
Le nucléaire ne fait plus peur, mais recruter plusieurs centaines de personnes en quelques années et les former pour des métiers très spécialisés reste un défi. Et pour le relever au bénéfice de Framatome, c’est l’union sacrée. Mais il va falloir redoubler d’efforts pour atteindre les objectifs… En ce sont le poids des comités d’entreprises n’est pas négligeable, même si le sujet est tabou.


«On a perdu la partie sur le nucléaire…» C’est en substance ce que remarquent de nombreux responsables et élus écologistes. C’est vrai que le nucléaire, et pas seulement en au Creusot, dans son berceau, ne fait plus peur. En quelques années les défis liés à la décarbonation de l’industrie, autant que de la production énergétique, ont fait vole en éclats les réticences.
C’est d’ailleurs ce que le projet Forge+, à 579 millions d’euros, portés par Framatome, avec RTE, pour son raccordement électrique, ont démontré depuis le lancement de la concertation il y a un an.
Non seulement les opposants à l’atome se sont faits tout petits, mais même pour ce qui concerne le nucléaire de défense, à savoir les activités et productions industrielles au bénéfice de la défense nationale, ont des oppositions idéologiques de plus en plus faibles, pour ne pas dire marginales.
La guerre en Ukraine, et la guerre menée contre l’Iran, avec la flambée des cours du pétrole, ont ouvert les yeux à nombre de nos concitoyens. De sorte que le projet Forge+ porté par Framatome s’est imposé dans l’opinion comme une évidence. C’est d’ailleurs ce que démontrent, au fil du temps, les réunions de concertation, dont la dernière a eu lieu jeudi soir au Foyer de la Mouillelongue. Une réunion qui portait spécifiquement sur l’emploi, la formation et les recrutements.
Un sujet pas vraiment nouveau au Creusot. Il suffit de parcourir la ville pour voir que les majors de l’industrie recrutent à tour de bras, depuis plusieurs années et encore pour longtemps.
C’est vrai pour Alstom, pour Thermodyn, pour ArcelorMittal et donc pour Framatome.
Tout le monde en était convaincu jeudi soir. En ce sens, Isabelle Louis, a confirmer l’objectif de la Communauté Urbaine d’accompagner «les nouveaux arrivants, mais aussi de favoriser les mobilités. Accompagner les publics éloignés. Faire en sorte que la CCM soit prêt pour les défis».
Un propos prolongé par Charles Landre, maire du Creusot : «Forge+, c’est un projet important pour la France. Ce sont des enjeux essentiels pour nos territoires ; Plein de choses se mettent en place.
Je sais que les habitants du quartier sont très impliqués sur l’évolution du projet. Je renouvelle notre soutien pleine et entier à Framtome et notamment de voir comment le territoire soit le mieux adaptés et le plus attractif. Il faut que les salariés aient envie de s’installer sur le territoire. Nous avons une disponibilités totale au service de Framatome et des industriels».
Vous l’avez compris, les collectivités sont mobilisées. Car elles ont intégré le défi impérieux de créer les conditions de la réussite des recrutements et de la formation. Avec une mobilisation de tous les acteurs.
Au fil des années, les forums de l’emploi organisés par l’UIMM et les industriels sur le campus de Framatome ont montré qu’il y a du monde qui veut travailler dans l’industrie. Les CV, chaque année, arrivent par dizaines. Mais on sait aussi qu’il faut convaincre les jeunes d’aller vers l’industrie.
Les métiers de l’industrie sont mieux rémunérés que d’autres du CAP à Bac+5. Il faut le faire savoir. Mais le bouche à oreille fonctionne et en ce sens il est un sujet qui est presque tabou et pourtant dont tout le monde parle : C’est celui des avantages des comités d’entreprises, que l’on appelle aujourd’hui les CSE. Et jusque dans les établissements scolaires il est aujourd’hui admis – ce sont les parents qui le disent – qu’il est très intéressant de travailler dans les grandes entreprises industriels. Avec, par exemple, de vrais avantages pour les vacances !
