Les violences sexuelles ont eu lieu dans la région du Creusot de 2006 à 2014. Ce père vraiment pas très net a été jugé. Et condamné.
On va vous restituer au mieux une petite audience, portant sur des faits graves et anciens. Ce jeudi 18 décembre, à la barre de l’audience d’homologation se tient un homme d’environ 55 ans. Il doit faire face à des faits qu’il a reconnus avoir commis, d’attouchements sexuels et de violences à l’encontre de ses filles.
La période de prévention court de début 2006 à fin 2014, soit 9 ans ! On est donc sur des faits récurrents. L’homme leur touchait les seins, les embrassait sur la bouche, les insultait (« grosse vache, sal**e, p*t*, grosses merdes ») et les giflait. Neuf ans d’habitudes intrafamiliales qui tombent sous le coup de la loi.
L’homme a reconnu les faits, c’est la condition sine qua non pour bénéficier de la procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Sans reconnaissance des faits, c’est le tribunal correctionnel et des débats à l’audience. Il a donc reconnu mais pas dans les termes de la loi, et la juge ne laisse pas les choses filer sans autre forme de procès, si on peut dire.
« Comme je l’ai dit, je plaisantais »
« Monsieur vous avez commis deux infractions, comment vous les expliquez ? Les agressions sexuelles ?
- J’ai pas pensé… Je plaisantais avec mes filles…
- En faisant quoi ?
- Euh… Euh… (il est gêné, parle bas, en devient inaudible)
- Monsieur, vous leur touchiez la poitrine, vous les embrassiez sur la bouche.
- Comme je l’ai dit, je plaisantais. »
« Pour moi, c’est l’amour d’un père »
Il plaisantait ? La juge chargée des homologations de peines ne plaisante pas. Elle est calme, elle est respectueuse du prévenu et elle est cash.
« Comment vous expliquez que vous ayez eu de telles envies ?
- Pour moi, c’est l’amour d’un père.
- Un amour qui a une connotation sexuelle. Vos filles disaient quoi ?
- (inaudible)… Après… elles ont su me faire comprendre… » (Bravo les filles ! ndla)
« Si je pouvais revenir en arrière, je ferais quelque chose de bien, de carré »
« Les violences ?
- Je travaillais beaucoup, je buvais beaucoup, je m’énervais pour un rien. Mais j’ai arrêté l’alcool et je n’ai plus embêté mes filles.
- On n’est pas sur « embêter », monsieur, on est sur des gifles et des insultes de grosse vache, sal*p*, p*t* , et elles avaient moins de 15 ans.
- J’ai beaucoup de regrets par rapport à ça. Si je pouvais revenir en arrière, je ferais quelque chose de bien, de carré. »
Il semble sincère, il en devient touchant. Les faits restent condamnables mais voilà, « je ferais quelque chose de bien, de carré, si… ». Si… Si… Et si…
« Oui, on a besoin de parler ! »
Ses filles ont écrit au tribunal et font état de « problèmes psychologiques », elles consultent ou ont consulté toutes les deux. Il en pense quoi ?
« Je suis d’accord avec elles. Parler, ça fait du bien. Je suis suivi par un psychologue et ça me fait du bien. Oui, on a besoin de parler ! »
L’alcool
« Tous ceux qui boivent ne sont pas violents, monsieur.
- Oui c’est vrai. Je travaillais beaucoup beaucoup beaucoup. Et puis, on m’a jamais empêché de boire.
- Vous ne pouviez pas vous empêcher tout seul ?
- Je travaillais beaucoup, j’avais besoin de me détendre…
Un verre, ça détend.
- C’est dérangeant que lorsqu’on vous interroge sur les faits à caractère sexuel et les violences, vous dérivez sur l’alcool comme si ça pouvait tout expliquer. »
L’homme maintient que ça a compté, l’alcool. La juge reprend :
« C’est pas l’alcool, monsieur, qui vous a conduit à commettre des attouchements et à une telle violence sur vos propres enfants. »
La peine qu’il a acceptée
Le procureur a proposé au prévenu la peine de 2 ans de prison avec sursis, 1 an de privation du droit d’éligibilité, l’interdiction de toute activité, même bénévole, le mettant au contact de mineurs pendant 1 ans, et constate l’inscription de l’homme au FIJAIS (peine automatique, de droit).
Les filles demandent que leur père les indemnise des coûts de leurs consultations chez des psychothérapeutes (on suppose qu’il s’agit de psychothérapeutes).
« C’est un homme un peu brut de décoffrage »
« Les faits ont commencé il y a 19 ans, intervient maître Bibard pour le prévenu. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, pour tout le monde. Monsieur s’est ressaisi. C’est un gros travailleur (il est artisan, ndla), avec des journées de travail immenses. Il s’est pris en charge sur le plan psychologique, il voit un thérapeute et puis il a été vu par un expert psychiatre qui écrit qu’il n’a pas de troubles de la personnalité, qu’il n’est pas dangereux (pas en dehors de sa famille, ndla).
Monsieur, vous le voyez, c’est un homme un peu brut de décoffrage. Il a le souhait qu’un jour les choses puissent s’améliorer. »
Confus sur tous les plans, il demande le pardon « pour ce que j’ai été »
Ce père, confus sur tous les plans, visiblement attaché à ses filles mais encore dans le noir concernant le fait qu’il s’est permis des actes et des paroles inadmissibles pendant des années, s’excuse encore, « pour ce que j’ai été ».
La juge homologue la peine proposée par le procureur de la République et acceptée par le prévenu. Il a passé un moment difficile pour lui, mais enfin il a fait face, comme il a pu certes mais quand même.
Florence Saint-Arroman