« Tout se passait bien jusqu'à ce que » une certaine voisine arrive dans l'immeuble. "Elle a mangé le cerveau de tout le monde" dit le prévenu. La présidente est frontale : "C'est vous qui le dites, monsieur, mais tous les voisins ont été entendus et ils disent que c'est depuis votre arrivée qu'on entend des disputes et des cris, voire des hurlements."

C'est pas Didier l'Embrouille qui est dans le box, c'est seulement monsieur X, 27 ans, interpellé suite à l'appel d'une voisine à la police pour des hurlements, des violences dans l'appartement du couple X. La police constate des traces sur le cou de la femme. Monsieur a disparu. Il appellera le commissariat pour dire qu'il est à Lyon, mais qu'il viendra et qu'il n'a rien fait. Il sera interpellé un peu plus tard.
En garde à vue il conteste les faits du 29 septembre à Montcenis.
Motif de la dispute ? Sanglotant : "Elle m'a appelé fils de p*** alors que ça fait dix ans que je n'ai pas vu ma famille." Plus tard : "Elle m'a insulté de sale bouffon, j'ai pas compris pourquoi, madame." Il est question d'une assiette, de la voisine qui fout la zone entre les uns et les autres, de lui qui n'a rien fait, que ce qui se passe entre sa femme et lui ne concerne personne.
"ça fait trois ans presque que je suis avec ma femme, je la connais très très bien" soit mais : et lui dans tout ça ? "Je m'énerve très vite et je descends très vite aussi." Et, alors qu'il avait reconnu nous semble-t-il, avoir poussé sa femme, il dit que non. Audience laborieuse.
L’étranglement pour faire taire quelqu'un... Grave, ça. Même si le prévenu ne cesse de sangloter
Pour la victime, 10 jours d'ITT et "gonflement des cordes vocales". Et pourquoi il a fait ça ? "Parce que je voulais que ça se calme ! Madame était énervée, elle criait." Brrrrr, l'étranglement pour faire taire quelqu'un... Grave, ça.
Même si le prévenu ne cesse de sangloter. "Jamais je voulais lui faire du mal. Elle m'a fait deux enfants. Elle était toujours là pour moi." Rien ne permet de douter de sa sincérité. Le problème c'est ce qui l'a pris, d'aller l'étrangler. Et qu'avec sa tête il ne l'ait pas voulu, n'a pas empêché qu'il le fasse quand même.
Une victime claire et sans pathos
Son épouse vient à la barre et résume tout à la perfection, claire et nette : "On peut rester un couple quand même. Il ne s'énerve pas toujours. On peut être en désaccord sans qu'il s'énerve. Ça arrive parfois. Il y a la pression financière, il y a les trois enfants en bas âge... Après, ça n'excuse pas ce qu'il a fait non plus. Car c'est grave."
La présidente ne s'en contente pas et pose de multiples questions pour cerner un éventuel degré de contention exercé sur la femme. Il ne s'en dégage rien de prégnant. La victime semble avoir une parole spontanée et libre. Elle répète que l'étranglement est "une étape" de franchie.
Demande-t-elle des mesures de protection ? "Oui bien sûr, mais par rapport aux enfants ça se passerait comment ? " En fait, l'étranglement la laisse dans la crainte de ce qui pourrait arriver un autre jour... "Je suis la mère de ses enfants."
A-t-elle des séquelles ? "Psychologiquement ? Non, non, je vais bien, mais ça reste marquant."
Un juge assesseur pose une bonne question : "Il pleure depuis de l'audience, vous l'avez déjà vu comme ça ? - Non, il pleure très rarement." Et les enfants ? "Je ne veux pas qu'ils voient des disputes. Je veux qu'ils aillent à l'école et qu'ils grandissent bien."
Le tribunal prépare donc le prévenu a l'idée que "possiblement, le couple, c'est fini".
Prévenu "particulièrement irrespectueux et peu empathique envers madame"
Le procureur de la République trouve le prévenu "particulièrement irrespectueux et peu empathique envers madame". Protection des enfants, gravité des faits, pas de recul sur les faits, 5 mentions au casier (avant de rencontrer madame) : le procureur requiert une peine mixte avec un quantum de 16 mois de prison ferme.
"La situation de monsieur est symptomatique des gens isolés socialement"
"Je crois que la situation de monsieur est symptomatique des gens isolés socialement. Chaque individu trouve des soupapes dans des lieux extérieurs au domicile. Lui, il n'a pas d'amis et pas de famille ici (il est arrivé en France en 2018, ndla). Il ne faut pas couper les liens familiaux, une interdiction du domicile suffit.
Pour un fait unique, sans récidive, le quantum de prison requis est disproportionné."
"Mes enfants me manquent trop" dit le prévenu.
"Vous n'allez pas chez elle, vous ne lui écrivez pas, vous ne l'appelez pas, si madame vous contacte, vous ne lui répondez pas"
Le tribunal dit le prévenu coupable, le condamne à la peine de 18 mois de prison dont 12 mois sont assortis d'un sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligations de soins psychologiques, de payer le droit fixe de procédure, interdiction de tout contact avec madame, ainsi que de paraître au domicile.
Pour les 6 mois ferme, maintien en détention. Révocation totale du sursis de 2022, soit 6 mois avec incarcération immédiate.
Inéligibilité pendant 5 ans. Privation du droit à percevoir la pension de réversion, cas échéant.
Le tribunal ordonne le retrait de l'autorité parentale sur ses deux enfants.
La victime encaisse, on voit que c'est dur pour elle, ce n'est pas ce qu'elle pouvait souhaiter, elle l'a dit. La violence institutionnelle passe sur la salle d'audience comme un rouleau compresseur et ça n'est pas fini :
"Ce soir, monsieur, vous retournez en détention pour 1 an.
Il va falloir apprendre à gérer vos émotions" (On se demande toujours ce que cette phrase veut dire, exactement, au-delà du cliché qui consiste à s'imaginer qu'on peut 'gérer' des pulsions, ndla)
Sur l'interdiction de contact : "Vous n'allez pas chez elle, vous ne lui écrivez pas, vous ne l'appelez pas, si madame vous contacte, vous ne lui répondez pas. Il faut que ça soit clair : madame, c'est terminé au mois pour les deux ans du sursis probatoire."
L'aide d'urgence au centre pénitentiaire, pour les détenus sans ressources, c'est 30 euros par mois
"Mais madame, dit le prévenu, je vais faire comment pour récupérer mes affaires ? J'ai personne pour me donner de l'argent pour payer mes clopes.
- Vous pouvez demander le fonds d'urgence au centre pénitentiaire, c'est 30 euros par mois*.
Vous n'avez pas besoin de vos affaires maintenant, vous partez pour un an.
- Mais madame je n'ai pas de vêtements...
- Vous aurez un kit qui vous sera fourni par le centre pénitentiaire."
FSA
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https://oip.org/analyse/precisions-sur-les-aides-...