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> Saone et Loire > SAONE ET LOIRE
30/03/2020 03:17
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André Accary : «On va constituer des stocks durables de masques et on ne laissera pas mourir les petites entreprises»

Dans une interview exclusive, André Accary, président du conseil départemental de Saône-et-Loire trace un cap… Il annonce que 350.000 masques ont déjà été commandés pour de multiples catégories, dont les personnes travaillant auprès des personnes âgées et les infirmière libérales. Et il annonce aussi que la Saône-et-Loire, après la crise, va constituer des stocks durables.
«Je ne laisserai pas mourir les petites entreprises, car derrière ce sont des femmes, des hommes et des familles», assure André Accary.
Comment vit-on cette crise sanitaire quand on est Président d’une collectivité aux multiples compétence sociales ?
ANDRE ACCARY : «On le vit avec encore plus d’écoute et encore plus d’attention. Il faut être réactif face à toutes les situations, pour mettre en place des moyens, même si cela n’entre pas forcément dans les compétences du conseil département. Il faut foncer. Et on le fait en s’appuyant sur nos compétences et sur notre savoir-faire».

Vous pensez aux achats de masques ?
«Oui les achats de masques c’est un bon exemple. Je n’ai pas hésité une seconde. J’ai dit on commande et on verra après, en pensant par exemple, en premier lieu aux personnes qui vont faire le ménage chez les personnes âgées, ou bien qui leur apportent leur repas, mais aussi et surtout qui leur font leurs soins. C’est-à-dire pour toutes les personnes qui interviennent à domicile. Ce sont 9500 personnes en Saône-et-Loire. On a bien reçu notre première commande et ces personnes seront livrées en premier. Mais les masques commandés vont aussi aller aux agents qui sont en 1ère ligne chez nous, ou encore dans les infrastructures pour les handicapés.
De même, l’Agence Régionale de Santé s’occupe des soignants dans les hôpitaux, mais pas des infirmières libérales dont tout le monde sait que leur travail et leur rôle est important. Alors oui le conseil départemental va leur donner des masques et des protections. Infirmières libérales et infirmiers libéraux auront leurs masques».

Combien en avez-vous déjà commandés ?
On avait commandé 250.000 masques dans une première commande. 100.000 masques en tissu et 50.000 masques de la catégorie FFP2. Et en milieu de semaine j’ai commandé 50.000 nouveaux masques en tissu et 50.000 masques chirurgicaux. Nos masques en tissu sont validés. On peut les laver et les utiliser à nouveau. On va distribuer des jeux de quatre masques par personne».

D’autres commandes encore ?
«Oui, vendredi j’ai repassé une commande de 100.000 masques FFP2. J’essaye d’anticiper, car les délais sont de deux à trois semaines auprès de notre fournisseur à Charlieu pour les masques tissu. On va donc monter à 350.000 masques achetés par le conseil départemental. L’objectif est d’avoir une réserve suffisante».

Vous souhaitez que plus d’enfants soient accueillis dans les écoles, comme le sont les enfants des soignants...
«Oui et je suis très content pour la protection de l’enfance. J’ai en effet contacté Matignon pour que les agents de la protection de l’enfance puisse bénéficier de la garde des enfants, au même titre que les soignants. Je pense aussi qu’il faut que les enfants des pompiers, de la Police et de la Gendarmerie, soient accueillis dans les mêmes conditions. Je précise aussi que pour les pompiers j’ai pris la décision de commander 6000 masques, qu’ils peuvent mettre par exemple quand ils sont dans les camions ou ambulances…
Je me bats aussi pour que le laboratoire départemental d’analyses, avec ses outils, puisse être utilisé pour la détection du virus. On gagnerait des heures. Actuellement il faut 48 heures. Si on le faisait à Mâcon, on aurait le résultat le soir des tests du matin. Je le propose pour gagner du temps, car c’est précieux pour les patients comme pour les professionnels de la santé».

Quel rôle doivent jouer les centres de santé et leurs antennes ?
«Déjà, à ma demande, ils sont en alerte depuis le 20 février. Et je suis satisfait de constater qu’il y a un vrai travail de collaboration entre les médecins libéraux et les médecins du centre départemental de santé. A Digoin, on a mis des locaux communs. Je souhaite qu’on le fasse ailleurs.
Notre centre de santé travaille aussi en étroite collaboration avec les hôpitaux pour éviter, comme on le peut, leur engorgement. Cela a été le cas à Mâcon et c’était précieux».

