La vidéo est brève mais implacable. Dans le commerce qu'ils tenaient ensemble au Creusot, avant de se séparer, on voit l'homme portant son fils, 4 ans, l’enfant est calme. Subitement le père écarte les bras. L'enfant ne s’y attend pas. Il chute comme un poids mort et s'écrase au sol...
La tête du petit avait cogné le rebord d'un meuble avant de frapper le sol. Le lendemain, il se plaint de céphalées. Sa sœur dit que leur père l'a « jeté » par terre. La mère regarde les images de la caméra installée dans le commerce puis file au commissariat.
Là, on lui dit de se rendre d'abord aux urgences pour faire examiner son fils. Le scanner est rassurant. L’hôpital fait néanmoins un signalement au procureur de la République.
Un médecin légiste parle de "traumatisme crânien sans perte de connaissance", relève une large dermabrasion sur le cuir chevelu et un hématome important sur une cuisse de l’enfant. Il fixe 5 jours d'ITT.
La violence envers l’enfant a eu raison de la retenue de la mère
Alors la femme retourne au commissariat, et elle parle. Elle dit qu'elle veut divorcer, que son mari l'insultait facilement et qu'il l'a frappée lorsqu'elle lui a dit vouloir divorcer. Elle parle d’une gifle et d’un coup de tête. Blessée aux yeux et à la lèvre, les employés du commerce ont confirmé, ajoutant que le prévenu sentait parfois l’alcool dès l’ouverture du magasin. La femme dit que désormais elle vit seule au-dessus du commerce.
Lui, il vit chez ses parents et a ouvert un restaurant. Un médecin fixe 10 jours d'ITT à cette femme. La prévention de violence sur conjoint court sur 2 ans et demi. Le jour même du dépôt de plainte, à 16 heures, l’homme est interpellé.
Les enfants ne voulaient pas aller passer le week-end avec lui : colère
Le 26 juin, le prévenu, 33 ans, vient chercher ses enfants pour passer le week-end avec eux, sauf que les enfants ne veulent pas aller avec lui. L'adulte se met en colère. La présidente fait entendre un enregistrement audio. L'homme parle dans sa langue maternelle, le chinois.
Il est excédé, cela s'entend. Il dit/crie à sa femme qu’elle va regretter, qu'il va l'embêter et aussi son nouveau copain, etc. Excédé, c'est ça.
« Il a eu peur »
Maître Grebot plaidera pour lui sa souffrance. Certainement qu'il souffre cet homme, de voir sa cellule familiale prendre fin. Le prévenu dit que sa fille étudiait le chinois quand il est arrivé et qu'il a eu peur que sa femme ne reparte en Chine, avec les enfants. Ses enfants. Peur. Que sa famille lui échappe ? Ce 29 juin à l’audience de comparution immédiate il va perdre beaucoup.
« C’est quoi pour vous le rôle d’un père, monsieur ? »
La présidente insiste. Elle insiste parce que le prévenu soutenait (après la diffusion de la vidéo, il ne peut que reconnaître) que son fils lui avait échappé des bras en gigotant, et soutient que non non jamais de gifle ni de coup de tête. Peut-être un coup de coude, mais sans faire exprès, alors qu’il cherchait à contenir sa femme, etc.
« C’est quoi pour vous le rôle d’un père, monsieur ? C’est protéger et éduquer. En premier lieu, garantir la sécurité des enfants. Quand on vous voit être violent avec lui, on peut se poser des questions sur votre capacité à l’être, violent, en d’autres circonstances. »
« Le minimum, ça aurait été pour ce père d’exprimer de la honte, des regrets »
Maître Marceau intervient pour la femme et les deux enfants. « … dans ce dossier là… vous avez entendu dans la salle les réactions d’effroi : tout le monde a eu peur pour ce petit garçon, tous, sauf une personne. Le minimum, ça aurait été pour ce père d’exprimer de la honte, des regrets. Mais il dit ‘J’ai été con’. » L’avocat parle d’« indignité ». Sur le refus des enfants d’accompagner leur père pour le week-end : « Les enfants n’ont pas de rejet naturel d’un parent, mais là, ils ont ressenti la violence. »
Julien Marceau ne passe rien au prévenu : « Cette vidéo permet de voir le choc d’un petit corps qui s’écrase au sol et dont la tête a cogné. Il vaut mieux ne pas avoir de père du tout, qu’avoir un mauvais père. » Il demande « a minima » le retrait de l’exercice de l’autorité parentale.
« Monsieur est un danger et un risque pour madame et pour les enfants »
« La gratuité du geste de monsieur appelait une réponse rapide, d’où l’orientation en comparution immédiate », explique le procureur. Le prévenu est escorté par des policiers car il arrive tout droit de garde à vue.
L’enfant à terre : « Monsieur l’a fait sciemment, par volonté de nuire. Il et très impulsif. On l’a entendu crier et menacer sur l’enregistrement du message.
Et puis il y a l’alcool. Monsieur est un danger et un risque pour madame et pour les enfants. Deux mesures sont nécessaires : l’incarcération, pour l’écarter durablement et créer un espace indispensable aux victimes. » Le procureur requiert la peine de 30 mois de prison dont 18 mois seraient assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec maintien en détention pour la partie ferme.
« Ne le jugez pas comme un monstre mais comme un homme »
« On ne sait pas ce qui se passe chez les gens, plaide maître Grebot. Cet homme ‘diabolique’ ne serait-il pas un homme malheureux ? Il souffre. Cela ne l’excuse pas, mais… Ne le jugez pas comme un monstre mais comme un homme, avec ses faiblesses, son amour perdu et sa souffrance. » L’avocat souhaite qu’il puisse « exercer son activité professionnelle ».
30 mois de prison dont 12 mois ferme, mandat de dépôt, retrait de l’autorité parentale
Le tribunal dit le prévenu coupable, le condamne à la peine requise : 30 mois de prison dont 18 mois sont assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligations de soins en addicto et psychologiques, de travailler, d’indemniser les parties civiles, de suivre un stage de sensibilisation aux violences intrafamiliales, et interdictions de tout contact avec madame et les enfants, ainsi que de paraître à leur domicile.
Le tribunal décerne mandat de dépôt pour les 12 mois ferme.
Peines complémentaires : interdiction de porter une arme pendant 5 ans, privation du droit à percevoir la pension de réversion cas échéant, et privation du droit d’éligibilité pendant 5 ans.
Enfin, le tribunal ordonne le retrait de l’autorité parentale de l’homme sur ses deux enfants.
La présidente explique l’ensemble de la peine à l’homme. Et là, enfin, il baisse la tête.
FSA