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28/08/2025 23:00
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opinion - Dédicace à F. Bayrou : A la recherche de l'argent magique... rendez-vous en terre méconnue

Albert Camus dès la première ligne de l'un de ses ouvrages majeurs '' le mythe de Sisyphe'' assène cette phrase sans réplique : « il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux, c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie. »
Il ne nous paraît pas spécialement outrecuidant de paraphraser le philosophe existentialiste avec cet aphorisme : « il n'y a qu'un problème économique vraiment sérieux, c'est de savoir si les revenus distribués au cours d'une période sont suffisants pour écouler la production de cette même période. » 
Si tel est le cas, la loi de Say  selon laquelle « l'offre crée sa propre demande » pourra  être validée, et accessoirement la pertinence des politiques de l'offre (vous savez celles qui favorisent les premiers de cordée et engendrent la croissance avec un fabuleux processus de ruissellement inondant les gueux de ses généreux bienfaits !) ne pourra être balayée d'un revers de main. Inversement, si tel n'est pas le cas, l'économie pourrait être confrontée à de graves dysfonctionnements répétitifs et cumulatifs. Invitation à un voyage didactique en terre méconnue...
 
Ecartons d'emblée une possible confusion : il ne s'agit pas de considérer d'éventuels  déséquilibres internes entre les composantes de la production, à savoir les biens destinés à la consommation des ménages d'un côté, et les biens destinés à l'équipement des entreprises de l'autre ; ce genre de déséquilibre est censé se corriger automatiquement. Admettons par exemple que l'on constate une sous-consommation à la fin de la période. Des stocks de biens-salaire resteront à écouler tandis qu'apparaîtra une épargne surabondante au regard des attentes. Dans la période suivante, les entreprises produiront moins de biens de consommation et davantage de biens d'investissement qui pourront être financés par l'excédent relatif d'épargne.
Non, le problème que l'on se propose d'exposer considère l'élément composite, la production globale de la période confrontée à la masse monétaire mise en circulation lors de cette période. Sachant que la même situation se reproduit dans le temps.
Cette question fondamentale porte un nom : il s'agit de la réalisation monétaire de la valeur (qu'elle précède la détermination du prix ou qu'elle soit confondue avec lui), condition de sa circulation par le biais des échanges, puisque, à l'évidence, le produit n'est pas réparti directement en nature.
Bien entendu, dans ces colonnes, nous n'entrerons pas dans les détails de l'histoire des théories économiques. Mais quel que soit le grand paradigme considéré, c'est à dire Classique basé sur la valeur-travail et mesuré par la quantité de travail social vivant incorporé dans la marchandise (devenu travail mort), ou Néo-classique basé sur la valeur-utilité et mesuré par le prix de marché, avec une fonction de production à deux facteurs, travail et capital (capital-confiture dixit J. Robinson) parfaitement substituables dans le continuum, on se heurte à la même difficulté théorique.
 
Difficulté qui se formule de la façon suivante ; les revenus distribués avant la vente de la production correspondent aux seuls salaires avancés par le capitaliste (grâce à une accumulation primitive), alors que la valeur de cette production comprend aussi – c'est une pure tautologie – les profits monétaires que son écoulement est censé générer. La question devient donc : comment les profits pourraient-ils être donnés avant leur formation qui intervient dans l'opération de vente du produit ?
Abordons la question ab ovo dans la configuration la plus simple, en considérant une économie fermée (sans échanges avec l'étranger) et basée sur le salariat ; sans thésaurisation (toute l'épargne est confiée aux institutions financières), avec une vitesse de circulation de la monnaie constante et dans le cadre d'une reproduction simple du capital. Nous supposerons, last but not least, que l'on puisse facilement définir la notion de période au plan macroéconomique - le quantum économique – non pas de façon purement conventionnelle, mais en logique, ce qui est loin d'être évident (et ce qui constitue sans doute le nœud gordien du problème)
 
