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> Saone et Loire > SAONE ET LOIRE
27/02/2024 03:17
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Le Creusot - Montceau : Il faut décloisonner les formations et les entreprises, pour accompagner le renouveau industriel du territoire

La réunion-débat proposée par Territoire de Progrès était tout pile dans l'actualité du territoire. Des idées fortes ont émergé.
Une soixantaine de participants ont suivi avec intérêt la réunion-débat organisée par Territoire de Progrès jeudi 22 février salle Guynemer au Creusot.
Danièle Picard, déléguée départementale de Territoires de Progrès a remercié la ville du Creusot pour la mise à disposition de la salle Guynemer, les grands témoins qui animaient cette soirée ainsi que le groupe de travail qui a permis son organisation.
Devant une soixantaine de participants dont de nombreux représentants du monde de l'industrie Danièle Picard a fait le constat que si la politique de réindustrialisation de la France est le fil rouge de la politique gouvernementale depuis 2017, au Creusot celle-ci a débuté dès la fin des années 80 suite à la liquidation de Creusot- Loire. La transition écologique, le logement, la formation et la santé au travail étant les enjeux principaux de cette réindustrialisation de notre territoire. L’industrie est l’ADN du Creusot et c’est pourquoi ce thème de réflexion a été choisi par Territoires de Progrès pour sa première fabrique citoyenne.

Hugues Juricic responsable du groupe de travail qui a préparé cette soirée a présenté le principe de cette « fabrique citoyenne » et a lancé le débat en donnant la parole aux intervenants successifs.
Michel Suchaut, président honoraire de la CCI Côte d’Or-Saône-et-Loire, est revenu sur le processus de désindustrialisation qu’a connu la France depuis le milieu des années 70 en avançant plusieurs explications : un taux de recherche et développent trop faible par rapport aux autres pays, des politiques industrielles nationales basées sur des filières ne s’appuyant pas suffisamment sur les territoires, une fiscalité de production pénalisante pour les entreprises industrielles, une perte de compétitivité, des formations technologiques dévalorisées.

L’industrie est demeurée l'ADN du Creusot

La part du secteur manufacturier dans l’emploi est passé en France de 29% en 1971 à 11% en 2021 (cette part est de 33% dans le bassin du Creusot) Mais depuis 2017, grâce à une nouvelle politique en faveur de la réindustrialisation, comme le programme Territoires d’Industrie, la tendance s’est inversée et on enregistre une création nette d’emplois industriels en France. 
Pour André Billardon, maire honoraire du Creusot, ancien ministre, les politiques publiques ont longtemps acté que la désindustrialisation était inéluctable en France. Des grands patrons rêvaient même d’une société sans usines.
Si depuis 2017 des choix nationaux clairs ont été faits, la municipalité de Camille Dufour a immédiatement réagi à la liquidation de Creusot Loire grâce à la mobilisation de tous : chefs d'entreprises, organisations syndicales, élus. L’industrie est demeurée l'ADN du Creusot !  Dans les années 1990 /2000 les pouvoirs publics, la CUCM, l'État et surtout l'Europe ont investi des sommes très importantes pour la remise à niveau du site industriel.
Les résultats sont là et le plan France 2030 prévoit de fortes interventions financières des pouvoirs publics (plus de 50 Milliards d’euros)
André Billardon insiste tout particulièrement sur l'axe qui lui paraît essentiel : la politique du logement. Si des emplois sont créés sur la CUCM il faut que les salariés demeurent à proximité de leur lieu de travail, or l’habitat ne répond pas toujours aux évolutions de la population. Aujourd’hui on recrute surtout des ingénieurs et techniciens.
Sandrine Lonak, directrice commerciale et marketing de BSE Electronique a fait part de son expérience dans cette PME creusotine spécialisée dans l’électronique, de la conception à la fabrication, créée en 1987 après la chute de Creusot-Loire. En tant qu’ambassadrice de la French Fab, Sandrine Lonak agit auprès des jeunes, mais aussi de tout public pour remettre au goût du jour la fierté de travailler dans l’industrie en France. Elle présente les différentes actions qui ont été conduites auprès des organismes de formation. Il est indispensable de pouvoir s’insérer dans un écosystème, chasser en meute pour gagner de nouveaux marchés.
Marc Balussaud, président de BSE Electronique a insisté sur les difficultés devant lesquelles son entreprise se trouve confrontée. La concurrence avec des pays qui ont un coût salarial dix fois inférieur au nôtre représente une menace pour une entreprise industrielle basée en France. La pénurie de composants a obligé à constituer des stocks qui pèsent sur la trésorerie. Une PME industrielle qui défend le Made in France peut néanmoins surmonter le handicap de la compétitivité prix en montant en gamme, en investissant dans la recherche et développement et en apportant des services supplémentaires pour se démarquer de la concurrence. C’est ce que s’efforce de faire BSE.

