«Je sais pas trop ce qui m’arrive, de boire en quantités importantes » dit l’homme à la barre, ce 18 juin. Pour combien d’entre nous le dit-il, qu’il ne sait pas ce qui lui prend ?
Le 8 février dernier il est contrôlé sur la commune de Le Creusot, au volant, avec 1.31 gramme d’alcool par litre de sang. Le taux autorisé est de 0.5 gramme.
L’homme travaille en CDI dans le milieu industriel. Il a quand même identifié que « ça a commencé » suite à un « problème avec ma conjointe ».
Le 8 février il a eu un accident, « accident matériel heureusement » précise la présidente de l’audience d’homologation des CRPC. « J’étais en boîte de nuit. J’aurais dû attendre ou me contrôler mais… » regrette le prévenu qui ajoute : « Avec l’alcool on ne sait pas trop ce qu’on fait. » La juge réagit à la seconde : « Mais raison de plus, monsieur, pour ne pas prendre le volant quand on a bu ! »
Une mention à son casier. En 2022, une amende pour un délit de fuite. « J’avais accroché un rétroviseur, j’ai eu peur, je suis parti… et ça a été considéré comme un délit de fuite. – Ben oui ! » confirme la juge.
Les conséquences, les effets, semblent finir par compter
« Je me suis pris en main. Je vois un médecin, j’ai un suivi en addictologie depuis février. » Qu’est-ce qui a fait déclic ? Eh bien ce sont les conséquences de cette soirée, du contrôle, de la sanction administrative immédiate (suspension du permis) et le pénal à venir, mais pas seulement, c’est surtout le poids financier (son véhicule était en leasing et même s’il n’est que légèrement endommagé, « c’est compliqué et ça me coûte très cher ») et le poids dans sa vie professionnelle.
Et l’homme s’est dit qu’il était en train de se planter lui-même…
L’un plus l’autre, ça a fait « tilt », « je suis en train de me planter tout seul », et du coup il produit à l’audience des bilans sanguins : il a arrêté de boire.
« Il m’a demandé, comment j’allais le défendre, dit maître Bibard. Je lui ai répondu que la meilleure façon, c’était d’être honnête avec les magistrats parce que le mensonge a les pattes courtes. Monsieur sort d’une relation compliquée et après ça s’est mis à boire. Il sait respecter un cadre judiciaire. »
Le prévenu insiste : « La prise de conscience, elle est là. »
La juge homologue la peine proposée par le procureur de la République : suspension du permis de conduire pendant 7 mois, 1 000 euros d’amende et faire un stage de sensibilisation à la sécurité routière (dans les 6 mois, à ses frais, ou bien 2 000 euros d’amende à payer). Ajouter à cela les 254 euros de droits fixes de procédure.
« Le mensonge a les pattes courtes »
« Le mensonge a les pattes courtes » disait son avocat, en verve. On a cherché l’expression puisqu’on la découvrait. « Le mensonge a de courtes jambes », signifie que la vérité finit toujours par se révéler, et donc que mentir est un mauvais placement.
Et pourtant la barre d’un tribunal ou d’un box en voient passer, des mensonges, petits ou gros ! Rares sont les gens qui parviennent à dire vrai, pour de multiples raisons (pas seulement pour enfumer le tribunal).
La présidente, elle, n’a qu’un but : que l’audience serve à quelque chose. Même sous cette forme allégée, cette juge prend très au sérieux ce moment. De surcroît ce jeudi, la salle était plus que comble en raison de la présence d’une quantité pas croyable de stagiaires (et peut-être de scolaires). Juge et avocat ont tâché de rendre l’audience pédagogique pour ce public aussi.
FSA