Communiqué :(in)Fox News creusotin :
Parcours complot - libertarien compris
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, on peut constater que Fox News fait des émules dans le pays de Descartes (celui de la pensée rationnelle).
Fox News est la chaîne de télé américaine qui a mené campagne pour Trump et contribué dans une proportion non négligeable à sa victoire. Son contenu éditorial promeut le narratif trumpiste qui n'a rien à envier au narratif poutinien et à sa propension à inverser les rôles de coupable et de victime. Sa teneur est en parfaite adéquation avec le personnage, entièrement tournée, qui pourrait en douter, vers l'intelligence, la finesse d'esprit, l'élégance, la délicatesse et l'honnêteté intellectuelle. Donald n'a-t-il pas lui-même été, dans sa jeunesse, un animateur de télé réalité ?
Ironie de l'histoire, c'est l'extrême droite catho-tradi, réactionnaire sur le plan sociétal, ultra-libérale sur le plan économique qui a su le mieux s'emparer des leçons de Gramsci et mène une sournoise mais farouche bataille idéologique en direction des cerveaux fragiles et disponibles, aptes à accueillir un discours aussi simpliste que péremptoire, qui ne s'embarrasse guère de déontologie journalistique.
Deux milliardaires sont clairement à la manœuvre : Pierre-Edouard Stérin qui la revendique sans ambages et Vincent Bolloré avec plus de discrétion mais sans doute aussi plus d'impact. Il s'agit là de faits, non de fantasmagorie. Qu'on en juge : la Bollosphère, c'est Canal+, CNews, Cstar et feu C8, Europe 1, le JDD, Paris-Match, Voici et Capital ou encore l'agence Havas ; tout ça représente une sacrée puissance de feu. Avec, en tête de gondole des penseurs du calibre d'Hanouna, de Morandini ou encore de Pascal Praud et L. Ferrari. Gros risques de dérapages mal contrôlés ! Aucun risque de surchauffe des neurones !
Apparemment la galaxie Bolloré aurait essaimé jusque dans nos contrées bucoliques puisqu'on a pu découvrir récemment l'existence d'un certain « Creusot News » par le truchement de Facebook qui propose décidément tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi ! Après avoir parcouru la publication d'un derrière distrait, le premier réflexe est de supprimer cette malodorante logorrhée, mais in fine, on se dit qu'il peut être intéressant d'y promener un regard de sociologue. Et on n'est pas déçu ! De quoi nourrir toute une thèse !
Le programme est disponible sur le site, en odieuse description. On trouve dans les éditos tous les codes du genre depuis le graphisme de la page d'accueil qui rappelle furieusement celui du RN (bien que celui-ci paraisse un tantinet trop gauchiste à son auteur), jusqu'aux obsessions conspirationnistes dignes d'un Steve Banon de Q.Anon, en passant par l'incontournable thématique sécuritaire accompagnée de sous-entendus aux relents racistes ainsi que celle de la lutte contre l'impôt, donc contre le contrat social, toutes deux poussées jusqu'à une dimension paranoïaque. Sans compter la dénonciation d'une presse locale jugée servile voire corrompue : ''les médias de grand chemin''. Confraternellement.
Passons rapidement sur les commentaires tantôt signés, tantôt anonymes qui accompagnent les ''tribunes de creusotins'' consacrées uniquement aux faits divers qui sont l'alpha et l'oméga de la feuille de chou : on y rencontre cette connerie humaine qui donne le vertige et une notion presque tangible de l'infini. Au mieux, c'est le grand bal des frustrés qui auraient pu faire les délices des planches de la regrettée Claire Bretecher, en psalmodiant la litanie des ''yaka-faut-qu'on'', au pire c'est un galimatias incompréhensible d'analpha-bête... à bouffer du foin.
Quant au responsable éditorial, il dirige sa vindicte obsessionnelle principalement contre l'équipe municipale qualifiée de ''macro-communisterie'' ce qui, à défaut de présenter une grande pertinence politique a le pouvoir de renvoyer par construction et par sonorité aux célèbres ''périls judéo-maçonnique et judéo-bolchévique'', emblématiques du complotisme du début du XX° siècle.
Que lui est-il donc reproché à cette équipe, au-delà d'un populisme primaire critique de ''l'élite'' parce qu'élite essentialisée, comme l'antisémitisme rejette le juif parce juif ? D'abord un certain clientélisme : « pour avoir gain de cause dans cette ville, il faut bien voter ». Comment notre fin limier connaît-il le vote émis par nos concitoyens dans un scrutin à bulletin secret ? A-t-il des études statistiques à faire valoir ou seulement quelques ressentis personnels? Déontologie, quand tu nous tiens...
