Communiqué :Moyen-Orient : utiliser les vrais mots, citer les faits et rêver la PAIX
De Claude THOMAS
ET si la RAISON l’emportait…
Jour après jour, les évènements au Moyen Orient empoisonnent le climat en France et partout dans le monde.
On n’a jamais vu, à visage ouvert, autant de racisme et d’agressions verbales ou physiques (excepté sous l’occupation nazie), à propos de ce conflit récurrent.
Faut-il le dire et le clamer haut et fort, dans notre pays, nul ne peut être rejeté de par son origine (Blanc, Noir, Jaune, Juif, Métis, etc ...), de par sa religion (chrétienne, juive, musulmane, etc..) ou de par son orientation sexuelle. Seuls sont condamnables, les religions ou opinions qui veulent s’imposer par la force, la menace ou l’argent.
Au Moyen Orient, comme partout sur cette terre, tout le monde a le droit de vivre ; il ne saurait y avoir de hiérarchie. Une maman palestinienne aime autant ses enfants qu’une maman Israélienne, un enfant palestinien a autant besoin de protection qu’un enfant israélien.
On ne peut rester insensible aux massacres quasi quotidiens. On fait de nous, malgré nous, des spectateurs impuissants, voire complices, alors que chaque jour, en Palestine et au Liban, meurent et souffrent, des hommes, des femmes et beaucoup d’enfants.
Un battage médiatique, hors pair, choisit pour nous, d’une manière orientée et réductrice ; il y aurait les bons (les Israéliens) et les méchants (les Palestiniens) ; les agresseurs permanents et les agressés innocents. On verra plus bas que le rappel de l’Histoire remet les choses en place.
Disons-le haut et fort, le massacre du 7 octobre 2023 perpétué par le Hamas et les Brigades islamiques est hautement condamnable et une telle violence contre des civils est une atteinte à la dignité humaine. Et la communauté internationale a eu raison de s’indigner de ces 1200 morts, souvent accompagnés de barbarie. La justice devra suivre. Amnesty International a classé ces actions : crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Rappeler ces faits n’est pas du racisme anti arabe.
Cependant, quand Israël a lancé le 27 décembre 2008, l’opération « Plomb durci », une offensive très violente et très meurtrière sur Gaza, pour anéantir le Hamas, la communauté internationale ne s’est pas autant indignée. Et pourtant, en 22 jours, il y a eu un réel massacre : 1200 victimes dont 900 civils et parmi ces civils 300 enfants. Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Rappeler ces faits n’est pas non plus de l’antisémitisme.
L’assassinat systématique d’un opposant est un crime et le criminel qu’il soit juif, arabe ou iranien est un criminel.
Ironie de l’Histoire, rappelons-nous qu’Israël, dans le passé, a armé et financé le Hamas (plus religieux) pour contrer l’autorité d’Arafat (plus laïc), président de l’OLP dont la personnalité faisait autorité. Comme les Américains avaient armé et financé, autrefois, les Talibans pour contrer l’offensive soviétique en Afghanistan !!! Et maintenant le gouvernement d’Israël a introduit à Gaza des ex Al-Quaïda sans foi ni loi, fanatiques, pour contrer/pourchasser les membres du Hamas. Pas très beau tout cela !
Rien ne serait clair si nous ne retracions pas brièvement l’histoire de la Palestine
Mais auparavant quelques précisions sur les mots.
Le racisme désigne le rejet de l’Autre, celui qui n’est pas comme nous. Le rejet de tout étranger, arabe ou non, se dit racisme ; mais le rejet d’un juif se dit antisémitisme par rapport à son origine sémite. Or l’Histoire nous indique que les arabes et les juifs sont tous les deux des sémites, issu du même ancêtre : même type d’écriture de droite à gauche, mêmes pratiques alimentaires (hallal et casher) ou même interdit (porc).
