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> Faits Divers > En Saône-et-Loire
14/10/2025 03:17
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TRIBUNAL : Il s'était introduit aux Urgences de l'Hôtel-Dieu du Creusot, avec deux couteaux

Il avait commencé par faire le 17... En sachant qu'en janvier, il avait déjà débarqué au commissariat de Police, un couteau à la main... Condamné à de la prison ferme et maintenu en détention, il sortira avant Noël...
Ce jeudi 13 octobre, l’homme qui, le 12 mai dernier, avait pénétré dans l’Hôtel Dieu du Creusot en dissimulant deux couteaux dans sa ceinture dorsale pour aller « régler des comptes », a été jugé et condamné.
On tient à le répéter : il y a un temps pour le fait divers (mal nommé, car pour les victimes ça n’est jamais « divers ») et un temps pour l’audience de jugement et bien souvent un autre éclairage (le temps de l’après-coup).
L’homme est né en 1972. Il vivait, si on a bien compris, à Marmagne (il s’y réfère à l’audience). Il avait un logement, un travail (« en intérim mais je travaillais tout le temps, avec des déplacements dans toute la France »). Il faisait du bénévolat à la SPA, dit-il, et s’occupait, toujours selon ce qu’il dit, « d’enfants », et enfin « même les gens que je connais pas, au café je leur serrais la main ».

« Il appelle à l’aide, mais in fine il agresse les autres »
Sur un autre versant, c’est un homme qui est en grande difficulté mentale, pour ne pas dire psychiatrique, depuis au moins 2023. Qu’il souffre est une évidence que la présidente évoque (« un historique de souffrances) et que la procureur reconnaît aussi : « Il a fait une dizaine de tentatives de suicide, il appelle à l’aide, mais in fine il agresse les autres. »

Le 12 mai : il a appelé à l’aide puis il a agressé. A 20h38 il a fait le 17
Eh bien le soir du 12 mai dernier, il a fait ça : il a appelé à l’aide puis il a agressé. A 20h38 il a fait le 17. Douze minutes, ça a duré douze minutes dont beaucoup sont « inaudibles ». « Pendant 12 minutes, il parle, dira son avocate, Elise Andali. A un moment il dit : ‘J’ai plein d’idées dans ma tête, en fait’. Il pleure… et dit aussi : ‘Je vais me venger, ils vont le payer’. Et il pleure encore. Voilà dans quel état il était. »

« C’est moi qui ai appelé la police »
Entre appel au secours et volonté de se « venger ». En tous cas, il avait prévenu. 12 minutes, c’est très long. Il voulait se venger, dit-il, de la façon dont il pensait avoir été mal traité, trois jours auparavant. On s’était moqué de lui… « En fait j’étais chez moi. J’ai pris des cachets et je me suis retrouvé à l’hôpital, je ne sais pas. Avec l’épilepsie, mon cerveau s’endort. C’est moi qui ai appelé la police. J’ai cherché un bureau. Pas de chance il y avait une dame et un monsieur. J’étais en panique, je voulais juste m’enfermer. »
La présidente lui oppose des éléments de réalité qui figurent au dossier. Il répond : « Oui c’est ça » et il parle, il parle.
« Il y avait une dame et un monsieur » : en effet, deux médecins échangeaient, dans un bureau « sans fenêtre » précisera la procureur et c’est un détail important. Un petit local, clos, dans lequel fait irruption ce grand type dans un état hasardeux (il était ivre) qui tient un couteau (lames de 20 cm) dans chaque main, et qui vocifère et ne veut rien entendre. Vent de panique. Surtout quand « il bloque la porte, et tient des propos décousus » témoignera l’un des médecins.

