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> Opinion > De gauche
20/09/2025 03:00
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OPINION : Taxe Zucman, licornes et Licornu

Elaborer des prévisions est un art bien difficile ; surtout quand elles concernent l'avenir, ajouterait malicieusement Woody Allen !
Pourtant, ce n'est fichtre pas pour contourner la difficulté que Fitch la troisième agence mondiale de notation, censée par ses analyses prospectives éclairer le choix des investisseurs se portant sur les titres de la dette souveraine française, pond sa note d'évaluation à la manière des carabiniers, après que les marchés ont pris acte de la situation.
En effet, comme on peut le constater, les taux d'intérêt débiteurs quelle que soit la durée de l'emprunt n'ont pas bougé d'un iota depuis la dégradation de la note en A+. Les marchés avaient tout simplement anticipé l'opération.
Dès lors, il n'est pas interdit de se demander, histoire de fitcher le blues à Moody's, à quoi peuvent bien servir tous ces cabinets de consulting grassement rémunérés pour enfoncer avec tant de vigueur des portes aussi largement ouvertes. On répondra que la fonction essentielle de ce type d'engeance n'est pas tant de formuler des prophéties – susceptibles d'être autoréalisatrices d'ailleurs – que de participer, sous l'étendard de la ''scientificité'', à la dramaturgie bien rodée qui vise à obtenir le consentement des peuples à l'austérité que les classes dirigeantes tentent de leur imposer.
On n'hésite pas pour cela à fournir des études et statistiques emplies de biais cognitifs :  ainsi focalisera-t-on l'attention sur le montant global de la dette publique (c'est à dire des administrations publiques : état, collectivités locales et sécurité sociale) et les comparaisons avec l'étranger sans préciser que le périmètre du service public peut être très différent : par exemple, si l'enseignement supérieur est quasiment gratuit chez nous, il est extrêmement coûteux aux Etats-Unis, si bien que la dette privée qui pèse sur une majorité d'étudiants se substitue à une part de la dette publique (gigantesque au demeurant). C'est un choix, mais pas celui de l'égalité des chances !
Quand on considère le ratio dette/PIB, on oublie (volontairement ?) que concernant l'encours actuel de cette dette , la durée moyenne des différents crédits qui se chevauchent est d'environ 8 ans, si bien qu'en toute logique on devrait calculer le ratio non pas sur une année de PIB mais sur 8! (au lieu de 114 %, on passe alors à 14 %, ça fitche moins les jetons, non?!) De la même façon, lorsqu'on évoque les taux d'intérêt, il faudrait avoir recours aux taux réels (déflatés) et non pas aux taux nominaux (au moment du Covid, avec des taux réels négatifs, la France s'est enrichie de sa dette!). Bref, la réalité de la situation s' éloigne sensiblement de l'apocalypse décrite par Bayrou et la nomenklatura ploutocratique. Néanmoins il est nécessaire de corriger une dynamique qui est susceptible de devenir un jour délétère car l' aspect le plus  préoccupant de cette question de la dette publique réside dans la nature de ses détenteurs.
Près des 2/3 des titres négociables de la dette sont détenus par des agents non résidents et plus de 50 % sont détenus hors zone euro ; autrement dit, notre dette ''souveraine'' traduit l'absence de souveraineté économique et la soumission de la France aux marchés financiers globalisés !
Ceci nous distingue d'un pays comme le Japon par exemple dont la dette publique est beaucoup plus élevée que la nôtre selon le ratio traditionnel dette/ PIB (plus de 250 %) mais détenue presque en totalité par des résidents japonais.
L'épargne domestique est abondante et permet un financement moins contraint en termes de taux d'intérêt. A l'instar des Japonais, les Français sont plus fourmis que cigales avec un taux d'épargne qui frôle les 18 % ; on pourrait donc imaginer que les titres de notre dette publique ne puissent être souscrits que par des nationaux résidents, donc assujettis à l'impôt et à la redistribution, lesquels résidents percevraient des intérêts dont les taux seraient maintenus dans des proportions raisonnables.
Cela supposerait évidemment le retour à un contrôle des mouvements de capitaux dont on oublie trop souvent qu'il a régné depuis la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'au milieu des années 1980. Ce retour est inenvisageable dans le cadre de l'intégration monétaire européenne mais possible pour ce qui concerne la zone hors euro. Il est vrai que la construction européenne s'est opérée aux accents de la ''mondialisation heureuse'' sur un registre de libéralisme économique débridé avec le succès qu'on connaît !...
Faut-il avoir la cruauté de rappeler que les contrôles et la réglementation en général étaient perçus comme un frein à la compétitivité ?!
Au nom de l'attractivité, au nom du ''return on equities'' et des premiers de cordée, Amène (le fric)! La start-up nation macronienne, en sa sainte innocence et avec sa politique de l'offre a généreusement arrosé de myrrhe et d'encens le grand patronat et les fonds d'investissement vampires sans l'once d'une mesure de conditionnalité.  
De sorte que le partage de la valeur ajoutée n'a jamais été aussi favorable au capital et que les inégalités se sont creusées de manière vertigineuse entre le centile le plus riche de la population et l'écrasante majorité des autres ménages (1 % des plus riches possèdent 15 % du patrimoine total ; il a doublé en moins de 20 ans. Quant aux 0,1 % tout au sommet, on vous laisse imaginer ...)
Dans ces conditions, corriger la trajectoire budgétaire sans susciter d'effet récessif (alors que la consommation donne déjà de sérieux signes d'atonie) et sans creuser davantage les inégalités en sabrant les dépenses sociales, ne peut passer que par l'accroissement des recettes issues d'une contribution des plus riches, d'où la proposition d'instaurer la fameuse taxe Zucman qui déclenche l'ire du président du MEDEF.
 