Conditions de travail, solidité des groupes industriels et donc avantages procurés par les CSE, sont aujourd’hui des critères déterminants.
C’est ce qui fait force dans le conscient et dans l’inconscient des collaborateurs et des futurs collaborateurs.
Une chose est certaine au Creusot, pour Forge+ et donc au bénéfice de Framatome la mobilisation générale est totale.
Alain BOLLERY
Isabelle Laugerette
Secrétaire générale de l’UIMM
«Le 7 juillet dernier, à Chalon sur Saône, on avait brossé la liste de tous les dispositifs.
C’est un enjeu très fort pour la Saône et Loire et la Bourgogne.
Les acteurs sont mobilisés pour la filière. Tous les partenaires sont engagés
64% de l’industrie de la Saône-et-Loire c’est la métallurgie, avec 18.000 salariés, dont 80% travaillent pour le nucléaire.
Nous avons le club nucléaire Bourgogne – France-Comté. Il faut se coordonner, et valoriser, notamment la semaine du nucléaire.
On a eu la restitution d’une enquête.Les métiers en tension sont ceux de la métallurgie
En Bourgogne – Franche-Comté, nous avons un réseau de formation qui est extrêmement fort. La problématique n’est pas là. Avec Léon Blum, deux IUT, deux centres de formation…
La problématique c’est de remplir. On a presque trop de formations, mais pas asses jeunes. Des filières stratégiques et en sous-effectifs. Notre défi est d’attirer, donner du sens.
Pour éviter le débauchage, nous avons mis en place une charte
Attention, des jeunes ne trouvent pas d’entreprise d’accueil pour l’apprentissage !»
Marion Fury
Commission nationale du débat public
«L’objectif de nos réunions, c’est d’enrichir pour permettre la prise de décision. Il faut attendre l’enquête publique, probablement courant 2027. La concertation va se poursuivre jusque là.
L’idée est d’aller plus loin dans la concertation préalable et continue.
Il y a une crainte de transfert des emplois . Il faut privilégier les créations nettes. L’être humain est au cœur du projet. Il faut valoriser les métiers».
Pascal Angelvin
Directeur du projet Forge+ pour Framatome
«L’enjeu numéro un c’est la décabonation et de redevenir souverain. En doublant la production. Nous voulons aussi fabriquer les pièces les plus volumineuses.
Nous voulons travailleur pour les EPR, mais aussi petits réacteurs. Sans oublier le rôle pour la défense nationale.
On va créer 240 emplois directs, On aura une presse de taille mondiale, six fours, une quinzaine de ponts roulants.
On a besoin d’être soutenu
On est sur le point de choisir les équipementiers et le constructeur. Pour démarrer les travaux à l’horizon 2028.
Le terrain sera aplani. Objecit 2030 pour le démarrage de la production, qui sera industrielle en 2032».
Jean-Claude Lagrange
Conseil Régional de Bourgogne – Franche-Comté«Un tel investissement il est majeur pour la France et pour les marchés internationaux».
Pascal Angelvin : «Les six premiers EPR sont déjà faits et en partie au Creusot. Forge + c’est pour les futurs EPR2 et pour l’international. C’est EDF qui porte les projets commerciaux. Il y a des appels d’offres un peu partout. On attend des réponses notamment des Pays Bas, d’ici quelques mois. Un projet, c’est 100 ans, jusqu’au démantèlement. Un EPR est conçu pour être sûr et cela il y a un coût.
Carmen Munoz
Directrice de l’action régionale d’EDF
«Le groupe EDF a fait le choix de s’appuyer sur une filière nucléaire souveraine ; On attend confirmation pour huit nouveaux EPR.
Il y a un nouvel élan mondial pour le nucléaire. Les concurrents sont en Chine, en Russie»
Danièle Picard : «Y a-t-il une réflexion sur le démantèlement. La filière se prépare-t-elle à former.
