat/Région du volet 1 que pour les dossiers à venir. Avec la convention que nous adoptons aujourd’hui, le département n’a pas vraiment la main.  Nous comptons, M. le Président, sur votre vigilance envers l’Etat pour que tout le processus décisionnel se cale au plus vite, dans le souci d’une action la plus rapide et la plus efficace possible auprès des bénéficiaires.
Je reviens sur un point évoqué par ma collègue Violaine Gillet en commission : merci de nous confirmer que les entreprises qui ont déjà bénéficié de l’aide de l’Etat / Région, auront un rattrapage avec le versement de l’aide départementale au même titre que les dossiers à venir.
Dans la continuité du travail engagé avec vous, je tiens à dire que nous portons beaucoup d’intérêt à la mission de prévention et de suivi  des difficultés des entreprises conduites par la cellule de la CCI (chambre de commerce de l’industrie) que nous voterons le soutien apporté par notre département avec le rapport 303.
25 millions pour l’économie et le tourisme, c’est aussi un choix budgétaire important. En adoptant ces rapports, nous avons bien conscience des enjeux qui en découlent, d’où la demande de transparence et de suivi que nous vous avons formulé dans la mise en œuvre de ce plan. Vous l’avez accepté et je vous en remercie. Cela nous permettra de disposer des éléments d’appréciation et d’évaluation nécessaires.
Vous l’avez compris, nous voterons favorablement ces 4 rapports (301 302 303 304) avec la volonté que ce plan de soutien engagé puisse répondre très vite à l’urgence économique et au désarroi social des acteurs économiques et du tourisme de notre département»


André Accary

«Je vous remercie du soutien. La philosophie du soutien du département, c’est de garder la tête hors de l’eau. Je remercie le Préfet de Saône-et-Loire et le Préfet de Région. On a fait un travail de haute couture, pour essayer de trouver une solution. On a décidé de se coller au fond national de solidarité.
Nous avons deux grandes forces : On est tous unis et notre plan colle aux besoins. La troisième force c’est un travail entre le Préfet et le département. Mais la grande administration a peut être une autre vision. L’affaire est en bonne voie, mais elle n’est pas gagnée. On nous permet de donner 12 millions, mais on n’est pas certain que les bénéficiaires soient en Saône-et-Loire. J’ai bien mis la condition que cet argent là ne se substitue pas à ce que donne l’Etat. Avec les Préfets on est tous d’accord. On ne versera pas tant que je n’aurai pas une garantie. La bataille est gagnée à 98% mais ily a 2% qui me gênent.
Bruno Le Maire m’a encouragé, mais si je vois qu’il y a des réticences, ça va barder. C’est pour cela que c’est une vraie force que l’on soit tous ensemble».


Josiane Corneloup

«C’est un plan d’aide ambitieux, d’accompagner les plus fragiles, en sortant de ses compétences et c’est tout à l’honneur de notre collectivité. Ce plan fait écho à une réalité de terrain. Nous militons pour que tout le monde puisse être aidé. Que l’aide départementale vienne en complément a tout son sens».

Alain BOLLERY