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> Saone et Loire > SAONE ET LOIRE
10/04/2020 03:17
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Michel Suchaut : «Il va falloir aider au redémarrage, notamment des commerces»

Le Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Saône-et-Loire fait le point sur la situation économique dans une longue interview. Il dit ses inquiétudes, explique le sens de la mission de la CCI. Il dénonce aussi, très durement, la position de la CGT, estimant qu’elle n’est pas syndicale, mais politique.
Après plus de 3 semaines de crise sanitaire et de confinement, quelle est la situation économique en Saône-et-Loire ?
MICHEL SUCHAUT : «Notre économie est au ralenti, puisque les mesures de confinement ont frappé les commerces et les activités dites non essentielles. Il y a eu une interprétation des textes. Dès le mardi 17 mars, nous avons eu une réunion avec le Préfet de Saône-et-Loire avec l’objectif de ne pas paralyser l’économie».

Et alors qu’elle est la situation aujourd’hui ?
«Une enquête a été faite sur toute la Bourgogne – Franche-Comté à l’initiative des CCI. Pour le département de Saône-et-Loire, au 5 avril, 585 commerçants ou entrepreneurs avaient répondu. 257 ont demandé une assistance de la CCI, 462 ont indiqué avoir un impact très négatif sur leur chiffre d’affaires et 104 un impact négatif. A l’échelle de la grande région, cela donné 78,4% pour un impact très négatif avec 2210 réponses, et 14% un impact négatif. 92% des sondés sont donc affectés ou très affectés. Il faut bien voir que des activités comme l’hôtellerie, les cafés, et les commerces non alimentaires sont fermés. Au départ ils pensaient que c’était pour deux semaines. A l’arrivée ça va être beaucoup plus».

Quelle est la principale conséquence ressentie ?
«Le principal problème c’est l’approvisionnement. Il n’y a plus d’offre, alors qu’il y a de la demande. Le plus souvent, je le répète, à cause des soucis d’approvisionnement.
Dans ce contexte, les grandes entreprises ont mis en place des mesures pour pouvoir fonctionner. Pour le BTP c’est plus compliqué…»

C’est-à-dire ?
«Au début de la crise, la Fédération du Bâtiment et des Travaux Publics a dit qu’il fallait arrêter tous les chantiers. Maintenant, elle dit il faut du travail, car elle a peur des lendemains, peur de ne plus avoir de chantiers. Pour ce secteur, le patronat n’est pas tout blanc. Moi je dis qu’il faut une démarche responsable. Car la machine économique sera dure à relancer».

Quel est votre rôle ?
«On avait des craintes justifiées et nous devons nous assurer que les mesures de protections ont été prises». C’est pour cela que la CCI est en appui pour aider les entreprises dans leurs démarches. On s’appuie en ce sens sur une lettre de mission que nous a confié Bruno Le Maire, le ministre de l’économie. Il faut faire preuve de pragmatisme et d’efficacité.
Le réseau des CCI doit être l’interlocuteur de premier rang pour guider les entreprises. Il faut éviter les doublons et éviter que tout le monde veuille tout faire et mettre son grain de sel. Ce qui compte c’est d’être efficace pour nos entreprises et nos commerces».

Comme cela peut se traduire ?
«Pour les commerces, les entreprises de services comme les coiffeurs, les magasins de vêtements, il va falloir aider au redémarrage. Il faut aussi travailler avec le Tribunal de commerce, pour les entreprises en difficultés. Il faut voir comment on peut repartir, relancer la machine. Il faudra gérer les aides, en réglant le quotidien mais aussi la suite. Il faut à mon sens sélectionner les entreprises. Certaines sont allées trop loin…»

C’est-à-dire ?
«Je déplore que des entreprises ont arrêté de travailler et donc de produire, alors que ce n’était pas obligatoire pour elles. En ce sens, les aides doivent être pertinentes. Il faut qu’elles viennent en solidarité et pas pour des effets d’aubaine.
Pa rapport à cette crise, n’oublions pas qu’il y a déjà eu Ebola et que des maladies infectieuses ont déjà existé. Aujourd’hui les plateaux de télévision sont peuplées par des médecins, des scientifiques qui ont des analyses contradictoires. Il faut faire attention à ne pas voir le scientifique prendre la place du politique, alors même que les médecins ne sont pas d’accord entre eux. Attention aussi au retour de l’ignominie, qui vise à pointer du doigt et à stigmatiser».

La CGT a appelé les Maires à intervenir auprès du Préfet pour que cesse les activités des entreprises qui ne sont pas essentielles. Qu’en pensez-vous ?
«Quand je vois cela, je me dis que l’on peut regretter l’époque de Georges Séguy et d’Henri Krasucki. La CGT parle pour les grandes entreprises. Elle appelle à arrêter toute activité. Mais comme l’a fort justement dit le Président de la République, nous sommes en période de guerre. Des mesures ont été prises. Nous avons plusieurs fronts. Le premier ce sont les soignants et ceux qui s’occupent des personnes âgées. Le deuxième ce sont ceux qui forment la logistique. Le troisième ce sont ceux qui maintiennent l’outil de production et le font vivre. Le quatrième ce sont ceux qui restent chez eux… Avec la position de la CGT, on a l’impression d’une cinquième colonne, de ceux qui collaborent avec l’ennemi. Je regrette vivement cet appel aux Maires. Que la CGT soit représentée dans les entreprises, pour le dialogue social, c’est normal. Mais sa position de demander de cesser les activités, n’est pas une position syndicale, mais une position politique. Et elle n’est pas sans son rôle. La CGT n’est pas qualifiée pour avoir ce type de demande. Certains redémarrages sont compliqués, mais il faut que ça redémarre partout, avec toutes les mesures de sécurité. C’est irresponsable de vouloir arrêter l’activité».