Le rapport à l'environnement : Nouveau fil conducteur

Sascha Kettler, directeur du site Michelin Blanzy qui regroupe 1200 salariés a fait part de son expérience industrielle dans différents pays. Il a rappelé les faiblesses naturelles de notre pays, notamment au niveau du lien formation-emploi mais il a tenu un discours plutôt optimiste sur les capacités d’adaptation de la France. Il plaide pour la responsabilité sociale des entreprises, la qualité de vie au travail et la coopération avec les partenaires sociaux.  Sascha Kettler considère que la richesse des entreprises repose avant tout sur les femmes et les hommes. La promotion interne qui est une règle en Allemagne doit être davantage développée dans les entreprises françaises.  La stratégie de Michelin repose sur trois piliers, les 3 P : Personnes- Planète -Performance.
Le rapport à l'environnement doit aussi être le fil directeur de ce renouveau industriel, l'usine du Michelin de Blanzy a ainsi réduit de 80 % sa consommation d'eau.

L'Education nationale s'adapte

Pour Dominique Sonival, directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques du Lycée Léon Blum au Creusot, la formation dispensée par l’Education Nationale s’est adaptée progressivement aux demandes du monde industriel local.
 Nous revenons de loin ! il se disait au Creusot "si tu ne bosses pas, tu finiras à la Chaume" Le symbole de cette évolution est le lycée Léon Blum. En effet celui-ci est situé sur le site de l’ancien lycée professionnel de La Chaume et est devenu un lycée polyvalent qui accueille une préparation à 9 métiers en liaison avec l'industrie, 9 bacs professionnels dont 5 à caractère industriel, 2 bacs technologiques et 4 BTS, dont 3 à caractère industriel.
Il faut le rappeler, une formation spécifique sur les métiers du nucléaire, unique en Bourgogne Franche-Comté, a été créée.
Le lycée Léon Blum du Creusot a construit des partenariats : avec les lycées de Blanzy et d’Autun pour mettre en valeur les métiers de l'industrie, avec les acteurs de la formation professionnelle permettant ainsi un accès à l'apprentissage des élèves du lycée, et tout naturellement avec des entreprises locales pour faire connaître auprès des élèves de 3ème ces métiers de l'industrie. Dominique Sonival cite le partenariat avec BSE ici présente et avec l’UIMM.

Décloisonner et s'ouvrir

Le député Rémy Rebeyrotte qui assistait à ce débat a conclu cette soirée en mettant en valeur la richesse des échanges et la qualité des grands témoins. Il considère que Lee Creusot a été en avance pour la réindustrialisation du territoire et a ressenti une ligne directrice sur l'ensemble des interventions de cette soirée.
Le mot qui résume le plus ces interventions est le mot décloisonnement, décloisonnement entre les entreprises, décloisonnement à l'intérieur des entreprises permettant les promotions et l'évolution des postes, décloisonnement entre l'éducation nationale et les entreprises, décloisonnement entre l'éducation nationale et les autres organismes de formation, décloisonnement entre les entreprises et les pouvoirs publics.