A 21 heures les forces de l’ordre sont alertées par l’hôpital
Les médecins ont réussi à gagner une sorte de cabinet de toilette adjacent et qui a le grand mérite de porter un verrou pour s’enfermer de l’intérieur. Le type frappe et cogne la porte. Des policiers arrivent, l’entendent et même, dit la présidente, le reconnaissent car le 29 janvier il s’était pointé chez eux, un couteau en main, menaçant de se suicider.
Les policiers lui parlent, il s’apaise enfin. Il disait donc qu’on s’était moqué de lui, trois jours auparavant, et avait pris des couteaux « pour pas qu’on m’attache à un lit comme la dernière fois ».
Le lendemain, il fait l’objet d’une hospitalisation sans son consentement. Il sortira le 20 juin, sera immédiatement interpellé, présenté au procureur de la République puis placé en détention provisoire.

« Les faits sont avant tout, à notre avis, la conséquence de la prise d’alcool »
Il y rencontrera un expert psychiatre qui écrit : « Les faits sont avant tout, à notre avis, la conséquence de la prise d’alcool. » Donc pas d’abolition du discernement. L’expert conclut à l’altération, pour une structure « psychotique ou prépsychotique ». Sauf que, comme insiste maître Andali : « Il y a forcément autre chose que de la prise d’alcool. »
Ce point semble acquis car l’audience est animée par les propos de ce malheureux qui tantôt pleure qu’il n’est pas cette personne là qui a terrorisé deux médecins, les séquestrant et les tenant comme en joue sous la menace de couteaux, tantôt s’adresse au tribunal avec des sorties de ce genre :
« Oui madame, c’est ce que je dis, quand me suis retrouvé avec un couteau et un poisson (c’est ce qu’on a compris, son avocate dit qu’il avait alors une casserole dans une main et un couteau dans l’autre – et il parle d’un autre jour). C’est moi qui ai appelé la police. »

Plusieurs séjours dans différents services de psychiatrie, plusieurs tentatives de suicide
La présidente : « Bref, vous avez compris que pour les autres, c’est terrifiant de vous voir avec deux couteaux ? » Le prévenu : « Oui, bien sûr, je sais, madame. Moi je tuerais pas une mouche mais quand je suis en dépression… (…) Mais à chaque fois qu’ils m’emmènent là-bas, je suis attaché. Déjà, ma première crise d’épilepsie… Madame je me suis excusé et j’ai pleuré. »
Cet homme a déjà fait plusieurs séjours dans différents services de psychiatrie. Il a déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Il a un traitement (Lexomil, valium, anti-dépresseur et quoi d’autre ?). « Il ne le prend pas, ou alors il prend deux à trois fois les doses. » Il précise : « Parce que des fois, j’ai oublié que je les ai déjà pris. »

Des audiences qui mettent mal à l’aise, toujours
Bref, encore un qui n’a certainement pas les soins adaptés ? On ne sait pas, nul ne sait. A cette audience comme à toutes celles où est jugée une personne qui met tout le monde mal à l’aise avec des propos comme ceux-ci :
« J’étais au chantier, je travaillais. Mais je me retrouve à 1,5 km de là et je vois des gens, comme vous, mais en sang, et je reçois des coups, je ressens la douleur, et c’est pour ça que j’ai fait des TS, parce que j’ai peur. » - à ces audiences-là, chacun précise bien qu’il n’est pas psychiatre, du coup, ne peut pas « savoir » mais tout de même… Sauf que l’expert ne décide pas de l’abolition du discernement, alors le prévenu est considéré comme responsable pénalement, il va falloir juger, condamner.

Les bureaux des urgentistes sont désormais équipés de « boutons d’urgence, reliés au 17 »
Maître Dagonat, venu de Paris, a attendu tout l’après-midi (un dossier est passé avant celui-ci parce que pour le coup il y avait une abolition et il y a eu pour finir une hospitalisation d’office et tout cela prend du temps et l’ARS est plus facile à joindre avant 20 heures) pour dire quelques mots pour les deux médecins qui se constituent parties civiles.
« On comprend l’état de stress de mes clients. Ils ont chacun une ITT de 10 jours. Ils ont eu la peur de mourir, ils ont été particulièrement marqués par ce qui s’est passé en mai. » Depuis, dit l’avocat, les bureaux des urgentistes sont équipés de « boutons d’urgence, reliés au 17 ».