Quelle est votre grande crainte ?
«Que l’on aille vers la mort des centre-ville, dans de nombreuses villes. C’est pour cela qu’il faut traiter au cas par cas. J’ai vraiment peur que des commerces aient des difficultés à rouvrir.  Face à la grande distribution, face à Amazon qui a baissé car ils n’arrivent plus à tenir les délais de livraison annoncés, l’intérêt de nos commerces c’est la digitalisation, c’est la présence sur le numérique. Il faut être capable de répondre aux nouvelles demandes. A la CCI de Saône-et-Loire tout le monde est mobilisé. Nous avons envoyé 30.000 mails en trois jours. Nous avons effectué 59 posts sur les réseaux sociaux… Pour le CFA de l’automobile, on reçoit toujours les candidatures. Pour CCI formation, les cours sont donnés à distance. Avec le département on travaille pour orienter les aides, pour qu’elles soient accordées de façon cohérente».

Où en êtes vous pour l’avenir de l’ancien siège de la CCI à Mâcon ?
«Un compromis a été signé pour créer une résidence de personnes âgées, avec quatre-vingts logements en centre-ville de Mâcon. C’est un très beau projet. Nous garderons cependant quelques centaines de mètre carré. Pour Chalon, je rappelle que l’ancien siège a été vendu à la Chambre des Métiers».
Recueilli par Alain BOLLERY

Ce que la CCI a fait ou lancé :

• Gestion de la communication de crise sur la fermeture de la CCI et la mise en place de la cellule d’appui à distance : affichage, messages téléphoniques, adaptation des sites internet, création d’une rubrique « contacts crise » sur notre site, communiqués de presse…
• Création et animation d’une rubrique « mesures d’accompagnements » sur le site internet CCI 71 : http://www.saone-et-loire.cci.fr/actualite/crise-...
• Lancement d’une bourse régionale de l’entraide entre entreprises : https://www.entraideentreprises-covid19.fr/bourse...
• Lancement d’un annuaire géolocalisé des commerçants ouverts pendant la crise : https://tools.ccimp.com/covid-carte-commerces-21-... . Cet annuaire permet de géolocaliser les commerces de proximité ouverts pendant cette crise et leur offre la possibilité de valoriser les services spécifiques qu’ils mettent en place : livraison, vente à emporter, drive, horaires adaptés  etc.

L'appui de la CCI aux entreprises :

La Direction du Développement des Entreprises a mis en place un ensemble d’actions en direction des entreprises industrielles :
• Maintien de l’activité essentielle des formalités du commerce international avec 684 formalités réalisées sur le mois de mars, dont 283 depuis le début de la période de confinement, avec des permanences assurées sur site à l’Hôtel Consulaire de Chalon, dans le strict respect des différentes consignes gouvernementales sur les gestes barrières.
• Le service Industrie a travaillé en amont du confinement, en envoyant dès le 16/03/2020, via ses réseaux, ses clubs, ses contacts, des messages emails aux chefs d’entreprise sur les aides et mesures gouvernementales,  et s’est largement fait le relai des mesures mises en place : + de 1 500 emails d’information ont été envoyés dans ce cadre.
Le Service Industrie a répondu à + de 100 demandes des entreprises, en contacts entrants.
Plus de 150 contacts auprès des entreprises ont été effectués en appels sortants.
• Des actions spécifiques à souligner :    
Veille spécifique pour les entreprises du transport/logistique (filière stratégique) : Association ATBB et entreprises non adhérentes. Cette veille donne une certaine visibilité sur le niveau d’activité de différents secteurs industriels (BTP, mécanique/métallurgie, bois…) dans la mesure où ils sont tous tributaires des entreprises de transport. Celles-ci sont donc en première ligne pour connaître les entreprises fermées ou celles qui fonctionnent encore.
• Détection et mise en relation d’entreprises (via réseau CCI-NET) susceptibles de participer directement à « l’effort de guerre » sanitaire :
. Gel Hydro alcoolique  (FDI, JARDINS DE France, CELLANDE, etc…),
. Fabrication ou sourcing de masques, de blouses, découpe de tissus (DBD TEXTILES, ATELIER MCD, SO BAG, NEYRAT AUTUN, TEX BOURGOGNE, HONEYWELL SAFETY PRODUCTS etc…),
. Fourniture d’équipement médical et formation visio de personnel médical et paramédical (BELOVIA),
. Tentes d’urgence à montage rapide (RCY),
. Système de désinfection par nébulisation (en cours d’homologation) (SYSTEL ELECTRONIQUE).
• Continuité des dossiers en cours sur l’Aide d’Investissement des Entreprises sur du matériel, les machines et équipement ou les bâtiments.