C’est fou comme le discours public sur l’alcool a changé, n’est- ce pas ? C’est impressionnant quand on a connu un autre temps. Le discours change mais les pratiques, pas forcément. Cet homme en est une illustration (touchante) parmi beaucoup.
Contrôlé au volant en octobre dernier, avec plus d’un gramme d’alcool par litre de sang, il est venu répondre, ce 26 mars 2026, de cette infraction au tribunal judiciaire de Chalon, selon la procédure de CRPC (comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité). Il a d’abord rencontré le procureur de la République qui, après examen du dossier, lui a proposé une peine que l’homme, accompagné d’un avocat, a accepté.
Point « verres de ferme »
Le voici à la barre, pull à motifs, pantalon uni, pour « expliquer ça » au juge chargé de l’homologation des peines.
« C’était un dimanche, une fête de mariage. Pour celle-ci j’avais accepté d’y aller. C’était dans une grosse ferme. On s’est très bien restauré. L’après-midi, y avait deux arbres à couper. On l’a fait, et après on nous a offert un coup à boire… Et, les verres de ferme, vous savez… Ils sont plus grands. Et puis j’ai repris la route. »
L’homme offre au juge la contrition qu’on attend de lui : « J’aurais dû rester dans la ferme, dans une grange, et repartir le lundi, c’est sûr. » A-t-il conscience du danger qu’il représentait alors, pour lui et pour les autres, sur la route ? « Oui. »
Point alcool
« C’est pas un problème » affirme le prévenu. Le magistrat illustre ce changement de discours concernant l’alcool : « Vous avez reconnu en audition boire régulièrement l’apéro. »
Il a « reconnu », une pratique qui certes si elle est quotidienne interroge, mais interroge aujourd’hui ! Il y a peu, ça n’interrogeait personne.
En France on servait un peu de vin dans les écoles, à la cantine, aux enfants. En 1956, une loi* l’interdit pour « les enfants de moins de 12 ans ». Il faut attendre 1984 pour que l’alcool soit interdit dans les cantines, y compris pour les lycéens, y compris pour les enseignants. Tout ça donc est très récent.
D’où ce petit plaisir, souvent, à entendre le discours officiel et comment les gens y répondent, comme ils le peuvent, soit par « les verres de ferme » ou encore par le pastis servi chez les copains qui « n’ont pas la boule » (doseuse) et que par conséquent ceci explique cela. On le dit sans moquerie, il n’est pas simple du tout d’avoir à répondre de comportements que la loi condamne quand en réalité ces comportements sont inscrits dans vos vies depuis toujours.
Le prévenu doit donc s’expliquer sur ce qu’il a « reconnu » : « Avec ma compagne, qui n’est plus, on avait l’habitude de boire une petite Suze, le soir. Mais j’ai pas besoin de compenser l’arrêt de ça »
Pas alcoolique, donc, toutefois condamné à trois reprises déjà pour des conduites sous l’empire de l’alcool.
Un EAD ça coûte
Lors du contrôle, l’autorité administrative (la préfecture) avait proposé une alternative à la suspension : il pourra conduire mais à condition qu’il équipe son véhicule d’un EAD… « Trop cher » estime l’artisan qui prend sa retraite cette année.
Il est né en 60, mais il a prolongé de 5 ans sa vie professionnelle « parce que je peux me le permettre physiquement ». Alors bon, il a estimé que l’EAD c’était une charge financière de trop, « et quand il faut l’enlever, c’est 300 euros en plus ».
Du coup il s’est acheté « un p’tit scooter » pour circuler. Aïe malheureux ! Non ! « L’obligation de l’EAD concerne ‘tout véhicule à moteur’, dit le juge. Ne prenez pas le scooter pendant cette période. » Une période de 10 mois qui s’achève en août prochain.
Le juge homologue la peine proposée par le procureur de la République : suivre à ses frais un stage de sensibilisation à la sécurité routière (500 euros d’amende si jamais), et une interdiction de conduire sans EAD qui recouvre l’interdiction venant de la préfecture.
FSA
*
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l...**
https://www.securite-routiere.gouv.fr/reglementati...