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> Faits Divers > En Saône-et-Loire
02/09/2025 03:17
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LE CREUSOT : «Tu as du pognon la vieille, tu vas me le donner»... L’homme est entré au domicile de la dame de 89 ans et la menace...

Il était jugé ce lundi... «Sa mère refuse qu’il ait un bracelet électronique à son domicile»
"Tu as du pognon la vieille, tu vas me le donner." L’homme est entré au domicile de la dame - âgée puisque née en 1936 - et la menace, le 20 avril dernier. Il est dans le box, ce 1er septembre, il doit répondre de 3 vols avec violence et d'une tentative d'escroquerie avec une CB volée, délits commis au Creusot.
L'homme a reconnu les faits, il est en état de récidive légale pour tout. "C’était par hasard. J'étais en manque de cocaïne, j'avais pas d'argent." Il est né au Creusot, dépendant de la cocaïne depuis longtemps.
La présidente s'arrête sur le "hasard", car les victimes sont toutes des personnes vulnérables en raison de leurs âges. En ce début d’audience, le prévenu se défend de jeter son dévolu sur les plus faibles. 

Souriez, vous êtes filmé
En attendant, le 20 avril, il obtient, couteau type Opinel en main, la carte bleue de la dame, dont il exige le code. Elle a la présence d'esprit d'en donner un, faux, de sorte qu'à sa sortie du logement, et seulement quelques minutes avant l'arrivée de la police, il échoue à retirer de l'argent au distributeur le plus proche. En revanche, les caméras permettront à la police d'avoir son portrait, qui correspond à la description donnée par la victime.

Personnes vulnérables, avec violence, état de récidive
Personnes vulnérables, avec violence, en récidive légale : voilà qui occupe l'instruction puisqu'il conteste les gestes violents et son choix de personnes faibles. La présidente l’interroge beaucoup, avec douceur.
Ça ne veut pas dire "avec tendresse", hein, ça veut juste dire que le prévenu s'est détendu au fil des questions non agressives. Il finit par reconnaître finalement que "c'est grave, ce que j'ai fait. J'aurais jamais dû, c'est une personne âgée, quand même." La dame a 3 jours d'ITT. 

Des bijoux, précieux, n’ont pas été retrouvés
Il lui a raflé aussi ses bijoux, tous précieux. Faute de pouvoir retirer de l'argent, il va voir un "quelqu'un", connu pour en acheter. Il ressort de chez ce quelqu’un avec 1000 euros, en ayant tout refourgué (! C’est un peu l’histoire du voleur volé) et il va acheter de quoi apaiser les tortures de son manque. 
« Les dealers sont sans pitié »
« Les dealers ne font jamais crédit. Ils sont sans pitié. Quand on est en manque, on n’est pas bien, on est tout stressé, agité. Je regrette vraiment. Je me retrouve en prison, à 50 ans ! ça faisait 15 ans que j'avais pas fait de conneries. »

« Le rôle d’accusé »
La présidente observe rapidement que "la bonne réponse", ça aurait été de penser à la victime. Le prévenu se reprend aussitôt. On songe au livre de Roger Grenier, « Le rôle d'accusé ». L'ouvrage est de 1948 mais la question de la contrition, de la fameuse repentance, de la compassion envers les victimes, des regrets, qu'on attend – voire qu’on exige - des prévenus, n'a pas bougé.
Certains prévenus le savent et s’acquittent de ce qu'on attend d’eux, mais la plupart du temps on leur renvoie qu’ils ne sont pas sincères ; cela n’empêche nullement qu’on fasse reproche à ceux qui le sont, comme ici, de l’être. Ça doit faire partie d’un rituel social – du moins on le comprend comme ça, vu l’absence de cohérence.

Perte de confiance, perte d’autonomie : le tort causé aux victimes est immense
Autres faits et autres victimes : le 9 mai (le portefeuille d'une femme, âgée, 2 jours d'ITT pour le choc et avoir été poussée) ; le 9 mai également (un porte-monnaie, il tord le bras de la dame en la contraignant à marcher en la tirant, 2 jours d'ITT, "angoisse généralisée").
Cette dernière victime est à l’audience, accompagnée de son fils et assistée par maître Halvoet qui dira ce que cette agression coûte à sa cliente : une perte d’autonomie, une perte de confiance. Dommages importants, souvent irréversibles dans le grand âge (mais pas toujours).

