Elle boit, il boit. Plic, ploc. Comme tombe la pluie, à ceci près qu'il y a des violences. La femme entre dans le box, on lui voit un petit air sauvage, celui que peuvent porter des gens marginalisés et qui souffrent.
Elle a été condamnée en 2024 pour des violences sur ce même conjoint. Sauf que sortant de prison, elle se remet avec lui, en dépit de l’interdiction de contact. Lui fragile, lui qui boit trop. C'est d'ailleurs le frère de ce monsieur qui a fait un signalement : déjà condamnée, cette femme est revenue profiter de la vulnérabilité de son frère, lequel est justement à l'hôpital.
La victime se confiait à un ami. La frère produit des échanges (la victime dit les gifles, les insultes, et un vase cassé sur sa tête=), et au moins une photo.
La prévenue est placée en détention provisoire le 15 avril. Elle est jugée ce 4 juin.
« Il y a un petit souci avec vos compagnons, visiblement »
A l'audience c'est tout embrouillé entre les extraits que lit la présidente et les déclarations de la prévenue. On va s'en tenir à ce qui lui est reproché : des violences habituelles, du 4 février 2025 au 25 mars 2026, en récidive.
Au casier de la femme, plusieurs mentions, dont : violence sur conjoint en 2022, violence aggravée par trois circonstances en 2023, violence sur conjoint - même victime qu'aujourd'hui - en 2024.
La présidente observe : « Il y a un petit souci avec vos compagnons, visiblement. Qu'est-ce qui se passe ? » « J'ai réfléchi, répond la femme. C'est par rapport à mon passé violent avec les hommes. - C'est-à-dire ? » demande la juge. Bref silence puis : « Avec les hommes avec qui j'ai été. » La présidente ferme les portes : « Et maintenant, c'est vous qui êtes violente. D'accord. »
La femme écrase des larmes muettes.
Elle dit : « Je vais repartir à zéro »
La prévenue est née en 1989, elle ne travaille pas, est mère d'un enfant qu'elle ne voit plus mais qu'elle a au téléphone de temps en temps. Elle a de lourdes dettes locatives (8 000 euros) et fait l’objet d’une procédure d'expulsion. On comprend qu'elle a rencontré un nouveau copain en février dernier et qu'elle a quitté celui qui est victime dans cette affaire. On le répète : on n'arrive pas à suivre...
Elle dit : « Je vais repartir à zéro. » Illusion de toujours, quand on ne s'en sort pas : faire table rase.
« Le choix de compagnons, vulnérables, fragiles »
La procureur observe que l'épisode du vase cassé rentre bien dans la prévention - la prévenue soutenait le contraire. Donc : le vase cassé sur la tête, les gifles, les insultes, beaucoup d'alcool et des pressions sur monsieur, c'est plié. « Monsieur préfère sans doute être mal accompagné que d'être seul et face à ses difficultés. »
La procureur suit le fil que la présidente avait un peu abordé pendant l’instruction : la prévenue semble avoir un tropisme du côté d’hommes plus susceptibles d’encaisser sa violence. Elle semble faire « le choix de compagnons, vulnérables, fragiles ».
Elle requiert une peine mixte et la révocation totale du sursis probatoire précédent, ce qui ferait 19 mois en tout puis deux ans sous main de justice.
« L’alcool intervient depuis longtemps dans la violence de madame »
« Difficile d’y voir clair quant à la matérialité des faits », plaide maître Varlet qui joue sur la période de prévention sur laquelle « on ne s’est pas embêté » et qui du coup demande au tribunal d’exclure l’épisode du vase, « le plus violent ». Pour le reste, l’ami-témoin dit qu’à chaque épisode, « ils étaient bourrés tous les deux ». « L’alcool intervient depuis longtemps dans la violence de madame. En 2015 puis en 2022, elle est condamnée pour des conduites sous l’empire de l’alcool. La violence apparaît après 7 ans de maladie alcoolique. »
L’ancien bâtonnier s’étonne que le juge de l’application des peines ait pu écrire que puisque monsieur veut être avec madame, il n’y a pas lieu de prononcer une interdiction de contact. « Le réflexe judiciaire, c’est de séparer. Cette vision des choses est surprenante. Je rejoins madame la procureur : il faut une interdiction de contact. Et puis il faut que madame (la prévenue) se débarrasse de l’alcool, pour se débarrasser ensuite de la violence. »
16 mois de prison ferme puis deux ans de probation avec un cadre
Le tribunal dit la prévenue coupable, la condamne à la peine de 18 mois de prison dont 12 mois sont assortis d’un sursis probatoire, ça fait 6 mois ferme. Mais le tribunal révoque le sursis probatoire soit 10 mois, avec incarcération immédiate. Ça fait donc 16 mois de prison ferme.
Puis cadre du sursis probatoire : interdiction de contact avec la victime ainsi que de paraître à son domicile, obligation de l’indemniser, obligation de soins, de travailler.