Si on voulait faire de l’humour, on pourrait dire qu’un juif israélien qui agresse un arabe palestinien est antisémite…
Israël a été un pays reconnu par l’ONU en 1948, avec un territoire bien délimité et officialisé, composé de Juifs (la majorité, pratiquant le judaïsme), d’Arabes Palestiniens (musulmans, chrétiens,) (mais Israël rejette ce mot Palestinien et a choisi Arabes d’Israël, pour effacer le mot Palestinien), et de Druzes (une autre sorte de musulmans). Seuls les Druzes peuvent être incorporés dans l’Armée israélienne, pas les Palestiniens, considérés comme des citoyens de seconde zone.
Les Musulmans se classent en deux orientations. Il y a les sunnites, les plus nombreux (Maghreb, Arabie Saoudite,) qui se revendiquent du Prophète Mahomet et il y a les chiites (Iran principalement) qui, eux, se revendiquent du prophète Ali, le gendre et cousin de Mahomet. Et les relations entre ces deux orientations religieuses sont souvent conflictuelles. Le groupe Hamas est sunnite ; il est lié aux Frères Musulmans ; le Hezbollah est chiite.
Un mot sur le Liban.
Le Liban est gouverné selon les 18 religions officielles et les Chiites sont une des 18 religions. Le président de la République doit être chrétien maronite, le président du Conseil des ministres, musulman sunnite et le président du Parlement, chiite (reste du protectorat français après la 1ère guerre mondiale). Autant dire que vouloir contrecarrer la présence Hezbollah/chiite au Liban relève de l’incantatoire. Seule une paix au Moyen Orient y parviendra
Maintenant, un plongeon dans l’Histoire de la Palestine, pour comprendre la situation actuelle.
Les Juifs traditionnalistes, pour justifier la colonisation de la Cisjordanie, affirment que les Hébreux sont venus sur une terre vierge.
Voyons cela. Quand Abraham, 2000 ans avant JC, est venu de la Mésopotamie en terre de Canaan ; il y avait les Cananéens. Quand le roi David a établi le royaume d’Israël, 1000 avant JC, il y avait les Philistins et quand les Juifs d’Europe ont commencé à venir en Palestine, début du 20ème siècle, il y avait les Arabes Palestiniens. Contrairement aux dires de Golda Meir, il n’y avait pas que des cailloux. Les oranges de Jaffa, les olives de Galilée s’exportaient jusqu’aux USA.
Le tournant dramatique pour le peuple juif commence avec Rome (à peu près 70 ans après JC) ; l’empereur romain ne supportant pas qu’un peuple n’adore pas ses dieux, disperse les juifs, souvent comme esclaves, dans tout l’Empire romain. Au cours des siècles, les Juifs, considérés comme étrangers, sont régulièrement, les boucs émissaires des difficultés du moment. Les chrétiens les considéraient comme les meurtriers de Jésus…
En 1897, un journaliste juif autrichien, Théodore Herzl, scandalisé par les nombreux pogroms contre les Juifs en Europe Centrale et par l’affaire Dreyfus, fait adopter au congrès juif mondial, à Bâle, le principe d’un « foyer national juif en Palestine » et créé ainsi le sionisme (de Sion une colline de Jérusalem).
En 1917, Sir Balfour, ministre britannique, promet son soutien à la création d’un état juif en Palestine et promet en même temps aux dirigeants arabes la création d’une grande nation arabe dont la Palestine, s’il se révoltent contre l’occupation turque (ottomane).
Après la 1ème guerre mondiale, la Société des Nations (SDN) confie, en protectorat, la Syrie et le Liban à la France et à la Grande Bretagne tout le reste du Moyen Orient. En réalité, la Grande Bretagne ne souhaite, ni d’un Etat Juif ni d’une grande nation arabe, voulant garder la main sur le canal de Suez et le pétrole d’Irak.
Dans les années 2021, des Juifs européens commencent à s’installer en Palestine. La Haganah, une organisation paramilitaire juive, sorte d’armée illégale, se met en place et commet des actes de terrorisme. Des soldats britanniques sont assassinés et la Haganah réagit violemment aux révoltes palestiniennes de 1920, 1921, 1929 et surtout 1936/39.