Carmen Munoz : «Tout cela est anticipé avec des provisions. Le démantèlement de Fessenheim est bien engagé».
Patrick Merliaud
CFDT Métallurgie Bourgogne«Est-ce qu’on doit s’arrêter à être avec EDF ou aller chercher d’autres clients. Ou que des contrats pour EDF ?»
Pascal Angelvin : «On doit aussi entretenir des réacreurs en service qui ne sont pas exclusivement edf
Mais aussi travailler pour la défense et les MSR. On ne s’interdit pas de fabriquer des réacteurs qui ne sont pas des EPR».
Timothéé Guiraud
DRH de Framatome au Creusot

«Les recrutements portent sur tous les corps de métiers, forgerons, usineurs, électricien, contrôles des pièces usinés, contrôles non destructifs, contrôles qualité pour les enjeux de sûreté.
Nous sommes ouverts à des partenariats pour former. Le Creusot fait appel à l’école de Saint-Marcel.
Cela s’adresse notamment à des personnes en reconversion.
On a aussi l’académie d’usinage de Framatome au Creusot. Les personnes sont déjà chez nous et on veut les faire monter en compétence.
A partir d’octobre 2026, l’école d’usinage Bourgogne pour Le Creusot et pour Saint-Marcel, pour des sorties d’école ou peu de compétence. Avec de l’apprendre sur des pièces que l’on ne trouve pas ailleurs, car extrêmement grandes.
On travaille avec l’Education Nationale pour intégrer notre école d’usinage pour six mois. C’est du sur mesure. Six personnes pour commencer sur six mois, après avoir été embauchés en CDI, ils entreront dans un processus d’excellence d’usinage pour six mois supplémentaires, pour ensuite les déployer
Nous avons une «Cartographie des emplois». On veut organiser des réunions dans les communes et aller dans les écoles
On a la chance d’avoir Léon Blum, Cluny, l’IUT… On a plein d’acteurs avec qui on travaille. Il nous faut aller plus loin sur les partenariats.
Déployer des programmes de formation en interne.
On veut être en situation d’accueillir plein de de stagiaires. On a 47 alternants sur le site du Creusot.
En veillant à recruter des femmes et des personnes en situation de handicap.
Patrick Merliaud
«Ce qui manque ce sont les évolutions dans l’entreprises, par rapport aux métiers de recrutement. Le travail posté, c’est un vrai sujet pour les jeunes.
Aujourd’hui ce sont les enfants de 12 ans qui seront à recruter. Les TPE-PME sont en difficultés
Timothée Guiraud : Les évolutions existent déjà. Sur la forge, les gens souvent rentrent pontiers et ensuite on peut passer à la presse, forgeron, chef d’équipes. Pour avoir un forgeron on estime qu’il faut 5 ans
Il y a plein de passerelles y compris entre Framatome et EDF
Oui c’est vrai il y a du travail posté. C’est lié à l’activité
Pascal Angelvin : «L’activité que Forge+ va créer va créer un appel d’air !»
Une habitante du conseil d’habitants sud
«Y a-t-il une obligation de rester à Framatome ? Léon Blum forme des usineurs, mais Framatome ne leur donne pas de réponses !
Timothée Guiraud : «Il n’y a pas de contrats d’exclusivité. Si formation, on demande à rester un certain temps. On fait le maximum pour accueillir les lycéens stagiaires.
Carmen Munoz : «On a aussi des lycéens qui vont à Belleville. Léon Blum c’est une très belle formation»
Comment on va chercher les enfants ?
Pascal Angelvin : «On va aller vers les jeunes, dans les écoles, leur montrer qu’ils peuvent monter des carrières».
Une représentante d’AGIR
«Nous sommes confrontés à la barrière des niveaux pour les recrutements».
Timothée Guiraud : L’idée c’est d’aller plus loin dans les partenariats. On est sur 24 recrutements par an en usinage. On aura besoin encore plus avec Forge+»

















