L'avocat de la préparatrice s'est insurgé contre un préjudice multiplié par 100... «Je lui avais fait une confiance totale. J'ai été profondément déçue et ça m'a fait mal», a dit la Pharmacienne...

Quel est le prix de la trahison ? Tout dépend des contextes. A la barre de l'audience d'homologation des CRPC, ce jeudi 3 septembre, se tient une femme âgée de 56 ans, préparatrice en pharmacie. Elle doit répondre de vols de médicaments de septembre 2019 à septembre 2025. Son ex-employeuse en a gros.
La prévenue a vu le procureur de la République qui lui a proposé la peine d'avoir à suivre un stage de citoyenneté, à ses frais (ou 600 euros d'amende si elle ne s'exécute pas dans les 6 mois). "Une peine de clémence, madame" insiste la juge chargée d'homologuer, ou pas, cette peine.
La prévenue, pas à l'aise (et on la comprend), minimise les faits et se met dans une contradiction : elle reconnaît, la juge s'en assure, avoir volé dès septembre 2019, mais en même temps affirme que c'était "surtout les derniers mois", donc en 2025.
Problème de l’évaluation du préjudice
Le problème est le suivant : elle évalue spontanément le préjudice à "500 euros" dit la juge. La plaignante, le jour de sa déposition de plainte, l'estimait à 1 000 euros, mais les recherches entreprises dans les comptes et les stocks, à quoi il faut ajouter des espèces dérobées, portent le total à plus de 100 000 euros.
Aujourd'hui la préparatrice a retrouvé du travail ailleurs qu'au Creusot. Elle dit que son employeur est au courant mais lui fait confiance. Pourquoi volait-elle tous ces médicaments ? "Pour moi. - Toute cette quantité, c'était pour vous ? - Y a pas tellement de boîtes... - Ben si !" lui renvoie la juge.
"Je lui avais fait une confiance totale. J'ai été profondément déçue et ça m'a fait mal"
C'est le second problème, connexe à la somme colossale réclamée par la partie civile. Mais avant qu'il soit abordé, la pharmacienne, gérante de la pharmacie Saint-Charles, veut dire quelque chose : "Je lui avais fait une confiance totale, elle avait même les clés de la pharmacie. Quand elle m'a donné sa lettre de démission, parce qu'elle se sentait épiée, je lui ai tendu des perches...
"Dites-moi ce qui se passe". Moi je le savais ce qui se passait, mais elle me répondait : 'J'ai rien fait, j'ai rien fait. Je vous jure sur la tête de mes enfants que j'ai jamais rien pris.'... Quand on jure sur la tête de ses enfants, c'est quelque chose, quand même ! J'ai été profondément déçue et ça m'a fait mal."
Maître Lamain reprend le déroulé des faits et les conclusions qu’elle en tire :
"C'est une petite pharmacie qui ne compte que deux salariées. Un jour, le comptable alerte : il y a un problème entre ce qui est vendu et les stocks. Alors la gérante commence à regarder de près. Sur les badges d'alarme remis aux employés, il y a un code qui permet de savoir qui est venu en dehors de ses heures de travail. Du coup, cette employée venait ensuite sur les horaires de la femme de ménage. Elle sortait des sacs de médicaments et de produits en disant qu'elle allait faire des livraisons. Or elle ne faisait jamais de livraisons, la pharmacienne s'en chargeait elle-même."
Le chiffrage établi par la pharmacienne avec l’aide d’un cabinet d’experts comptables monte le préjudice des vols (médicaments et produits de parapharmacie) à 86 125 euros, et les espèces encaissées et non déposées en banque sont chiffrées à 38 400 euros.
Qu'en conclut l'avocate ? Eh bien que la prévenue "revendait des médicaments", "on le voit sur les réseaux sociaux, elle avait un train de vie très confortable et voyageait beaucoup. Ses deux anciens employeurs avaient constaté des vols. Madame minimise beaucoup mais le préjudice est important."
Le bâtonnier Diry assiste la prévenue, et il n'est pas content du tout :
« La partie civile vient de vous dire n’importe quoi. Sur l’année 2025, d’accord il y a eu des vols mais la victime, lors de son dépôt de plainte avait estimé son préjudice à 1 000 euros. Et voilà que la partie civile, déçue de l’orientation du dossier, décide de multiplier son préjudice potentiel par cent ! On est à plus de 100 000 euros, le procureur de la République en était bien embêté. Maître Lamain cet été demandait la réouverture du dossier pour une autre affaire : un réseau de revente ! Aujourd’hui, je suis en colère que les choses soient présentées ainsi par la partie civile. »
L’avocat rappelle que sa cliente n’a pas de casier judiciaire, qu’elle a vu un psychiatre deux fois (…) et qu’elle travaille ailleurs et que ça se passe bien. « Vu son profil, on peut se douter que l’audience a de l’effet. »
La prévenue disait à la juge que c’est son placement en garde à vue qui l’avait réveillée.
Renvoi sur intérêt civil pour débattre de la question des préjudices
La juge homologue la peine de stage de citoyenneté, reçoit la pharmacie Saint-Charles en qualité de partie civile, dit la prévenue entièrement responsable du préjudice causé et renvoie sur intérêt civil en fin d’année.
FSA