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> Faits Divers > En Saône-et-Loire
07/05/2021 03:18
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TRIBUNAL : Déchainé, «il parvient à prendre en douce une photo de son ex alors qu’elle est sous la douche» pour l'envoyer...

Il la traite de «pute», mais pense qu’ils peuvent reprendre tout de même leur relation... Pour partir en prison, il se lève avec l’escorte pénitentiaire. Sanguin il file un coup de poing dans la vitre du box, d’une enjambée sort du box...
Il faut reboucher les trous qu’il fait dans les murs quand il est énervé. « C’est vrai, je suis assez impulsif. » Impulsif, sans aucun doute, il en a fait la démonstration en quittant le box des prévenus, ce lundi 6 mai en comparution immédiate, mais il est aussi capable de préméditer, l’histoire qui suit le raconte.

« Il n’a pas accepté notre rupture »
C’est un homme âgé de 35 ans qui sort tout juste d’une vie de famille qui aura duré 10 ans. La relation de couple a pris fin en janvier dernier. « Il n’a pas accepté notre rupture, a dit son ex-compagne, et il a un double des clés. » Détail important car lorsque madame a débuté une autre relation, avec un autre homme, son ex se montre plus jaloux qu’un pou. Il fouine sur Facebook, trouve le profil du nouveau, chance son numéro de téléphone est public. Il appelle donc ce monsieur, l’insulte abondamment. Il insulte son ex, aussi. Il la traite de « pute », mais pense qu’ils peuvent reprendre tout de même leur relation. La dame ne veut pas.


Une situation familiale singulière
Le prévenu dit au nouveau qu’il veut lui parler, et lui donne rendez-vous au domicile de son ex, où vivent deux enfants : la fille qu’ils ont eue ensemble, âgée de 8 ans, et la fille du prévenu, âgée de 10 ans. Retirée à la garde de sa mère sur décision d’un juge, elle aurait dû être confiée à son père, mais comme « il manque des papiers, chais pas quoi », eh bien elle est sous la garde et la responsabilité de l’ex de monsieur. Une situation peu commune, que maître Diry plaide en faveur de son impulsif client, comme éclairant la réaction de celui-ci lorsque le nouveau copain lui aurait dit « T’inquiète pas, tu verras plus tes enfants. » Une parole en l’air, comme on dit, mais faite pour effrayer et ça a marché au-delà de toute espérance.

Et « c’est parti en cacahuète »
« Ça m’a retourné le cerveau ! L’idée de plus voir mes filles ! » C’est ainsi que le jour de la confrontation qu’il avait exigée, le 28 avril dernier, il vient pourtant sa dague de chasse, un joli bébé avec une lame de 25 cm, et un pistolet à air comprimé. Il accueille le nouveau chéri de son ex-chérie en lui disant « viens, baltringue ! », et « c’est parti en cacahuète » témoigne son ancienne compagne. Le prévenu croit pouvoir justifier la suite en expliquant que le nouveau « a bombé le torse », alors, pour lui montrer c’est qui le plus fort, paf il sort sa dague. On la fait courte : l’autre, effrayé, se barre au volant de la voiture d’un copain. Le prévenu sort son pistolet, tire sur la vitre arrière, la vitre explose.

Pourtant, « ce qu’elle fait ne vous regarde pas »
Avant cette scène, la femme avait reçu plusieurs messages « très violents » dit la présidente Verger. « Ton negro et toi… », « je vais le faire saigner devant toi », « avant de vous buter, je… » Il parvient à prendre en douce une photo de son ex alors qu’elle est sous la douche, l’envoie directement au nouveau. Il est déchaîné.  La présidente oppose à ce déchaînement, des propos raisonnables : madame et lui sont séparés, elle est libre de refaire sa vie, « ce qu’elle fait ne vous regarde pas ». Obtus, le prévenu répond : « Il m’a dit Tu ne reverras jamais ta fille. De toute façon, il a réussi. Aujourd’hui je suis en prison. » 6 condamnations (la première quand il était mineur), deux vols, deux faits de violence.

Il était devenu toxicomane pour éviter de devenir alcoolique
Dès ses 14 ans, il se drogue au cannabis, à 18 ans il tâte de toutes les autres drogues, celles qu’on appelle « dures », mais il n’a jamais trop pris d’alcool, car il avait peur de devenir comme son père, alcoolique et violent. Depuis 2008, il prend un traitement de substitution. Il dit au tribunal qu’il a 60 000 euros de dettes pénales. Maître Mirek parle pour les victimes dans ce dossier. « ça fait froid dans le dos, monsieur se croit tout permis. » Elle récapitule : les deux armes, « en présence de deux enfants » (qui criaient de peur). « Il a prémédité son geste. » Marie-Lucie Hooker, substitut du procureur, substitut du procureur, récapitule également, et requiert une peine de 12 mois de prison dont 6 mois seraient assortis d’un sursis probatoire de 2 ans.

Peine mixte, mais maintien en détention pour la partie ferme
Le tribunal suit les réquisitions, condamne cet homme à une peine de 12 mois de prison dont 6 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligation de soins, d’indemniser les victimes, et interdiction d’entrer en contact avec elles. Maintien en détention pour la partie ferme.
Il devra payer 1 000 euros au nouveau copain pour son préjudice moral, pour madame, renvoi sur intérêt civil en octobre.

Sortie fracassante
L’homme se penche vers le micro : « Comment vous voulez que j’indemnise si je suis en prison ? » La présidente lui explique précisément comment il peut faire, et cette réponse ne le satisfait pas : sa question était de mauvaise foi. Il refuse de signer le document qui détaille sa peine et ses obligations. Puis il se lève avec l’escorte pénitentiaire. Sanguin il file un coup de poing dans la vitre du box, d’une enjambée sort du box. C’est un accès réservé aux prévenus qui viennent sous escorte : un escalier conduit ensuite aux geôles ou au sas dans lequel se garent les véhicules (pénitentiaire, gendarmerie, police). On entend un barouf pas possible, mais comme l’escorte garde son calme, on pense qu’il a lancé une chaise dans l’escalier. S’il était chez lui, il aurait encore fait des trous dans les murs.
Florence Saint-Arroman