Vous avez demandé, il y a déjà plusieurs trimestres, à expérimenter la compétence unique pour les EHPAD. Si cela avait été accordé, cela aurait-il changé les choses ?
«La question est liée à la loi sur la dépendance. L’idée est d’être opérationnel le plus vite possible. Est-ce que cela aurait changé les choses si nous avions obtenu le feu vert ? Mon sentiment est que de toute façon il faut rester humble. Mais le rendez-vous est pris. Il faudra se souvenir de cette situation, de ce que l’on vit et de ce que l’on affronte aujourd’hui, pour être encore plus opérationnel à l’avenir. Moi je pense que quand il y a un seul donneur d’ordre, comme cela peut être le cas à l’échelon départemental, alors la réaction ne peut en être que meilleure».

Pour vous, il y aura clairement un après Coronavirus ?
«Oui. Il faudra de toute façon tirer les enseignements de ce que l’on vit ; Revoir tout ce qui concerne la dépendance, car ma crainte est que nos anciens, dans les EHPAD, subissent le virus de plein fouet. Car je ne sais pas si effectivement toutes les mesures ont été prises. C’est pour cela aussi que j’ai pris une grande décision pour l’avenir…»

Laquelle ?
«Maintenant il y aura des stocks durables de masques, de gel hydro-alcoolique, de protection, de gants à l’échelon départemental. J’en profite pour revenir sur le procès qui avait été exercé contre Roselyne Bachelot qui avait été accusée d’avoir été au-delà de ce qu’il fallait en nombre de vaccins. Mais si la crise avait été plus forte, plus violente, la vérité veut que l’on dise que la France aurait été en mesure de répondre, à l’époque, grâce à Roselyne Bachelot».

Où comptez-vous implanter les stocks que vous voulez constituer ?
«Il y aura des stocks partout sur le territoire départemental, pour être au plus près des populations. Je le ferai dans la transparence. Je ne veux pas revivre de ne pas pouvoir apporter de réponses faute de stocks, et même si cela n’est pas de notre compétence. Alors on se posera clairement la question de l’organisation des collectivités.  Je ne veux pas jeter la pierre, puisque cela touche tous les pays. Mais heureusement, les initiatives locales sont bonnes. Et je le dis, heureusement que des gens travaillent».

Les agents ont répondu au département ?
«Oui. J’ai lancé un appel aux volontaires il y a deux semaines. 160 agents ont répondu. Je les félicite et tout le monde doit le faire. Le lundi 30 mars, ce sont eux par exemples qui vont livrer les masques partout dans le département. Nos agents sont joignables. Le système de solidarité fonctionne. Nos assistantes sociales sont joignables et au nom de notre collectivité et de notre département, j’en suis fier».

Quelles sont vos plus grosses craintes, alors que le confinement va durer encore quelques semaines ?
«Les EHPAD et la protection de l’enfance. Pourquoi . Parce que tout le monde est confiné et que l’on n’est pas à l’abri de violence. Je dis cela, car il y a des signes partout en France. Il faut être vigilant».

Comment travaillez-vous avec le Préfet ?
«Nous travaillons la main la main face à cette crise. C’est naturel et de toute façon on n’a pas le choix. Ce virus ce n’est pas une science exacte et il faut savoir se préparer au pire, en espérant qu’il ne vienne pas».

En 2018, malgré la loi NOTRe qui ne l’avait pas mis dans vos compétences, le conseil départemental s’est mobilisé pour les agriculteurs et les éleveurs. Envisagez-vous de le faire pour d’autres acteurs économiques ?
«Oui. Je le dis avec force : Je ne laisserai pas mourir les petites entreprises, car derrière ce sont des femmes, des hommes et des familles. Oui, si c’est nécessaire, comme nous l’avons fait pour les éleveurs et les agriculteurs, je proposerai à mes collègues de prendre des mesures en faveur de l’économie, même si la loi ne l’a pas mise dans les compétences des départements. Et je suis persuadé qu’en la matière, on travaillera main dans la main avec la Région. Y compris dans l’alimentation».

Pensez-vous qu’il faudra remettre en question la loi NOTRe dont la rigidité se heurte aux réalités que nous vivons ?
«Je ne veux pas faire de politique politicienne. Mais je n’imagine pas qu’on laisse les choses comme aujourd’hui. Il faut revenir à plus de pragmatisme. Il ne faut pas aller sur ce qui fonctionne bien, mais améliorer ce qui fonctionne mal.
En Saône-et-Loire, nous en avons fait la démonstration. Avec le plan pour l’agriculture. Avec aussi notre centre départemental de santé qui fonctionne bien et qui est très opérationnel. Les digues tiennent. Nous avons bien fait de créer notre centre départemental de santé, pour lequel on vient de mettre en place la téléconsultation, avec de l’avance sur le calendrier que nous avions prévu.
Alors oui, je le dis, il y aura des choses à changer dans la loi. Aujourd’hui on gère le quotidien. Mais je ne peux pas imaginer que tous les acteurs ne se retrouvent pas autour de la table».
Recueilli par Alain BOLLERY