...«mais ça vous fait quoi de mettre le feu ? ça vous excite ? – Non. – Vous aimez regarder le feu ? Vous avez regardé les incendies à la télé cet été ? – Oui, oui»...

Il était 22h45, le 21 juillet dernier. Le bougre rentrait chez lui. Était-il déprimé ? Il en bégaie un peu. « Je pensais trop à la mort de mes frères. Je pensais à eux et à mes enfants (liens rompus), à mes parents, … » Il brogeait. Il tournait du cafard. C’est en passant devant la boîte à livres que le diable l’a repris.
Il sort un livre, y met le feu avec son briquet (il est fumeur). Puis un deuxième livre, puis un troisième. A chaque fois il les remet dans la boîte, ce qui fait que le feu n’a pas pris. Un témoin le voit faire et cela met fin à la scène.
L’homme a 62 ans, il est né au Creusot et y vit, il est jugé ce 21 septembre. Il est sous curatelle renforcée depuis 2021. Du coup il a dû rencontrer un médecin psychiatre (vu la carence d’experts on s’est tourné vers une psychiatre qui a prêté serment et a procédé à l’expertise, « en délai contraint » précise la présidente). Il a eu travaillé, mais un excès d’intérim dans le déménagement, sans y être formé, lui a bousillé le dos. Il perçoit l’AAH que sa curatelle gère pour lui. Il se tient à la barre. Polo noir sur pantalon gris. Gentil, poli, démuni.
La présidente tient compte de tout : de ses évidentes fragilités comme de son casier judiciaire qui donne 2 précédents de dégradation par le feu. Lointains, certes, mais il avait eu un suivi pour ça.
« Les choses sont compliquées pour vous. Vous avez peut-être moins de capacités que d’autres, mais ça vous fait quoi de mettre le feu ? ça vous excite ? – Non. – Vous aimez regarder le feu ? Vous avez regardé les incendies à la télé cet été ? – Oui, oui. »
« Vous avez besoin qu’on vous aide, c’est sûr, mais ça n’excuse pas tout »
La psychiatre estime que cet homme est entièrement responsable, pénalement, de ses actes, tout en soulignant « un état dépressif » - « La dépression aussi, peut faire faire n’importe quoi » plaidera, à juste titre, Julien Marceau -. La médecin écrit aussi que les faits « sont en lien avec la consommation d’alcool ». Alors la présidente en parle au prévenu, en des termes choisis : « L’alcool c’est pas bon pour vous. Vous comprenez ? » Elle le fait reformuler, il dit : « L’alcool pour moi c’est pas bon, ça me détraque, je fais des conneries. » « Voilà, c’est ça, répond la juge. Et maintenant ? – J’ai arrêté mais j’ai rendez-vous avec un addictologue. Maintenant je bois café sur café. »
La mairie ne se constitue pas partie civile. « Trois livres partiellement brûlés, dit la procureur, le préjudice matériel n’est pas important. Mais monsieur a des antécédents. »
« Il reconnaît qu’il ne va pas fort, mais sinon, il ne pose pas de difficultés particulières » plaide maître Marceau.
Le prévenu a la parole en dernier : « Si y a besoin de rembourser les dégâts, j’en parlerai à ma curatelle, elle fera le nécessaire. »
2 ans de probation, dans un dispositif d’accompagnement renforcé
Le tribunal suit les réquisitions, dit l’homme coupable et le condamne à la peine de 10 mois de prison entièrement assortis d’un sursis probatoire renforcé qui démarre immédiatement. Obligations de payer le droit fixe de procédure au Trésor public (254 euros), de réparer les dommages si la Ville se manifeste, de suivre des soins psychologiques et en addictologie, et enfin d’intégrer le dispositif AIR*.
FSA
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