Pour discréditer la proposition Zucman de taxer - très faiblement - le patrimoine des ultra-riches, le patronat et ses laquais ont recours à l'antienne de la fuite des capitaux et de celle des ardents chevaliers de l'entreprenariat. Si l'on songe au bilan d'un Carlos Ghosn ou d'un Carlos Tavarès, d'un Kron, d'un Tchuruk ou d'un Lafont, on voit mal ce qui pousse à la prosternation hormis un fétichisme déplacé. Selon A. Montebourg qui a gardé quelques informateurs à Bercy, certains d'entre eux se sont fait, avec la bénédiction de Macron, les fossoyeurs stipendiés de quelques fleurons de l'industrie  nationale, Qu'ils dégagent donc ! On veut bien faire cadeau de ces lumineux génies à Trump en agissant à sa manière, en décrétant par exemple que l'outil de travail concerné présente un caractère stratégique et doit demeurer propriété de la nation.
L'argument quelque peu nouveau concerne la situation de la trentaine de  licornes françaises, c'est à dire ces start-up non cotées en bourse mais avec une valorisation (pour autant qu'on puisse l'estimer) de plus d'un milliard de dollars, en croissance très rapide sur un secteur porteur, comme Mistral IA,  
Verkor pour les batteries lithium, Manomano plateforme de marketplace spécialisée dans le bricolage, Sorare spécialisée dans l'univers du football, Voodoo qui fournit des jeux en ligne, ou encore Miraki et VestiaireCollective autres plateformes de marketplace, Doctolib et Blablacar que tout le monde connaît etc… Le patrimoine des propriétaires de ces licornes est très élevé mais les revenus induits pour l'instant très faibles ; il est impossible d'envisager taxer le patrimoine sans mettre en péril l'entreprise elle-même.
La difficulté peut facilement être surmontée : il suffit de remplacer l'impôt dû par la cession de titres de propriété (c'est d'ailleurs ce qu'il conviendrait de faire dans le cas de toute aide publique auprès de toute entreprise).
Les propriétaires actuels pourraient-ils refuser cette option ? La survie de Sorare, Voodoo, VestiaireCollective  et autre Miraki ou Blablacar ne paraît pas constituer une nécessité absolue pour l'avenir économique de la nation. Dans le cas de Mistral,Verkor ou Doctolib, c'est la clause du caractère stratégique qui s'applique. N'en déplaise au Medef, nos licornes ont la même latitude de choix que celle de Lecornu vis à vis de la taxe Zucman !
Et c'est avec une impatience gourmande que l'on attend de voir défiler les Rolls des amis du Medef entre Bastille et République, et les yachts des ploutocrates bloquer le port de Monaco …
France Dembas


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