Ensuite il y a cette fixette sur le maire, rendu responsable de l'insécurité dans la cité. Certes, il y a des problèmes d'insécurité au Creusot et ils sont inacceptables. Tout le monde souhaite que les coupables soient attrapés et punis, comme pour ce très récent vol à la tire avec des personnes âgées à l'intérieur du véhicule ! Notre éditorialiste ne se fait d'ailleurs pas faute de mettre ce genre d'événement en exergue ! Mais pourquoi l'agrémente-t-il du logo ''tout le monde sait'' qui est le signe de reconnaissance de la fachosphère portant le sous-entendu ''tout le monde sait que c'est l'oeuvre de délinquants d'origine étrangère non européenne (noire ou arabe / ''noix'' ou ''arbre'' selon le code facho)'' ? Inutile de s'embarrasser de preuve, laissons plutôt infuser le soupçon raciste. Notre ''journaliste'' aurait-il pris ses leçons chez Goebbels ? Colosse copie.
Qu'est-ce que le maire pourrait bien faire pour annihiler cette délinquance, fruit d'un délitement général de nos sociétés ''développées'' ? Des émeutes urbaines ont éclaté ces jours-ci à Limoges, Nîmes, Charleville et … Béziers.
Béziers est la ville administrée par R. Ménard dont la proximité idéologique avec notre ''journaliste'' est patente. A-t-il fait mieux que ses collègues ? C'est même en partant pour Béziers qu'on court le plus de risque de se faire voler aurait pu dire la Comtesse DuCanard (à chacun ses codes! Nous c'est la contrepèterie). Ménard, comme les autres, n'a pu que déplorer l'insuffisance des effectifs policiers.
Ce qui nous amène à la dernière thématique : celle de l'impôt. Notre penseur se proclame libertarien, c'est à dire favorable à l'extension des libertés individuelles menacées par l'emprise de l'état bureaucratique (l'état tentacule dirait encore la Comtesse). Les libertariens ont pour référence économique Laffer et la supply side economic (l'économique de l'offre) ; pour référence politique ancienne Reagan-Thatcher-Pinochet et plus moderne Trump-Musk-Milei ; ils ont un objet totémique : la tronçonneuse et ils ont un cri de ralliement: #c'estNicoquipaie (dans le cas de la France). Arthur Laffer a imaginé une courbe en cloche supposée transcrire une bijection entre la pression fiscale et la dynamique productive : au-delà d'un certain taux de prélèvement, on serait découragé de produire, ce qui correspond à l'aphorisme « trop d'impôt tue l'impôt ». Cette théorie n'a jamais reçu de confirmation empirique.
Le but est donc d'affaiblir l'état en le privant de recettes fiscales afin de l'obliger à tronçonner dans les dépenses publiques et notamment dans les prestations sociales, mais aussi dans les dépenses de recherche, d'éducation, de santé . Cette politique de l'offre, c'est, toutes proportions gardées, aussi celle dont Macron se revendique, celle qui devait permettre le ''ruissellement'' des richesses des premiers de cordée vers les derniers. Que celui qui a étanché sa soif grâce à ce ruissellement miraculeux lève le doigt !
Il est vrai que les marchés financiers – sous le joug desquels on s'est placé en renonçant au financement banque centrale - adorent que l'on réduise le coût salarial (salaires directs et cotisations). Par conséquent, on peut dans un premier temps, à l'instar de Milei, se féliciter de l'afflux des capitaux étrangers, mais on se heurte bien vite au manque de main d'oeuvre qualifiée et en bonne santé susceptible d'en assurer la valorisation.
Au demeurant, il s'agit d'une mécanique mortifère de contraction de la demande : imaginons que s'engage une concurrence sans limite pour attirer les capitaux en réduisant drastiquement les impôts et les coûts salariaux (généralisation du modèle irlandais de paradis fiscal) qui achètera à qui ? Avec quel argent ? Au bout de ce chemin on trouve la crise majeure et le risque aggravé de conflits armés.
Nos bons apôtres veulent plus de policiers et de magistrats, plus d'enseignants et de médecins mais souhaitent acquitter moins d'impôts permettant de les recruter. Ceux-ci devraient-ils bosser gratuitement ? Déjà que les candidats ne se bousculent pas au portillon ! Il est vrai que ces boulots sont plus exigeants que celui d'influenceur !
Lorsque les milliardaires comme Bolloré mènent croisade contre l'impôt est-ce pour la pomme de Nico ou pour la leur ? La bonne réponse donne droit à un câlin d'Amélie de Longmachin...
Notre éditorialiste affirme n'avoir ni dieu ni maître, c'est un point que l'on a en commun mais visiblement nous n'avons pas l'épistémologie sociale comme mentor en partage.
S.B-V