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> Opinion > De gauche
20/11/2025 03:11
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OPINION : Le scalp de Lescure et la théorie des jeux

La métaphore du scalp est mignonne. Et pertinente. D'ailleurs, la quasi totalité des politologues qui ont leur rond de serviette dans les studios des grands média n'hésitent pas à la reprendre en choeur.
Dans leur bouche, rapportée à la discussion budgétaire, elle désigne la stratégie du PS, qui le doigt sur le bouton de la censure, s'est lancé dans une guérilla parlementaire dont l'objectif est d'arracher un maximum de concessions - notamment la taxation des plus riches - au gouvernement et au socle (dit) commun qui est censé le soutenir. Histoire sans doute de prouver à leurs turbulents ex alliés du NFP et au peuple de gauche qu'un réformiste qui marche ira toujours plus loin qu'un révolutionnaire qui vocifère, posé sur son séant...
Il n'empêche, s'appliquant au ministre de l'économie Roland Lescure, le rituel barbare des émules de Sitting Bull au palais Bourbon constitue assurément une gageure de grande envergure, même pour un Olivier (super) Faure, eu égard au statut capillaire de notre bien nommé crâne d'oeuf !
Mais par delà cette anodine et souriante parenthèse, on est renvoyé à une situation politique inédite depuis l'instauration de la Vème République: celle qui, en l'absence de majorité claire et du renoncement proclamé au 49.3, impose de construire un compromis politique entre les trois grands blocs – eux-mêmes déchirés de tensions internes et d'ambitions personnelles rivales -  qui dessinent l'échiquier politique parlementaire après la grandiose dissolution voulue et accomplie par ce cher Emmanuel.
Vaste chantier s'il en est, qu'on peut interpréter en termes de théorie des jeux, telle qu'elle a été élaborée par le mathématicien John Nash. Celle-ci peut s' appliquer à de nombreux domaines dont la stratégie militaire, l'économie, la politique ou bien la vie quotidienne.
Certes, la configuration présente est bien plus complexe que celle du célèbre '' dilemme du prisonnier''. Pour mémoire : « la justice propose à deux malfaiteurs détenus séparément, un marché consistant soit à coopérer en reconnaissant sa propre culpabilité soit à trahir son complice en rejetant toute la faute sur lui. Si les deux coopèrent, ils obtiennent la peine la plus légère soit un an chacun. Si l’un trahit et l’autre coopère, le traître est libéré, l’autre écope de 10 ans. Si les deux trahissent, ils écopent chacun de 5 ans ! Bien que la coopération soit le meilleur résultat collectif, la peur d’être trahi pousse chaque malfaiteur à trahir, menant à un résultat sous-optimal (5 ans chacun) ».Toute ressemblance avec un épisode judiciaire récent concernant de hauts (in)dignitaires de la politique française  accusés d' association de malfaiteurs serait évidemment tout à fait fortuite !
Dans le cas de la discussion budgétaire, la configuration est beaucoup plus complexe compte tenu de toutes les variables qui interagissent : la multitude des groupes politiques et leur hétérogénéité, les stratégies à 3 bandes de ceux qui se voient un destin national, le rôle du Sénat qui s'apprête à détricoter la première ébauche des députés, les faux-semblants de propositions qu'on sait pertinemment inconstitutionnelles, la brièveté des délais impartis avant échéance et recours à une loi ''spéciale'' pour année ''blanche'' etc..  
Ce qu'il est important de retenir, c'est que dans le cadre de jeux non coopératifs où chacun tente rationnellement de maximiser son propre gain, de tirer les macrons du feu en somme, on aboutit paradoxalement à un résultat qui est un équilibre sous-optimal.
Et tel est bien le ressenti d'une grande majorité de l'opinion publique, mesuré par les instituts de sondage. Nos concitoyens comprennent intuitivement que la situation est loin d'être la meilleure possible et au contraire qu'elle est fort anxiogène par l'instabilité qu'elle apporte ; ils enjoignent donc les ''politiques'' de cesser leur pugilat et de ''s'entendre'', sachant qu'une nouvelle dissolution pourrait aboutir à reproduire la même situation.
C'est oublier que pour pouvoir qualifier une situation de sous-optimale, il faut préalablement avoir défini l'optimum, situation que l'on pourrait identifier à l'intérêt général. Or cette notion est éminemment subjective. D'ailleurs tous les groupes politiques (à visage masqué ou non) prétendent le servir mais ils ont des propositions différentes ! Comment objectiver la quête de l'optimum ?
Notons que cette interrogation sur l'intérêt général est en même temps une interrogation sur la justice sociale, laquelle constitue historiquement la ligne de démarcation entre la Gauche et la Droite.
La littérature philosophico-économique met en présence deux grandes thèses : libérale (Hayek, Pareto, Nozick) pour la Droite, critique et interventionniste pour la Gauche (J. Rawls) ou encore Marx bien sûr.
