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> Faits Divers > En Saône-et-Loire
14/01/2022 03:16
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TRIBUNAL : Des SMS de menaces envoyés depuis la prison, ce n'est pas vraiment recommandé

«J’ai été un con de mal parler à ma compagne, mais jamais on n’en viendra aux mains»... Le prévenu a quand même écopé de 12 mois ferme, avec maintien derrière les barreaux... 
Il prend conscience de ce que signifie l’interdiction de contact : « Ça veut dire que je ne peux même pas téléphoner à ma compagne ? »
« Je veux passer le permis poids lourd parce que si je ne travaille pas, je tourne en rond et je fais n’importe quoi. » Le prévenu a parfois l’intelligence de sa situation. Mais il est aussi capable d’écrire des choses comme : « Toi, (quand) je sors : t’es morte, je te tue, je te mets en lambeaux, je te brise les os. » Il envoie ces messages à sa femme, la mère de ses trois petits. Il écrit de la prison de Besançon. Elle reçoit ces menaces, d’avril à novembre 2021. Pourtant, le 16 décembre dernier, il demandait un renvoi : « Je souhaite que ma compagne soit là, pour qu’on puisse s’expliquer.


« Pour elle c’est le parcours du combattant, avec les petits »
L’homme, âgé de 31 ans, défend un mode relationnel vif, entre eux. L’oral est relâché, c'est le moins qu'on puisse dire. Alors qu'il est poursuivi pour menaces de mort réitérées contre elle, il dit de la victime : « Pour elle c’est le parcours du combattant, avec les petits. Elle n’a pas le permis et ne peut pas venir à Besançon, mais elle m’envoie des photos des enfants et me soutient tous les jours. »
Mais : « Je vais te mettre en morceaux à ma sortie. » A Besançon il est détenu pour autre cause (DPAC), dans le cadre d’une affaire criminelle qui est à l’instruction. Le juge qui préside le 16 décembre lui fait remarquer que le tribunal va renvoyer mais qu’en aucun cas sa compagne n’est tenue d’être présente la prochaine fois.

Les enquêteurs (affaire criminelle) mettent sa femme sur écoute, et…
C'est comme elle veut, et sans doute comme elle peut. Ils sont en couple depuis 10 ans, ont trois enfants dont l'aîné n'a pas cinq ans. La prochaine fois, c’est ce jeudi 13 janvier.
Elle n'est pas là. Elle a écrit à la juridiction, demande « un non-lieu ». Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, estime que cette femme est victime de pressions, que cela explique son revirement puisqu’elle a pu demander antérieurement une interdiction de contact.
« Cette femme doit être protégée », conclut la procureur. Pourtant ce n’est pas la victime qui est à l’origine des poursuites. Les enquêteurs, pour l’affaire de tentative d’assassinat dans laquelle le prévenu est mis en examen, mettent sa femme sur écoute. Ils entendent des échanges plutôt virulents, interceptent des messages du style « balance de tes morts, je vais te torturer ».
Ils proviennent de deux téléphones portables, or le mari est en prison : il est donc poursuivi pour recel de bien (les téléphones portables sont interdits en prison).

« J’ai pas notion que c’était des menaces »
Puisqu’on n’a jamais saisi le moindre portable sur le prévenu ou dans sa cellule, celui-ci décide de contester être l’auteur des messages. La présidente Catala en lit plusieurs, tous ceux qui évoquent les enfants : on dirait bien qu’ils émanent de leur père.
La substitut du procureur dit qu’il a pourtant reconnu « tout cela » en audition. Le prévenu réagit vivement. Les escortes posent leurs mains sur ces épaules. Julien Marceau, son avocat, tempère : « Elle ne se laisse pas faire, elle lui répond, et l’insulte également. » Le tribunal revient à la prévention : des insultes ne sont pas des menaces de mort. « J’ai pas notion que c’était des menaces », se défend le prévenu, qui donc reconnaît sans reconnaître.

« Je vois que ma vie est en train de se détruire et je ne peux rien faire »
Il semble en souffrir : « J’ai été un con de mal parler à ma compagne, mais jamais on n’en viendra aux mains (il fut condamné en 2018 pour violence contre elle, ndla). On avait acheté une maison, on doit quitter le secteur. (Sa famille fut victime de tirs contre leur maison, la femme et les enfants ont quitté le village, mais tout cela fait un sac de nœuds pas possible, ndla) Je vois que ma vie est en train de se détruire et je ne peux rien faire. »
Maître Marceau plaide la difficulté extrême pour ce couple de vivre cette détention provisoire, lui, coupé de ses enfants ; elle, les ayant seule à charge. Il plaide « son langage », sans la moindre intention de passer à l’acte. Il plaide « les efforts » de monsieur, demande une relaxe concernant le recel d’un téléphone qu’on n’a jamais trouvé.

Enfance très difficile
« J'ai dit des choses qui dépassent mon imagination », avait joliment dit le prévenu à l’audience de renvoi. Il a connu une enfance bien difficile, né de parents violents qui meurent alors qu'il a 13 ans. D’ailleurs il revient sur « les choses particulières que j’ai vues quand j’étais enfant ».
La présidente essaie de lui faire entendre que, si l’on peut comprendre qu’il soit le fruit d’un contexte particulièrement difficile au point que les mots « torturer », « t’enfoncer un couteau dans le crâne », « couper en lambeaux », ne soient « ni plus ni moins que des mots » - comme il a dit -, il n’en va pas de même pour les autres. Le prévenu en convient, sans vraiment en convenir. Il a 13 mentions à son casier dont 7 pour violence.

12 mois ferme, 3 ans de probation avec un accompagnement renforcé
Le délibéré dure longtemps. Le tribunal déclare le prévenu coupable, le condamne à une peine de 30 mois de prison, dont 18 mois sont assortis d’un sursis probatoire renforcé avec obligation de travailler, de suivre des soins, et d’intégrer le dispositif d’accompagnement individuel (AIR) renforcé pendant 3 ans. Interdiction de contact avec la victime, ainsi que de paraître à son domicile.
Il baisse la tête. Le tribunal ordonne son maintien en détention. « Je vais faire appel, et je viendrai en présence de ma compagne, on pourra mieux s’expliquer », dit le condamné. Puis il prend conscience de ce que signifie l’interdiction de contact : « Ça veut dire que je ne peux même pas téléphoner à ma compagne ? »
En effet. La présidente essaie de lui expliquer, mais lui qui avait averti être sur le point d’exploser pendant l’audience, tape du pied, met brutalement les papiers qu’il devait signer en charpie et les jette : « Tiens, ils sont signés, tes papiers. » L’escorte le fait sortir.
Florence Saint-Arroman