Le 27 novembre 1941, une guerre larvée éclate entre la Haganah et les groupes palestiniens, qui voient affluer beaucoup de Juifs, souvent démunis.
Mais à la fin de la 2ème guerre mondiale, les horreurs nazies et l’élimination de masse des Juifs européens (Shoah) (5 000 000 morts) poussent des milliers de Juifs à venir se réfugier en Palestine, avec l’accord des puissances occidentales.
Les responsables palestiniens tout en déplorant les massacres des juifs, (ils n’y sont pour rien), refusent que leur territoire soit confisqué pour réparer une HONTE de l’Histoire. Et refusent d’être les victimes d’autres victimes.
Les combats internes s’amplifient de novembre 1947 à mai 1948 ; et dans la nuit du 8 au 9 avril 1948, la Haganah entoure le village de Deir Yassin et massacre les 254 habitants, un massacre pour l’exemple. C’est le début de la Nakba (la catastrophe). Ben Gourion proclame le 15 mai 1948, l’Etat d’Israël et 800.000 Palestiniens sont poussés hors de la Palestine, leur pays ; 151.000 arabes palestiniens y resteront. Les exilés Palestiniens sont regroupés dans 57 camps (15 au Liban), (10 en Syrie), (24 en Jordanie) et (8 Bande de Gaza).
L’ONU qui reconnait Israël, créé l’UNRWA pour porter secours à ces réfugiés en attendant « le Droit au retour » qui ne viendra jamais.
(A noter qu’Israël a dissous unilatéralement UNRWA en 2025, se mettant en dehors du droit international).
L’ONU confie, en 1948, la gestion de la Cisjordanie et Jérusalem-est à la Jordanie et la Bande de Gaza à l’Egypte.
En 1967, la tension est à son comble, des commandos venant de Gaza opèrent en Israël, des chefs palestiniens jurent la destruction totale d’Israël ; Nasser qui souhaite rassembler le monde arabe surenchère et Israël est menacé de toute part. Tsahal, l’armée d’Israël, anéantit, en 6 jours, tout espoir de destruction et s’empare de la Cisjordanie, de Gaza, du Golan (Syrie) qu’elle occupe toujours, devenant de fait, une armée d’occupation.
L’ONU par les résolutions 242 (1967) et 338 (1973) enjoint Israël de renoncer à l’annexion des territoires palestiniens en échange de la paix. Les groupes armés palestiniens venant du Liban ne renoncent pas, eux non plus.
En juin 1982, le 1er ministre Begin envahit le Liban pour éradiquer la résistance palestinienne et, entre le 16 et 18 septembre, Tsahal entoure les camps de Sabra et Chatila, éclaire la nuit les abords des camps et les milices chrétiennes maronites entrent dans le camp et assassinent méthodiquement les réfugiés : 3000 civils sont froidement exécutés et 2000 autres sont portés disparus.
Cependant, sous la pression des USA, Rabin, le nouveau 1er ministre israëlien et Arafat semblent signer un accord de paix. Mais à son retour en Israël (1995) Rabin est assassiné par un étudiant juif d’extrême droite. Dès lors le parti de droite, le Likoud, et l’extrême Droite sionistes mènent une politique de colonisation de la Cisjordanie avec des exactions quotidiennes et des atteintes aux Droits de l’Homme et organise la destruction systématique de Gaza pour y rendre la vie impossible.
REMARQUES.
Désormais, il ne faut plus parler d’Israël mais du gouvernement de Netanyahou, car de nombreux Israëliens contestent cette course en avant meurtrière, et s’insurgent contre ce génocide de fait ; le journal israëlien Haaretz écrit même que « l’'État d'Israël est désormais tombé entre les mains d'une véritable organisation mafieuse ». Certains quittent Israël, ne s’y reconnaissant plus.