Pour formuler le problème en termes arithmétiques on peut utiliser la symbolique marxiste puisque Marx fut le premier à en prendre conscience et à développer la thématique de la réalisation monétaire de la plus-value (la vente des marchandises incorporant la plus-value permet de former le profit qui se présente sous une forme-argent, il est l'expression monétaire de cette survaleur). Cette formulation est assez bien connue du grand public. Mais précisons que nous pouvons élargir cette problématique à la réalisation de toute la valeur ajoutée et qu'elle s'impose quel que soit le modèle macroéconomique envisagé, marxiste ou non. Dans le premier cas de figure, la plus-value naît dans le procès de production et s'analyse comme une prédation, une exploitation des travailleurs dont une partie du travail n'est pas payée. Dans le second, le profit-surplus (au-delà donc du seul intérêt du capital sous sa forme financière) apparaît dans le procès de circulation et - à défaut d'être logiquement expliqué – est censé représenter la juste rémunération du puissant génie créatif des actionnaires et de leurs fondés de pouvoir dopés aux des stocks-options et parachutes dorés, (indubitable génie qui s'exprime dans toute sa splendeur au travers de l'exercice d'optimisation fiscale dite CumCum  par exemple!), et cela quelle que soit la déclinaison de ce paradigme libéral : néo-classique pur (de Walras et Hayek à Solow et Friedman) ou bien synthèse néo-keynésienne (Hicks, Hansen, Samuelson).
 
V = c + v + pl   est la formule utilisée par Marx
 
{V} représente la valeur d'échange de la marchandise (bien ou service) ; {c} est le capital constant (fixe + circulant) ; {v} est le capital variable investi sous forme de salaire, dit variable parce qu'il permet de (re)produire de la valeur ; {pl} est la plus-value ou survaleur, part non payée du travail, incorporée sous forme réelle dans la marchandise et qui doit être transformée en monnaie pour constituer le profit.
On peut simplifier encore, sans aucunement altérer le raisonnement, en soustrayant dans chaque membre de l'identité définitionnelle le montant des consommations intermédiaires (matières premières, énergie) qui ne font que traverser le processus de production, de sorte que {V} représente désormais non pas la valeur totale du produit mais la seule valeur ajoutée par la production de la période, et que le capital constant  c se voit amputé du capital circulant et se réduit au capital fixe (bâtiments, machines). Plus précisément encore {c} sera défini comme l'amortissement du capital fixe, c'est à dire la part du capital fixe qui – ne créant pas de valeur mais transmettant la sienne propre - est dépréciée sur la période [ainsi par exemple si telle machine doit être changée au bout de 10 périodes, elle perd 10 % de sa valeur (d'achat ou de remplacement ?) à chaque période, laquelle valeur doit être reconstituée]. Au niveau macroéconomique, la somme de toutes les valeurs ajoutées des entreprises résidentes représente le PIB du pays considéré. Ce produit global est donc composé d'une part d'amortissement de capital fixe, d'une part de salaires et d'une part de ''profit''.
En dépensant leur salaire, les travailleurs achètent la partie de la production mesurée par {v} ; la réalisation monétaire de la valeur ne s'effectue ainsi que pour un montant correspondant aux biens-salaire, et aucune fraction de revenu n'est plus disponible pour la réalisation de la plus-value {pl} et de l'amortissement du capital fixe {c}.
L'argent gagné par la vente des biens-salaire (biens de consommation hors luxe) reconvertit le capital variable mais ne peut être employé une seconde fois pour réaliser monétairement la plus-value et plus encore le capital fixe déprécié.
Le principe est irréfragable : pour acheter, il faut disposer d'un revenu. Une fois dépensé, le salaire est redevenu capital variable et ce dernier ne redeviendra revenu que dans un nouveau procès de production, un nouveau quantum économique.
La réalisation du profit suppose sa dépense et la dépense du profit suppose sa réalisation ; bel exemple d'Ouroboros, le serpent de la mythologie qui se mord la queue mais qui symbolise aussi l'éternité puisque chaque destruction porte en germe une renaissance. Car – en dépit de cette impasse théorique - force est bien de constater que : « pourtant elle tourne », nous voulons parler de l'économie, même si elle ne tourne pas très rond ! On ne peut pas dissoudre la réalité empirique comme d'aucun dissoudrait l'Assemblée parce qu'elle ne partage pas notre vision du monde !
 
