Les organisations professionnelles des agriculteurs bio réagissent à une aide décidée par le gouvernement en faveur seulement des exploitants conventionnels.
Communiqué de Bio Bourgogne-Franche-Comté et du réseau du Groupements d'agriculteurs bio du 7 septembre 2026 :
Le gouvernement a mis en place le 31 juillet dernier un guichet exceptionnel d’aide à l’achat d’engrais azotés simples pour soutenir les agriculteurs conventionnels face à la hausse des coûts de production.
Ce fonds d’urgence, d’un montant de 145 millions d’euros, non seulement ne profitera pas aux agriculteurs bio - ce type d’engrais leur étant interdit - tout autant concernés pourtant par la hausse des charges et les pertes liées aux aléas climatiques, mais, aggravant la dépendance des agriculteurs conventionnels aux engrais de synthèse, il retardera encore la transition énergétique d’un modèle fortement lié aux énergies fossiles, premier facteur du réchauffement climatique dont ils sont aussi les victimes.
Cette aide, providentielle pour les marchands d'intrants, et qui dispense les agriculteurs de toute recherche d’alternative, décourage le recours aux engrais organiques, base de la fertilisation en bio, privant ainsi la collectivité des externalités positives induites par leur utilisation (baisse des coûts de dépollution de l’eau, maintien de la santé des sols etc.).
La Cour des Comptes estimait déjà en 2022 dans son rapport sur les politiques publiques en faveur de la bio, que le coût annuel pour la collectivité du traitement des flux d’engrais azotés, d’herbicides et de pesticides de synthèse - trois catégories d’intrants totalement interdits en bio - étaient de 15 à 27 fois supérieurs aux soutiens financiers alloués à l’agriculture biologique.
Ce constat interroge sur la volonté de reconquête de notre souveraineté alimentaire affichée par le gouvernement, une souveraineté que, curieusement, la dépendance de notre modèle agricole aux engrais azotés, dépendance dont l’urgence de ce plan d’aide est un aveu criant, ne lui paraît pas contredire.
Ce qu’au contraire commandent la crise profonde de notre agriculture et la recherche d’une vraie souveraineté alimentaire, c’est d’en finir avec un modèle dont le coût, financier, sanitaire, environnemental, ne cesse de s’alourdir sans que progressent la compétitivité des exploitations conventionnelles et le revenu de ceux qui s’épuisent à les faire vivre.
La crise actuelle offre l’opportunité d’une réorientation radicale des soutiens et l’occasion de substituer aux aides d’urgence visant la survie d’un modèle destructeur à bout de souffle, l’affectation des moyens qu’exige une véritable transition agroécologique portée par le développement de l’agriculture biologique.
Les acteurs du réseau bio régional demandent donc à ce que, au plus vite, les sommes débloquées dans l’urgence qui, au nom d’une fausse compétitivité aggravent notre dépendance aux intrants importés, soient affectées au développement d’une agriculture vertueuse, et qu’elles bénéficient aux paysans et paysannes bio qui la défendent. En choisissant de mettre en œuvre dans leurs fermes des pratiques favorisant l’autonomie et la résilience, la protection des ressources et le respect du vivant, les paysans et paysannes bio servent, à travers la production d’une alimentation saine, l’intérêt général.
Un soutien fort en faveur de l’agriculture biologique est seul de nature à inciter les agriculteurs conventionnels à faire évoluer leurs pratiques dans la direction qu’exigent de prendre la gravité des enjeux et l’impasse dans laquelle les a conduits un modèle devenu indéfendable.