Israël combat l’Iran, mais quelle différence y a -t-il entre le ministre iranien des renseignements qui fait assassiner des journalistes iraniens et le gouvernement Netanyahou qui élimine systématiquement les journalistes et attachés de presse qui opèrent à Gaza, environ 800 dont 225 en juin 2025, pour cacher ce qui s’y passe…
Quelle différence y -t-il entre le gouvernement iranien qui mitraille sa population (environ 30000 morts) et le gouvernement israëlien qui affame la population, bombarde les secouristes et fait sauter des immeubles entiers à Gaza ou au Liban ?
Quelle différence y a-t-il entre le gouvernement d’Iran qui bombarde les installations d’un pays voisin et le gouvernement Netanyahou qui retourne au bulldozer les terres fertiles de Gaza et répand du phosphore blanc sur des terres du sud Liban ? Aucun Etat ne peut s’exempter des règles internationales, pas plus Israël qu’un autre, sinon il se range en Etat voyou.
N’a-t-on pas vu, dans les rues de New York, défilant récemment comme des héros, lors du « jour d'Israël », les ministres d’Extrême Droite, Amichai Eliyahu, ministre du Patrimoine, et Bezalel Smotrich, ministre des Finances et gouverneur colonial de Cisjordanie, appelant tous les deux à l'extermination des Palestiniens et affirmant même que le génocide à Gaza était une rédemption biblique envoyée par Dieu. Quelle différence y-a-t-il avec les Mollah iraniens, ces religieux jusqu’au boutistes ?
Et comme le dit Dany Laferrière « Ce n’est pas parce que l’on a beaucoup souffert qu’on a tous les droits »
L’Europe a sanctionné, à juste titre, la Russie pour l’occupation d’une partie de l’Ukraine, pourquoi n’a-t-on pas sanctionné Israël qui occupe et colonise la Cisjordanie, détruit Gaza et revendique ces territoires comme terre d’Israël ?
Israël se trouve désormais rejeté par la majorité des nations et met les juifs de par le monde en accusation et, de fait, pousse certains Juifs à s’arranger avec la réalité, par solidarité.
Un enfant palestinien qui a vu sa mère partir en morceau, ses frères et ses soeurs amputés ou décapités, développer une haine inextinguible et deviendra plus tard un bras armé sans retenue, gage d’un futur 7 octobre.
Maintenant l’avenir.
Les dirigeants d’Israël se sont lancés dans une course perdue d’avance. Aucun citoyen d’aucun pays au monde ne renoncera à sa terre. Ce qu’on nomme des terroristes sont par ailleurs des héros. Jean Moulin et Marc Bloch, étaient des terroristes pour les allemands, les Ukrainiens sont des terroristes pour les Russes.
Israël doit être reconnu dans ses frontières initiales et Gaza ; la Cisjordanie revenir territoires palestiniens et Jérusalem capitale ouverte, car lieu saint pour trois religions. Un partage du territoire en somme. Il faut savoir que des chirurgiens, médecins, infirmiers palestiniens travaillent dans les hôpitaux israëliens…
Critiquer le gouvernement d’Israël n’est pas de l’antisémitisme ; c’est juger des actes et non une origine.
Et en France, l’antisémitisme ou le racisme anti palestinien, n’ont pas leur place, non plus ; c’est rajouter des victimes à d’autres victimes.
La communauté internationale doit exiger l’application des lois internationales. Et juger tout dirigeant meurtrier.
La raison doit l’emporter. Cherchons en citoyen du monde, à tout prix, ce qui rassemble.
Nous donnerons pour conclure, la parole à Edgar Morin : « Ne jamais mutiler le réel pour le rendre commode ; ne jamais renoncer à comprendre l’autre ; ne jamais séparer la lucidité de l’espérance ». Et « Oser la fraternité » (Joann SFAR)
Un regard citoyen
Claude THOMAS,
ancien maire adjoint à la Culture (Le BREUIL)