Au début du XX°, Vilfredo Pareto, économiste et sociologue italien qui accompagna Mussolini, renouvelle l’utilitarisme hérité de la philosophie anglo-saxonne. Pour lui, l’utilité mesure toujours les satisfactions mais ce n’est plus qu’une représentation numérique des préférences individuelles. Préférer une situation à une autre signifie que l’individu choisit telle option plutôt que telle autre et peu importent les motivations qui sous-tendent ce choix. Ce qui compte, c’est le rapport entre l’homme et l’objet et non celui entre les hommes. Pour les utilitaristes, la fin justifie les moyens. On trouve d’ailleurs des exemples édifiants. Ainsi on peut imaginer la situation suivante : un bateau avec vingt personnes à bord va couler si cinq personnes ne se jettent pas à la mer. Il faut alors choisir entre deux situations : soit personne ne saute et tous les passagers disparaissent, soit cinq personnes se sacrifient et quinze autres sont sauvées. Selon le critère utilitariste on « préférera » cinq morts à vingt. On peut tirer au sort ou le sacrifice peut être consenti. Certains iront même plus loin et diront qui doit se sacrifier : les cinq qui sont les moins «utiles» à la société (l’utilité étant mesurée par le revenu). La sinistre notion de sous-homme n’est pas loin.
Pour choisir entre la situation A et la situation B, on «calcule» la satisfaction ou utilité retirée de A, puis de B et on opte pour la plus élevée. La satisfaction collective est la somme des satisfactions individuelles. Selon Pareto, il est impossible de comparer les utilités ressenties par les individus. On ne peut comparer le gain d’utilité d’un chômeur auquel on donne 100 euros à la perte d’utilité de l'oligarque auquel on retire 100 euros. La seule chose que disent  les économistes libéraux, c’est qu’il faut rechercher des situations où tous les individus seront gagnants. L’optimum de Pareto sera donc atteint quand qu’il ne sera plus possible d’améliorer le bien-être d’un individu sans détériorer celui d’au moins un autre. Pour les économistes libéraux, cet optimum de Pareto correspond à l’équilibre général c’est à dire l’équilibre simultané des marchés en situation de concurrence pure et parfaite.
Cette conception  rencontre 3 difficultés en logique : 1) tout dépend des dotations initiales des individus ; 2) on ne prend pas en compte les externalités ; 3) le paradoxe de Condorcet montre que l’on ne peut pas construire de fonction d’utilité collective cohérente à partir de fonctions d’utilité individuelles.
Dans  A theory of Justice (1971), le philosophe américain J. Rawls propose une alternative au raisonnement utilitariste.
L’individu est un être pensant ; il est libre puisqu’il pense par lui-même Toutefois, cet individu n’est pas isolé. Pour se prémunir de tout égoïsme, il doit se mettre à la place d’autrui. Pour envisager l’existence de tels agents, Rawls, avec beaucoup de subtilité, crée une situation totalement hypothétique : la position originelle. Dans cette situation, les individus pensent, réagissent sous un voile d’ignorance.
Sous ce voile, chacun ignore sa place dans la société (actif ou inactif, patron ou salarié ..), ses dons naturels ou ses traits caractéristiques (il ne sait pas s’il est homme ou femme, beau ou laid, habile ou handicapé etc..), il n’est pas sous l’emprise d’une quelconque religion, il ne connaît pas la situation économique, politique, culturelle de sa société. Tous les individus dans cette situation vont s’accorder sur un système commun de principes de justice. Ces principes sont au nombre de deux. 1) le principe d'égale liberté selon lequel chaque personne doit avoir un droit égal à la plus grande liberté fondamentale avec une liberté semblable pour tous. 2) le principe d'égalité des chances selon lequel les inégalités socio-économiques doivent être liées à des emplois et à des postes accessibles à tous dans des conditions impartiales d’égalité. Les inégalités doivent être justifiées par les bénéfices qu'elles apportent aux plus défavorisés. Le deuxième principe comporte donc un codicille, le principe de différence qui autorise la discrimination positive. La principale faiblesse de cette théorie de Rawls réside dans son incapacité à penser les rapports d’exploitation et à reconnaître que la réalisation de ses objectifs égalitaires est en contradiction avec le maintien de rapports de production capitalistes.
In fine, on constate que le débat reste largement ouvert et que le blocage politique en équilibre sous-optimal de Nash perdure et qu'au fond on ne peut compter que sur un événement exogène pour le surmonter (institutions supranationales, crise financière …) ou sur les failles du déterminisme politique  confronté aux aléas des coulisses de l'histoire et au surgissement d' affaires bien crapuleuses ou bien graveleuses comme les cas Fillon ou DSK nous l'enseignent. Ne murmure-t-on pas que Donald pourrait enclencher une guerre avec le Venezuela pour faire oublier la poisseuse affaire Epstein qui lui colle aux basques ?
Felix culpa...
S. B-V  


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