Un collègue (jugé fin juillet) lui a piqué sa « paie » soit l’AAH
Le prévenu est reconnu sur planche photographique. Il affirme que ce mois-là, "un collègue" (dont le nom est connu aussi, ici, jugé récemment et aujourd’hui incarcéré) lui a piqué sa « paie », soit 800 euros.
Alors, la paie, c'est l'allocation pour adultes handicapés, de 1000 euros, et le copain, c’est lui : https://www.creusot-infos.com/news/faits-divers/e...
Outre la cocaïne, le prévenu fume du tabac. C'est ainsi que le 30 avril dernier il essaie d'acheter 2 paquets de cigarette avec une CB volée. Le paiement échoue. Tentative d’escroquerie.

« C'est connu, madame, on s'en prend toujours aux plus faibles !" »
A la recherche d’argent, il s’était mis à quémander de la monnaie, mais à domicile. Bon. Certaines personnes lui donnent par la fenêtre, d'autres lui donnent de la main à la main, cette gentillesse confond. Reste qu'il s'en est pris aux plus fragiles.
L'instruction douce et patiente de la présidente porte des fruits, le prévenu finit par s'écrier : « C'est connu, madame, on s'en prend toujours aux plus faibles ! » Il le sait bien, lui qui est le plus faible face aux dealers qui ne font pas crédit à leurs proies.

Schizophrénie paranoïde et refus de se soumettre aux injections retard
"Vous savez quand même un peu ce que vous faites, monsieur. - Ben, quand on veut voler, on sait quand même ce qu’on fait." Et, un peu plus tard : "J’ai jamais voulu faire mal, madame ! Je voulais faire peur, c'est tout."
L’expert psychiatre a conclu à l’altération du discernement du prévenu au moment des faits, dit la présidente. Etonnamment, elle ne parle pas du diagnostic de schizophrénie paranoïde et du fait, pas anodin dans ce contexte, qu’au printemps dernier, le prévenu ne prenait plus l’injection retard toutes les trois semaines.

« Tout à coup une série de faits, sur 20 jours. Qu’est-ce qui se passe ? »
Maître Grebot le dira, en défense : cette pathologie psychiatrique, la non prise du traitement (le pharmacien habituel du prévenu remarquera un brutal changement d'attitude chez ce client, au printemps) et la toxicomanie, ont entraîné, en cumul, cette "série" d'agressions "sur 20 jours". Sans compter le pote d'enfance qui lui pique sa "paie". Bref.

« Sa mère refuse qu’il ait un bracelet électronique à son domicile »
9 mentions à son casier, mais environ 10 ans de calme, en tous cas sans poursuites judiciaires, et ça reprend en 2025 (février et mars, pour usage de stups puis vol).
Le procureur requiert une peine de 4 ans de prison dont 1 an avec sursis probatoire dont le cadre comporterait une interdiction de paraître sur la commune du Creusot. « Il est altéré mais en lien avec la réalité et s’il sort, que va-t-il faire ? Pas grand-chose si on l’écoute. Sa mère refuse qu’il ait un bracelet électronique à son domicile. Son pharmacien voit une dégradation de son état car il refuse de prendre un médicament. Il est particulièrement dangereux pour la société. » Le procureur rappelle que la peine encourue est de 10 ans, doublée ici par l’état de récidive légale.

4 ans dont 1 an avec sursis probatoire, interdiction de paraître au Creusot (pendant 2 ans)
Le tribunal suit les réquisitions, jusque dans les peines complémentaires. Relaxe le prévenu du chef de recel (de la CB volée utilisée au bureau de tabac, car il soutient l’avoir « trouvée par terre »), le dit coupable de tout le reste et le condamne à la peine de 4 ans de prison dont 1 an est assorti d’un sursis probatoire pendant 2 ans.
Obligations de travailler (en dépit de l’AAH, le prévenu dit qu’il peut travailler…), de suivre des soins (en psychiatrie et en addicto), de payer le droit fixe de procédure, d’indemniser les victimes. Interdictions de port d’arme (y compris d’un Opinel), interdiction de paraître au Creusot.
Peine complémentaire : interdiction de porter une arme pendant 5 ans, inéligibilité pendant 5 ans.
Enfin, révocation d’une amende avec sursis de 300 euros, prononcée début 2025.

Pour les trois ans ferme : maintien en détention.
La présidente lui explique. Il bouge. La présidente : « Vous énervez pas. Vous monterez avec le SPIP un dossier pour vous installer ailleurs, pas forcément loin. Vous avez compris ? – Oui j’ai compris. » Il se lève. La présidente n’a pas terminé, il se rassied. Il en a marre. Il va rejoindre son pote d’enfance au centre pénitentiaire.
FSA



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