« Les deux victimes voulaient fuir : c’est lui qui les a enfermées »
La procureur estime que dans ce dossier-ci, « il y a un abus de substances » (médicaments en cocktail excités par de l’alcool) et puis « l’ambivalence de monsieur ». « Il allait régler des comptes. Il a dit qu’il avait dissimulé les couteaux dans sa ceinture dorsale pour ne pas effrayer des patients. Les deux victimes voulaient fuir : c’est lui qui les a enfermées. On a un passage à l’acte alors qu’on a des soins. »
D’où le problème qui se pose (et les questions afférentes : quels soins ? adaptés ? que faire s’il fait n’importe quoi avec son traitement ?), problème aggravé par « une addiction à l’alcool ».
« En prison, il ne boira pas. » Elle requiert une peine de 30 mois de prison dont 18 mois seraient assortis d’un sursis renforcé pendant 3 ans, peine complémentaire d’interdiction de porter une arme pendant 5 ans. Et une peine d’inéligibilité (eh oui, c’est la loi) de 5 ans.

« Pourquoi faire ça ? Est-ce que la personne qui va commettre une infraction appelle le 17 pour prévenir ? »
« Ce genre de dossier me met toujours un peu mal à l’aise, dit maître Andali. Je me demande toujours si ces audiences et ces réquisitions ont un intérêt pour le prévenu et pour la société. Ça me fait de la peine d’entendre monsieur. » L’avocate ne discute pas les faits : il les a commis. « Mais quelle réponse pénale ? »
C’est là qu’elle parle de cet appel au 17, juste avant de passer à l’action. « Pourquoi faire ça ? C’est absurde. Est-ce que la personne qui va commettre une infraction appelle le 17 pour prévenir ? » (L’ambivalence du prévenu, elle est aussi à cet endroit-là, ndla) « L’expertise fait 3 pages… C’est court. Il a parlé de ses hallucinations, ça ressort du dossier. Il a des antécédents psychiatriques, des hospitalisations, il y a donc bien quelque chose… ! » L’avocate demande au tribunal de retenir l’altération du discernement, de prioriser le soin, et aussi d’insister sur la question de la prise d’alcool, « dont il n’est pas encore conscient ».
Le prévenu a la parole en dernier : « Je m’excuse encore, pour les deux messieurs (sic) de l’hôpital, je m’excuse à vous aussi. »

Le tribunal donne donc une réponse pénale
Le prévenu est dit coupable et condamné à la peine de 24 mois de prison dont 18 mois sont assortis d’un sursis probatoire renforcé pendant 3 ans. Maintien en détention pour les 6 mois ferme (dont seront déduits les jours de détention provisoire, et il est enfermé depuis le 20 juin : les deux mois en gros qui restent à faire seront-ils suffisants pour une réponse thérapeutique adaptée ?
Pour un sevrage, également ? Qui a dit que c’était simple ? Personne).
Puis obligation de soins en addictologie et en psychiatrie et obligation d’indemniser les parties civiles, ainsi que de payer le droit fixe de procédure. Interdiction de détenir une arme pendant 5 ans et privation du droit d’éligibilité pendant 5 ans.
L’injonction de soins n’est pas possible pour cette infraction, précisait (en le regrettant) la procureur.
Les 18 mois de sursis sont là pour servir de moyen de pression ou de contention si le condamné ne respectait pas son cadre puisque le juge de l’application des peines a le pouvoir de révoquer et d’incarcérer (à la hauteur du quantum de sursis).
On regrette quand même, comme à chaque fois, qu’il manque des maillons adaptés à ces personnes qui vont bien mal et ont des passages à l’acte violents mais à qui toute la prison du monde n’apporterait aucune amélioration, bien au contraire. 
FSA


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