Conscient de l'aporie, Marx propose une solution qui consiste en l'anticipation monétaire des profits : « aussi paradoxal que cela puisse sembler de prime abord, c'est la classe capitaliste elle-même qui jette dans la circulation l'argent servant à réaliser la plus-value contenue dans les marchandises. » ( Le Capital II, Oeuvres II) Outre le fait qu'on a du mal à concevoir le mécanisme concret, cette solution a tous les attributs d'un ''deus ex machina'', la machinerie de théâtre faisant entrer en scène un dieu qui vient dénouer une situation inextricable. En l'occurrence, le ''deus ex machina'' serait opératoire, et du même coup l'argent magique démasqué !
A l'époque de Marx et du règne du ''currency principle'', l'or joue encore un rôle majeur. La dualité or-monnaie et or-marchandise jette la confusion sur les mécanismes en œuvre. La monnaie d'émission actuelle créée en banque ex-nihilo permet plus facilement leur décryptage. Cette monnaie est un actif nul qui n'offre aucun pouvoir d'achat sur les biens réels ; elle est simple unité de compte mais s'intègre à la vie économique par le biais du paiement des salaires. Les entreprises qui l'empruntent n'obtiennent qu'un support, une disponibilité à caractère et à finalité circulatoires, qui sera retournée à sa source dès échéance. Toutefois, bien qu'actif nul, ces disponibilités sont utilisées par les entreprises pour acquérir du travail vivant, seule source directe de valeur ; elles se chargent alors de pouvoir d'achat.
Le tour de magie réside en cette singulière possibilité de payer à l'aide d'une non-richesse qui découle de la nature circulatoire de la monnaie. Pourvu que la monnaie boucle son circuit par un reflux identique au flux, qu'importe qu'elle soit aliénée dans l'intervalle ! Dans l'opération du paiement des salaires, la monnaie se métamorphose en revenus monétaires dont la dépense en achats finals décharge le support qui reflue à la source en son état initial.
Mais on ne sort pas le lapin du gibus sans dégât, la magie est vicieuse !
Il serait sans conséquence de se donner les profits par anticipation s'ils devaient  retourner immédiatement dans le fonds du capital-argent dont ils sont issus ; ils seraient comptés une seule fois. Mais, si les profits sont avancés, ce n'est pas comme capital, c'est pour être dépensés (seul le capital permet de passer sans inconvénient d'un quantum à l'autre). Or dès qu'ils servent dans les achats de la classe capitaliste (biens de luxe et biens d'équipement), ils définissent un profit entre les mains du vendeur. Ce second profit est redondant, c'est le vice caché du système. Quand les profits ne sont pas avancés, ils manquent totalement, mais dès qu'ils le sont, leur présence est d'un seul coup trop généreuse, nobody is perfect !
Il en ira évidemment de même pour la réalisation monétaire de l'amortissement du capital fixe. Tant que l'on n'aura pas imaginé un mécanisme bancaire permettant d'éviter cette redondance - et certes l'affaire se complique en économie ouverte - une inflation endémique et une tendance à la sur-accumulation du capital séviront dans nos économies basées sur le salariat.
Ainsi va l 'annonce faite à François : l'argent magique existe bel et bien my dear, il réside en la duplication des profits. C'est sans doute moins spectaculaire que la multiplication des pains mais beaucoup plus réaliste. Et qui donc les empoche, ces profits, hein ? Celui qui saura répondre correctement à cette question gagnera un séjour de rêve chez les bons pères de Bétharram !
Mais alors dans ces conditions, vouloir faire les poches des malades, des vieux, des chômeurs ou encore des petits et moyens salaires, pour placer le budget et la dette sur une trajectoire plus saine est parfaitement indécent. Au nom de la plus élémentaire justice sociale, aucun consentement à un quelconque effort de rigueur n'est admissible sans rétablissement préalable de l'ISF et instauration de la taxe Zucman !
Au demeurant serait-il de bonne politique de s'en remettre à une pure intermédiation financière (notamment sous le joug des marchés internationaux avec leurs produits dérivés et leurs effets de levier spéculatifs?) non bien sûr ; le financement bancaire et souverain pourrait parfaitement opérer le distinguo entre ses deux fonctions, celle de création de monnaie et celle de simple intermédiaire entre l'épargne domestique des uns et les besoins de financement des autres.
Mais c'est un autre débat. Pour en savoir plus, on conseillera l'analyse de Bernard Schmitt :  une théorie macromonétaire du circuit quantifié et notamment son ouvrage «  inflation et malformation du capital » (Castella- Economica).
 
S B-V : 
'' et si l'économie aussi était quantique ? '' a post marxian economic theory
 



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