
Par Claude Thomas.
A l’occasion du 8 mars, Journée internationale des Droits des femmes et à l’égalité, rappelons quelques réalités historiques et ouvrons grandes les portes du passé et celles d’aujourd’hui.
Dans l’Antiquité, à Athènes, à Rome, la femme était une éternelle mineure qui ne possédait ni droit juridique, ni droit politique. Elle était toute sa vie sous l'autorité d'un tuteur : père, époux, voire fils (si veuve). N’est-ce pas encore le cas, aujourd‘hui, dans certains pays où l’obscurantisme perdure ?
Dans deux religions du livre, certains passages posent questions, à notre époque.
Saint Paul, l’apôtre, écrit, au 1er siècle : lettre aux Ephésiens : (24. « Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari ».
Et le Coran : « Vos femmes sont pour vous comme un champ de labour ; allez donc à vos champs comme et quand vous le souhaitez et oeuvrez pour vous-mêmes à l'avance." (Le Coran, sourate La Vache, verset 223)
C’est le mot soumission, clairement affiché ou sous-entendu qui heurte. Même si, par ailleurs, ces 2 religions insistent sur l’amour pour le prochain et celui des maris pour leurs femmes.
Vers 1500, Le grand Montaigne reste dans l’air de son temps : « La plus utile et honorable et occupation à une femme, c’est la science du ménage »
En 1801, le député Sylvain Maréchal, (tiens un nom précurseur !!!) proposait une loi interdisant d’apprendre à lire aux filles
1804 : Napoléon 1er : « La femme est donnée à l’homme pour qu’elle lui fasse des enfants ». « Elle est donc sa propriété comme l’arbre fruitier est celle du jardinier ».
Vers 1900, Pierre de Coubertin, le créateur des JO modernes, affirmait : « Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. » !!! Comme le présent est cruel !!
Mais les choses ont bien changé.
En France, les femmes ont obtenu le droit de vote (1944), peuvent posséder un compte en banque personnel (juillet 1965), bénéficient du droit à l’avortement (loi Veil 1974/1979).
Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Pas tout à fait.
L’affaire Pelicot, l’affaire Epstein, la montée inquiétante du conservatisme réactionnaire, voire du populisme nationaliste (USA, Italie, Hongrie), de l’Extrême Droite en Europe et en France (RN, Reconquête, UDR de Ciotti), où la pression sur les femmes est plus ou moins affichée, nous rappelle que rien n’est définitif et qu’il y a toujours des Bastille à renverser.
Partout, les féminicides se perpétuent et augmentent. (164 en 2025 en France contre 141 en 2024 !!!) ; l’inceste, cette chose horrible, frappe en priorité les fillettes, les adolescentes ; le salaire des femmes dans le privé, se situe à 18% environ en dessous de ceux des hommes pour un même emploi et même formation ; les emplois morcelés frappent en priorité les femmes, les familles monoparentales sont en majorité féminines…avec des précarités multiples (source Resto du cœur).
Par ailleurs, notre jeunesse va mal. Beaucoup de nos jeunes sont sous antidépresseur, en majorité des adolescentes et le suicide jeune, frappe davantage nos jeunes filles !
Sous d’autres cieux, le mariage forcé, l’excision, l’héritage défavorable aux femmes et encore, la lapidation/pendaison pour adultère dans quelques pays.
Et de par le monde, que dire du régime criminel des mollahs en Iran. Les femmes n’y sont-elles pas les 1ères victimes depuis l’arrivée de l’iman Khomeini en 1979 ou celui moyenâgeux de l’actuel Afghanistan ; les femmes/fillettes y étant systématiquement enfermées/emballées physiquement, socialement et psychiquement.
Dans nos démocraties, l’avenir s’ennuage pour les femmes avec le bruit tumultueux et fanfaron du conservatisme réactionnaire.
Aux USA, attendez-vous à savoir que l’administration Trump tente d’interdire l’IVG même en cas de viol (Vance) et le même vice-président Vance, avec pour devise « Travail, famille, Dieu » qualifie de caprices, les femmes qui veulent avorter en les appelant « femmes à chats sans enfants… » et quand ils ne le peuvent pas, les Etats Républicains limitent les moyens contraceptifs. En Italie, Madame Miloni est anti IVG ; comme la loi italienne a rendu légale l’IVG, elle autorise les mouvements anti-IVG à entrer dans les cliniques pour faire pression sur les patientes.
En France, si J. Bardella (juin 2024) se targue de garantir le droits et la liberté de toutes les femmes (à voir), certains députés RN (H. Lepineau, Ch. Bertz) ont comparé l’avortement à un génocide, voire à la Shoah. Et L. Lavalette, porte-parole du RN, candidate à Toulon, avait signé une loi remettant en cause l’avortement.
Marion Maréchal, anti IVG notoire, cherche, par tous les moyens, à supprimer l’aide publique au Planning Familial.
De toutes ces forces contraires, il y a une liberté fondamentale : toute femme est libre de disposer de son corps. Ce que conteste clairement ou de de façon détournée, toutes ces idéologies conservatrices et autoritaires. Nulle autorité ou idéologie n’a mission de dicter aux femmes ce qu’elles doivent penser, ce qu’elles doivent faire ou ne pas faire de leur corps.
Les élus français ont eu raison de sacraliser l’IVG dans la Constitution (8 mars 2024). Et l’Europe vient d’avancer un pas de plus, ces jours-ci, pour sécuriser le droit à l’IVG.
Un avortement est, bien sûr, un échec. Celles qui y sont contraintes, l’immense majorité, ne s’y résolvent pas par caprice mais pour protéger leur santé, éviter une vie future compliquée, parfois de galère et épargner à des enfants innocents un avenir malheureux.
Un regard sur le monde prouve, sans contexte, que les femmes dans leurs sociétés portent l’économie familiale ; sans ces femmes courageuses, ces sociétés s’effondreraient, en Afrique Noire, au Maghreb, au Vietnam, etc... Dans nos banlieues françaises, nombreuses sont les femmes qui jouent un rôle modérateur ; on l’oublie bien souvent.
Pour terminer et pour embellir ce jour du 8 mars, citons ces jolis mots d’un grand poète tunisien contemporain, Adam FATHI : « Le paradis, c’est la femme … elle te dit je t’aime et te voilà jeune pour l’éternité » (in « Bonne année » (p.47) (Edern édition). Comme des aurores qui s’allument… Comme la joie de vivre.
Un regard citoyen.
Claude THOMAS,
ancien maire adjoint à la culture (Le Breuil)