En apportant un bouquet de fleurs à la doynne du Creusot, Charles Landre ne pensait pas qu’il allait déclencher un coup de foudre. Et ce n’est pas parce qu’elle a eu 106 ans le jour de son élection… Des instant délicieux avec une dame que la vie n’a pourtant pas épargnée.
Notre reportage et notre vidéo avec Alice chantant «la vie en rose»
Il est à peine 10h40 ce samedi 25 avril. Charles Landre, maire du Creusot, arrive à la Maison de Retraite Saint-Henri, pour venir honorer Alice Champay qui est la doyenne du Creusot. Le Maire du Creusot remet un bouquet de fleurs à la dame qui craque littéralement : «Comme vous êtes beau, si j’avais 20 ans, je vous mettrai dans mon lit !» Difficile de faire plus beau compliment. Le nouveau Maire du Creusot rit de bon cœur comme toutes les autres personnes autour de la table, dont Marie-France Ferry, qui accompagne Charles Landre. Mais aussi Guy Champay, 80 ans, neveu d’Alice et venu spécialement de Montpellier. Alice n’a jamais été mariée et n’a jamais eu d’enfant. A 106 ans, elle affiche une forme éclatante. Elle plaisante volontiers. Il est vrai qu’elle est heureuse à l’EHPAD Saint-Henri où elle est appréciée pour sa joie de vivre. Le 22 mars dernier, jour du second tour des élections municipales, elle a donc eu 106 ans. Née à Montromble, un hameaux entre Fragny, sur les hauteurs d’Autun; et Antully, Alice Champay n’a pas eu de chance dans les premières années de sa vie.
Elle s’est en effet retrouvée orpheline à l’âge de 9 ans. Son papa s’était éteint après avoir été gazé par les Allemands sur le front de la 1ère guerre mondiale. Et sa maman, quand elle avait 9 ans, n’avait pas survécu à un mauvais rhume, faute de médecin. A 9 ans, Alice s’est ainsi retrouvée rue de Montporcher au Creusot. Le temps de la scolarité et elle avait commencé à travailler chez un marchand de vin de la rue de Montporcher, où elle faisait la comptabilité. Puis chez un architecte. Alice Champay était aussi partie faire les saisons, dans un Hôtel à Courchevel, en Savoie, et c’est à Prisunic, au Creusot, qu’elle a terminé sa carrière. Elle parle de son coiffeur Hervé Vannier. Elle parle aussi de la rue de Nolay où elle est restée jusqu’à ce qu’elle arrive à l’EHPAD Saint-Henri en septembre 2022. Elle avait déjà 102 ans.. Alice a connu les bombardements du Creusot et parle volontiers d’une histoire : «On était descendu à la cave pour les bombardements. On avait laissé un bout de viande sur la fenêtre. Quand on est remonté, il était tout noir. Mais comme c’était les restrictions, on l’a lavé et on l’a mangé». Elle rit quand elle raconte cette histoire. Si son neveu apprécié les travaux qui ont été réalisés, Alice n’est pas d’accord : «Je ne la reconnais pas. C’est pas ma place Schneider».
Alice Champay, qui tient vraiment la forme, parle de la longévité dans sa famille. Elle a ainsi fêté, le 27 janvier, les 100 ans de sa cousine Marie Labruyère, à Curgy. Avec une mémoire intacte, Alice a encore des dizaines d’histoires à raconter. Mais l’heure du repas approche à la Maison de Retraite. Alors elle part au bras de Jean-Baptiste, jeune animateur polyvalent. «Alice, elle est délicieuse», dit-il. La centenaire ajoute : «Dites bien que tous les personnels sont très gentils ici !»
Alain BOLLERY
Alice 106 ans et sa cousine Marie, 100 ans (photo DR)